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Economie

La RATP précise son plan pour le déconfinement en Île-de-France


La RATP sera-t-elle prête pour faire face au défi sans précédent du déconfinement ? D’après sa patronne, oui. Auditionnée au Sénat, Catherine Guillouard est revenue sur la manière dont la régie francilienne se mettait en ordre de bataille pour franchir avec succès ce cap qui se présente comme un casse-tête entouré d’incertitude.

Dans l’ensemble, pour gérer les voyageurs et assurer le respect des mesures barrières, la RATP compte bien jouer sur l’offre et la demande. La demande, d’abord, en invitant les entreprises à poursuivre autant que possible le télétravail, «au même titre» que durant le confinement, en poussant chacun à privilégier les «solutions de mobilité alternatives» et en soutenant le décalage des horaires de bureau pour mieux répartir les flux.

L’offre, ensuite : au 11 mai, le réseau de la RATP devrait fonctionner à environ 75% de sa capacité, un taux légèrement supérieur à ce qui était annoncé fin avril. Dans le détail, le réseau métro sera fonctionnel à 75% en moyenne et plus encore sur certaines lignes structurantes, comme la ligne 13 (85%) ou les lignes automatiques (100%). Le réseau RER fonctionnera lui aussi à 75%, de même que les bus. Le réseau tramway, quant à lui, sera actif «entre 80% et 100%».

Pour autant, afin d’assurer le respect des gestes barrières, dont la distanciation sociale, la régie va limiter sa «capacité d’emport de voyageurs à 15% de la normale». En d’autres termes, si un grand nombre de matériels roulants seront disponibles, ils devront accueillir moins de voyageurs, lesquels devront rester plus espacés. L’entreprise n’est pour l’heure pas en mesure de savoir si les flux seront importants dès le premier jour du déconfinement, mais elle s’attend à une «désaffection des voyageurs» qui l’aiderait à redémarrer l’activité dans de bonnes conditions.

Gels, distanciation et masques

En outre, la RATP va déployer une batterie de mesures dans l’ensemble de son réseau. Un million d’autocollants ont été posés en quinze jours, des masques et du gel seront proposés dans les distributeurs et commerces présents dans ses infrastructures et une cinquantaine de distributeurs de gel hydroalcoolique seront installés, le 11 mai, en priorité dans les stations accueillant une forte affluence. À terme, d’ici mi-juin, la RATP espère déployer «plus de 1000» distributeurs sur son réseau. Un siège sur deux sera proposé sur les quais, comme dans les véhicules. La régie va également accentuer le nettoyage et la désinfection de son matériel, une décision qui aura un coût : établi à 90 millions d’euros en 2019, son budget nettoyage pourrait bondir à 160 millions d’euros cette année.

Toutefois, «tout ceci ne marche que si les voyageurs adoptent de nouveaux réflexes», a nuancé Catherine Guillouard. Le groupe fait donc appel au «civisme» et aux «efforts de chacun», via un «pacte de responsabilité», afin que les gestes barrières soient respectés. Il demande notamment à ses clients de porter un masque sur l’ensemble de son réseau. La première semaine, «on essaiera de fournir des masques en appoint», a précisé la PDG. Pour assurer le respect des règles, la RATP va déployer, le 11 mai, 3000 agents «dédiés exclusivement à la canalisation des flux et au respect de la distanciation physique». Ceux-ci seront appuyés par 150 «personnels de sécurité extérieurs».

Des moyens humains insuffisants

Néanmoins, ces moyens considérables resteront largement insuffisants pour couvrir l’ensemble des 12.300 arrêts de bus et milliers de stations ferroviaires du réseau. «Nous n’avons pas les moyens humains pour tout contrôler, donc il faut une forme de discipline», a dit la patronne de l’entreprise. La RATP a donc transmis trois scénarios au gouvernement, dans lesquels elle nécessite entre 1000 et 5000 renforts supplémentaires pour surveiller ses lignes. Des forces de l’ordre pourraient notamment être déployées «à l’extérieur des emprises pour canaliser les flux entrants dans stations». L’entreprise signalera également aux autorités «les situations qui pourraient être difficiles» sur son réseau. La taille des renforts nécessaires dépendra du comportement des voyageurs, de leur nombre, des exigences de l’État et du plan de transport mis en place.

«Nous sommes l’arme au pied pour réussir ce déconfinement», a martelé Catherine Guillouard, soulignant l’engagement «sans faille» de ses équipes depuis le début de la crise. Des discussions ont lieu en ce moment avec les partenaires sociaux afin d’apaiser leurs craintes sur la reprise du travail, mais la PDG a fait remarquer qu’elle ne pouvait leur apporter de réponse précise tant que l’exécutif n’aurait pas rendu ses conclusions sur les scénarios de la RATP. «Le fait de ne pas avoir le plan de transport n’est pas un facteur aidant», a-t-elle lâché.

Financièrement, la crise devrait également être lourde à porter : entre mi-mars et le 11 mai, la RATP a chiffré ses pertes économiques à environ «320 millions d’euros». Sur l’année 2020, la crise devrait avoir un impact établi entre 300 et 350 millions d’euros, une somme à laquelle s’ajoutent les 60 millions de pertes causées par les grèves en janvier, pour un total attendu «entre 350 millions et 400 millions d’euros».



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