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Finance

La France, championne européenne des prêts garantis par l’Etat


Le chiffre donne le tournis. Avec le prêt de 5 milliards d’euros accordé à Renault, dont l’arrêté a été publié jeudi au « Journal officiel », la France affiche un record de prêts garantis par l’Etat (PGE) : 93 milliards d’euros accordés à 490.000 entreprises depuis sa mise en place fin mars pour aider l’économie à faire face à la pandémie. Elle se place ainsi devant l’Espagne (63,1 milliards d’euros), le Royaume-Uni (34,8 milliards), l’Allemagne (28 milliards) et l’Italie (22,4 milliards). « Il y a eu un travail collectif très rapide entre les banques et le ministère des Finances », se réjouit un banquier. « La simplicité des dispositifs est un gage d’efficacité », ajoute-t-on à Bercy. Un succès à double tranchant : si les entreprises ne remboursent pas, c’est l’Etat qui devra payer la facture. Revue des dispositifs par ordre décroissant.

Espagne : 63 milliards d’euros

100 milliards d’euros pour soutenir les entreprises : c’était la promesse du chef de gouvernement Pedro Sánchez fin mars dernier au début du confinement. Les banques, très critiquées pendant la crise de 2008, se sont mobilisées plus rapidement. Elles y trouvent leur compte avec un taux d’intérêt de 2,5 % et le processus est volontairement léger – l’Etat accorde sa garantie sans condition.

L’organisme de crédit officiel (ICO) garantit les prêts à 80 % pour les PME et travailleurs indépendants, et à 70 % pour les autres entreprises, et à 60 % pour les refinancements. Au 31 mai, 509.011 opérations ont été bouclées, débloquant au total 63,14 milliards d’euros de prêts aux entreprises. 98 % des opérations concernent des petites structures, comme les PME, les travailleurs indépendants et les micro-PME qui demandent une moyenne de 20.000 euros, remboursables sur 4 à 5 ans.

Royaume-Uni : 35 milliards d’euros

Le démarrage a été poussif. Mais les trois dispositifs mis en place par le Trésor britannique pour garantir les prêts bancaires aux entreprises mises en difficulté par la pandémie ont finalement décollé. Au total, plus de 745.000 entreprises en ont bénéficié pour un montant de 31,3 milliards de livres (34,8 milliards d’euros).

Ce sont les prêts limités à 50.000 livres (« Bounce Back Loan Scheme ») qui connaissent le plus grand succès, avec 21,3 milliards de livres prêtés, contre 8,9 milliards pour ceux allant jusqu’à 5 millions (« Coronavirus Business Interruption Loan Scheme », CBILS), et 1,1 milliard pour ceux allant jusqu’à 200 millions (« Coronavirus Large Business Interruption Loan Scheme », CLBILS). Lancés début mai, les « Bounce Back Loans » ont tout de suite décollé. Ils sont garantis à 100 % (contre 80 % pour les CBILS et les CLBILS) et ont d’emblée été octroyés avec la consigne d’alléger les contrôles habituels sur le profil de l’emprunteur.

Allemagne : 28 milliards d’euros

Dans le cadre de son sauvetage, Lufthansa a reçu une facilité de crédit syndiqué de 3 milliards d’euros garantie par la banque publique KfW. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Malgré son poids économique, l’Allemagne a accordé jusqu’ici seulement 28 milliards d’euros de crédits garantis par l’Etat, à 54.000 entreprises.

La première économie de la zone euro avait pourtant démarré fort, le gouvernement annonçant dès le 13 mars une enveloppe globale de 500 milliards d’euros. Mais les banques allemandes, fragiles et soucieuses d’améliorer leur rentabilité, traînent les pieds. Pour les stimuler, Berlin a porté en avril sa garantie de 80 et 90 % (pour les grandes et moyennes entreprises) à 100 % pour les entreprises de 10 à 250 employés .

Italie : 22 milliards d’euros

Les différentes banques italiennes ont accordé 22,4 milliards d’euros d’emprunts, avec une garantie de l’Etat, accordés à 301.777 entreprises, selon le ministère de l’Economie. Début avril, le gouvernement italien a approuvé un plan de soutien aux entreprises qui prévoit des prêts pour les PME/PMI, garantis par l’Etat. Elles ont été 437.000 a en faire la demande. Un manque de succès que Lando Maria Sileoni, directeur de la FABI (Fédération bancaire italienne) explique par la bureaucratie, qui allonge les délais et rend les procédures complexes. Il faut remplir en effet 19 documents pour demander un prêt inférieur à 25.000 euros. Les normes gouvernementales ont été en outre rédigées de manière peu claires. Enfin, les banques ont privilégié les entreprises du Nord.

Alexandre Counis, à Londres, Cécile Thibaut, à Madrid, Olivier Tosseri, à Rome, avec le service finance 



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