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Economie

la gestion d’Anne Hidalgo étrillée par l’opposition dès le premier conseil municipal


Rentrée sur les chapeaux de roues pour la majorité parisienne. Lors du premier conseil de Paris de la mandature, ce jeudi, le groupe au pouvoir dans la capitale a fait face aux vives critiques de l’opposition à l’occasion de l’étude de rapports de la chambre régionale de la Cour des comptes. Dans trois documents distincts dévoilés récemment dans la presse, l’institution est revenue sur plusieurs dossiers dont elle critique la gestion par la mairie. Une belle occasion pour les opposants de critiquer vertement les «errements» de l’équipe d’Anne Hidalgo.

D’abord, la Chambre régionale est revenue dans un premier rapport sur la gestion et les finances de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE), entre 2015 et 2019. Les auteurs pointent plusieurs aspects à améliorer : la forme juridique de l’entreprise n’a pas été bien choisie, les visiteurs de la tour sont plutôt mécontents, leur nombre est en baisse… En outre, le tarif des billets a bondi de 47%, une hausse qui devrait permettre de bâtir le centre d’accueil des visiteurs mais qui a, à la place, permis de «financer la croissance des effectifs et la hausse des salaires déjà d’un niveau élevé» chez les agents de l’entreprise.

La majorité a tenu à minimiser les critiques. Pour le conseiller Jean-François Martins, anciennement adjoint au sport et au tourisme à la mairie, le rapport souligne surtout la «qualité des choix politiques et des efforts de gestion menés sur la période», qui montrent que la SETE est sur la bonne voie. L’élu a également rappelé le contexte difficile auquel la tour Eiffel a fait face, entre les attentats, la période sociale troublée et la crise sanitaire. Adjointe à la maire de Paris en charge des sociétés d’économie mixte et sociétés publiques locales, Sandrine Charnoz a mis l’accent sur les «mesures de modération salariale» prises en 2019 et les «progrès» réalisés récemment pour améliorer la gestion du monument. Elle a ajouté que la ville contrôlait de près l’entreprise, pour éviter les abus. Par ailleurs, cette année, la SETE va perdre «les deux tiers de son chiffre d’affaires», a-t-elle précisé. Cet écroulement va «peser durablement sur l’équilibre de la délégation de service public et de la société».

Sur la hausse des tarifs, le communiste Nicolas Bonnet-Oulaldj a réfuté les critiques de la cour : malgré l’augmentation de 47%, le prix du billet reste «le moins cher au monde», si l’on compare la tour à ses semblables autour du globe. Il a aussi regretté qu’il soit légalement impossible d’établir une distinction du prix entre «les touristes, comme les riches Américains, et les Français». Le Covid risque par ailleurs de forcer la tour à s’adapter, en séduisant une clientèle plus «française, parisienne», devant la limitation des voyages internationaux, a-t-il averti.

Ces explications n’ont toutefois pas convaincu l’opposition. «Le rapport conclut aux errements financiers de la municipalité», a commencé la chef de la droite parisienne, Rachida Dati. «Légèreté», «laisser-faire et absence de contrôle érigés en mode de gouvernance»… L’ancienne concurrente d’Anne Hidalgo a dézingué la gestion de la tour Eiffel par la mairie, citant tour à tour les «problèmes graves de ressources humaines» – elle a notamment pointé du doigt des «contournements pour mieux rémunérer les gens que vous avez placés» dans l’entreprise – et les «dérives préoccupantes dans l’exploitation» du monument. «Ces carences ont conduit au recul conséquent de la fréquentation, ces dernières années», s’est-elle insurgée, déplorant un «constat alarmant» et une situation «très grave» pour la mairie. De son côté, l’élue (LFI) Danielle Simonnet s’est opposée à un changement du statut juridique de la SETE : un autre statut pourrait impliquer une mise en concurrence permettant à des entreprises étrangères de prendre le contrôle de la tour Eiffel, a-t-elle argumenté, rejoignant la position de Rachida Dati. «La tour Eiffel ne doit pas être une machine à cash», a ajouté la proche de Jean-Luc Mélenchon.

Opposition sur les pouvoirs des arrondissements

Dans un second rapport, la chambre régionale des comptes sanctionne également un nombre trop important de collaborateurs au sein des arrondissements. «Sur les 223 collaborateurs recensés, 152 servent plutôt à compenser des postes vacants en occupant des emplois permanents relevant des services administratifs et techniques, une pratique qui doit être corrigée», conseille le document. En outre, les maires d’arrondissement ont un champ d’action trop faible, peu de moyens et ne peuvent donc «gérer vraiment les équipements de proximité».

«C’est une nouvelle fois un constat accablant, qui confirme ce que nous dénonçons depuis de nombreuses années», a commenté Rachida Dati. Pour l’édile, les maires ne «peuvent pas bien remplir leurs missions», faute de moyens pour piloter la politique de proximité. La cour sanctionne «l’échec de la déconcentration à l’échelle parisienne et la mauvaise gestion des personnels», a-t-elle estimé. «Ça bourdonne à l’Hôtel de ville quand il faut communiquer, moins quand il faut agir», a ironisé de son côté le maire (LR) du 17e arrondissement, Geoffroy Boulard, invitant Anne Hidalgo à «oser la proximité, oser faire confiance aux maires d’arrondissement, oser dépoussiérer l’organisation» des pouvoirs publics. «Comment peut-on encore vouloir que la propreté de nos rues soit gérée depuis l’Hôtel de ville ? […] Si je vous avais attendu sur la dératisation, nous aurions dû fermer plusieurs établissements publics», a-t-il aussi lancé. «La situation est très dégradée, certains diraient même apocalyptique», a renchéri son homologue du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, pointant la «déshérence sur tous les plans, remarquable et remarquée par la chambre de la Cour des comptes».

«Le rapport est partiel ou partial», a répondu le bras droit d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, soulignant des «avancées considérables» mises en place et des «outils indispensables […] comme les budgets participatifs» pour renforcer les pouvoirs des maires d’arrondissements. La mairie a «pris des mesures de correction» pour distinguer les collaborateurs des personnels administratifs, a-t-il ajouté. Il s’est également félicité que la volonté de la mairie «d’engager une nouvelle vague de décentralisation» soit soutenue par l’ensemble des maires d’arrondissement, martelant la volonté de la ville de renforcer le «dialogue» avec les arrondissements.

Interrogations sur Unibail et la tour triangle

Enfin, le troisième rapport de la chambre concerne le parc des expositions de la porte de Versailles. En raison de la construction de la tour triangle dans cette zone, la ville a indemnisé la société d’exploitation du parc des expositions (SEPE), afin de couvrir les manques à gagner causés par le chantier. Coût de l’indemnisation : 263 millions d’euros. Seulement voilà : la SEPE est gérée par Viparis, une filiale du géant Unibail-Rodamco, ce même géant qui va aussi gérer la tour triangle. Ainsi, pour un «préjudice non démontré», Viparis a reçu une forte indemnisation et a ensuite conclu, après une «négociation inégale» avec la ville, un nouveau bail emphytéotique administratif de 50 ans. Ces démarches ont permis à l’entreprise de «renforcer sa position dominante sur son marché» et d’empocher un beau chèque au passage. Les conditions de passage des marchés publics sont également pointées du doigt par la cour.

Ce sujet a déclenché un torrent de critiques de l’opposition. «Le rapport pointe de nombreuses et graves irrégularités, susceptibles de qualifications pénales», a attaqué Rachida Dati, dénonçant une «absence totale de contrôle et de stratégie» sur ce dossier ainsi que des «informations incomplètes voire faussées» sur la tour triangle. «La mairie de Paris a accepté d’indemniser un concessionnaire pour un préjudice qui n’existe pas», s’est-elle insurgée. Même constat critique côté LFI : «le rapport révèle des faits scandaleux, totalement inacceptables, un cadeau de 263 millions d’euros, fait sans raison par la ville de Paris à Unibail», s’est écriée Danielle Simonnet. L’élue a appelé à ce qu’une «enquête indépendante» soit réalisée pour vérifier les conditions de passation de marchés liant Unibail à la mairie. «Dans le meilleur des cas, ce qui est déjà dramatique, le rapport montre que la ville est un piètre gestionnaire […]. Au pire, l’entreprise a bénéficié de procédures particulièrement généreuses, très contestables», a sanctionné la présidente du Modem Paris, Maud Gatel.

À la suite de l’émergence du projet de la tour triangle, la ville de Paris a «résilié la concession par anticipation pour réaliser ce nouveau projet. Elle a accordé une indemnisation de résiliation et a lancé une procédure pour un nouveau bail», a expliqué l’adjoint chargé des finances et du budget, Paul Simondon. Pour lui, l’indemnisation du «préjudice du concessionnaire» Viparis était légitime, justifiée en droit et bien estimée : «le titulaire d’une délégation de service public dans cette situation doit être indemnisé de l’intégralité de son préjudice. En l’espèce, des pertes subies par la résiliation et du manque à gagner» par la rupture du contrat. La mairie campe donc sur sa position, s’oppose à l’avis de la cour, et «réaffirme que la procédure de résiliation de la DSP et que la procédure de passation du bail ont respecté la réglementation en vigueur». De quoi susciter la colère de Rachida Dati, qui ne s’est pas privée d’interpeller le représentant de l’Hôtel de ville depuis son banc. Son groupe a d’ailleurs saisi le procureur de la République et le parquet national financier sur ce dossier, «pour qu’une enquête soit entreprise sur ces faits pour le moins troublant». La mandature commence fort.

» À VOIR AUSSI – «Un été particulier», Anne Hidalgo inaugure la 19e édition de Paris Plages



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