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Economie

La Mutualité veut mettre fin à l’exercice isolé des médecins d’ici 5 ans


En première ligne dans la lutte contre le COVID avec ses cliniques, centres de santé, EHPAD, ses centres de soins de suite et réadaptation, la Mutualité Française formule 24 propositions dans le cadre du «Ségur de la santé» autour de 5 grands axes: la réorganisation de l’offre de soins, la création d’une vraie culture de la prévention, l’accompagnement de la perte d’autonomie, la régulation du système, et la consolidation d’une filière de santé au niveau européen. Avec quatre propositions fortes.

Tout d’abord la Mutualité plaide pour que le système de santé s’appuie davantage sur la médecine de ville. «On a su faire face à cette crise grâce à la formidable mobilisation des personnels hospitaliers pourtant éreintés avant même le début de la crise. Mais cela révèle en creux une faille du système: c’est comme si nous avions fait face à la crise en n’utilisant que la moitié des compétences de santé disponibles, car on s’est insuffisamment appuyé sur les soins de premier recours. Il faut utiliser davantage la médecine de ville mais pour cela il faut mieux la structurer et l’organiser», affirme Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française, au Figaro. C’est justement ce qu’a cherché à faire Agnès Buzyn lorsqu’elle était ministre en créant les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), en cours de déploiement. «Beaucoup de choses ont été bien dites, le problème c’est le passage du dire au faire, il faut accélérer et mettre fin à l’exercice isolé du médecin, seul dans son cabinet, d’ici 5 ans» estime Thierry Beaudet. Un objectif que s’était déjà assigné Emmanuel Macron dans son discours de présentation du plan santé en septembre 2018. Pour vaincre les résistances, la Mutualité juge qu’il faut être «très volontariste» et même «instaurer des variations sensibles de rémunérations» pour les professionnels refusant d’exercer dans un espace de santé pluriprofessionnel.

D’autre part, la Mutualité veut faire de la prévention une priorité. Un sujet qui relève du monde la santé mais aussi de l’éducation, du travail, de l’entreprise, de la ville … «Si on veut changer de braquet, il faut en faire un sujet politique et avoir une capacité à faire travailler ensemble de nombreux acteurs. C’est pourquoi il faut agir à l’échelle régionale et transférer la compétence de la prévention aux régions», explique Thierry Beaudet.

Alors que la crise a montré les limites de la prise en charge des personnes âgées, la Mutualité propose de renforcer la médicalisation des EHPAD, avec des équipes pluridisciplinaires ayant une compétence gériatrique forte. «Il faut renforcer la médicalisation des EHPAD en y salariant des médecins généralistes, en renforçant la présence d’ infirmières de pratiques avancées, en équipant médicalement certains lits», explique Thierry Beaudet. Cet EHPAD médicalisé pourrait aussi se projeter au domicile, avec des plate-formes mobiles qui pourraient travailler en lien avec les services de soins à domicile. Alors que le gouvernement vient de créer une 5e branche de la Sécurité Sociale dédiée à la dépendance, la Mutualité juge que cela va dans le bon sens mais que le financement (2,3 milliards d’euros par an) est «largement insuffisant». Et de rappeler que le rapport Libault estimait le besoin à 10 milliards d’euros en période de croisière et 6 milliards d’euros très rapidement, en plus des 30 milliards déjà alloués chaque année à la dépendance. Les mutuelles se tiennent prêtes pour compléter ce financement public: elles proposent d’instaurer une cotisation dépendance obligatoire à partir de 50 ans qui permettrait de servir une rente viagère aux personnes les plus dépendantes (GIR 1 ou GIR 2) afin de diminuer leur reste à charge en EHPAD, qui est en moyenne de 2000 euros par mois une fois toutes les aides déduites. Une somme qui dépasse les ressources de la moitié des personnes.

La Mutualité propose aussi de revoir les missions des ARS. «Il y a une ambiguïté: elles sont à la fois l’organisme de tutelle de l’hôpital public et en l’autorité administrative qui gère sur le territoire l’ensemble des acteurs. Cette double mission crée de la confusion et génère de la compétition entre acteurs alors que son rôle est de créer de la coopération», estime Thierry Beaudet.

Enfin, alors que le gouvernement veut mettre à contribution les mutuelles dans le financement de la crise, Thierry Beaudet répond «positivement» à la demande et affirme qu’elles «prendront leur part». «L’assurance maladie a tout pris en charge à 100%, c’est normal que l’on acquitte le ticket modérateur. Si des économies sont constatées à la fin de l’année, les mutuelles n’ont aps l’intention de les conserver ni de tirer des bénéfices de la crise», martèle-t-il. Toute la question est de mesurer quels gains ont été réalisés, sans sous-estimer les effets report de dépenses à venir. Une réunion est fixée jeudi au ministère sur ce sujet sensible.



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