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Finance

La ruée des grandes entreprises sur le marché obligataire



Cela paraît incroyable. Depuis le début de la crise du coronavirus, alors que les compagnies aériennes ont cloué la majorité de leurs avions au sol, Airbus a pu lever 6 milliards d’euros en deux opérations sur le marché obligataire: 3,5 milliards le 31 mars, en plein pic de la pandémie, puis 2,5 milliards d’euros début juin.

L’avionneur est loin d’être le seul à avoir sollicité les investisseurs. Total (5 milliards d’euros), Pernod Ricard (2 milliards d’euros) Engie (3,25 milliards), et bien d’autres se sont rués sur les marchés ces dernières semaines. Quelques – très rares – exceptions mises à part, tous les emprunteurs habituels sont venus sur le marché.

Année record

Résultat, le volume total levé par les entreprises françaises depuis le 1er janvier atteint d’ores et déjà 75 milliards d’euros. « C’est 75 % de plus que le montant émis sur l’ensemble de 2019, témoigne Blaise Bourdy chez Société Générale. Nous nous dirigeons vers une année record. » A eux seuls, les émetteurs tricolores ont généré 24 % des 314 milliards d’euros d’obligations placées en 2020 loin devant leurs homologues allemands (20 %) et américains (14 %).

Cette frénésie actuelle , même si elle est hors norme, n’est pas surprenante. Depuis longtemps, les grands groupes ont adopté le marché obligataire. « Le financement de marché des sociétés non financières s’est développé en France ces dix dernières années, passant de 30 % de l’encours de dette en 2009 à 37 % à fin avril 2020, confirme ainsi la Banque de France dans son rapport sur les risques du système financier français. Cette évolution est notamment portée par les grandes entreprises pour lesquelles le financement non bancaire atteint en moyenne plus de 88 % de la dette totale au bilan à fin 2019. »

Coût en baisse

Pour les émetteurs, le marché obligataire est effectivement devenu très attractif ces dernières années. Et particulièrement depuis 2016 , lorsque la Banque centrale européenne a inclus la dette de marché des entreprises bien notées dans son grand programme destiné à lutter contre la déflation. « L’arrivée de la BCE, qui achète de gros volumes d’obligations entreprises, a donné une grande profondeur au marché et a considérablement baissé les coûts de financement », explique Blaise Bourdy.

Les entreprises savent qu’elles peuvent désormais lever des montants très importants, et de façon très flexible, en divisant leurs opérations en tranches de maturité différentes pour étaler leurs remboursements, ce qui est plus difficile dans le cadre de financements bancaires. Quant au coût moyen, il s’établit aujourd’hui à environ 1 % pour une entreprise notée dans la catégorie BBB – la majorité des emprunteurs – contre 4,5 % en 2012 et 2 % en 2015. Certaines entreprises mieux notées ont même pu se financer à taux négatifs , gagnant ainsi de l’argent en s’endettant ! Début juin, Schneider a concédé un rendement de 0,08 % pour ses obligations à trois ans. 

Précautions

A cette tendance de fond, la crise du coronavirus est venue apporter une motivation supplémentaire. Si quelques groupes ont utilisé le marché obligataire pour refinancer des acquisitions, la plupart ont cherché à sécuriser des lignes de financements pour les deux années à venir, afin de passer la crise.

Pour la Banque de France, cette dépendance des grands groupes au marché obligataire n’est pas sans risque. « L’accès aux ressources de marché peut se tarir ou se renchérir lorsque les incertitudes économiques ou financières incitent les investisseurs à exiger une rémunération du risque plus élevée », avertit-elle dans son rapport. Le marché n’est pas resté fermé très longtemps après le choc de l’annonce du confinement. Mais avant que la BCE ne dégaine son programme d’urgence pandémie (PEPP) , les coûts d’emprunt avaient doublé sur le marché obligataire.



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