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Economie

Le cofondateur de Devialet lance Greenback, une agence de notation des terres cultivées


Les diagnostics immobiliers, vous connaissez? Les agences de notation financières aussi? Mais comment évaluer la santé d’un sol agricole? Comment savoir si l’exploitation qui en est faite est adaptée à ses caractéristiques? Greenback veut être l’agence de notation des sols. À la tête de cette initiative, Quentin Sannié. Un homme que les audiophiles connaissent, il a cofondé Devialet en 2007, avec Pierre-Emmanuel Calmel. En 2018, il laisse son fauteuil de PDG pour une mise au vert en Normandie qui dure depuis. Si pour certains, cette expression est synonyme de repos, pour Quentin Sannié, c’est le signe d’une nouvelle activité: Greenback. Son ambition est de créer la «première agence mondiale de notation des terres cultivées».

«Un des problèmes de l’approche écologique, c’est d’être souvent petit. La petite ferme qui fait des petits produits sympas. C’est intéressant. Mais si on veut résoudre les problèmes à l’échelle mondiale pour des acteurs mondiaux, il faut penser mondialement, comme les acteurs du textile ou de l’industrie agroalimentaire», explique-t-il. Il veut inverser la donne. Plutôt que de voir des groupes imposer à des agriculteurs des modes de production, avec des cahiers des charges souvent très contraignants, il vise à amener ces grands donneurs d’ordre à adapter leurs exigences en tenant compte de la qualité des sols exploités, à remplacer les normes de moyens par des normes de résultats. Toutes les parcelles n’ont pas les mêmes besoins. L’usage d’un produit phytosanitaire peut-être pertinent dans une géologie donnée et quasiment criminel dans un autre cas.

Un environnement vivant

Il a commencé par créer un groupe d’agriculteur en Normandie, dans l’Eure. «Ils ont été très ouverts et très encourageants, relate Quentin Sannié. Très vite dans la discussion est arrivé dans le problème du sol, c’est un problème «racine». Le sol n’est pas un simple support de la plante c’est un espace biologique, pas que physico-chimique. Or, on a nié cette réalité-là. Les rendements agricoles commencent à décroître, la moitié des terres agricoles mondiales sont abîmées ou très abîmées». Une catastrophe, quand on sait que 95% de l’alimentation humaine vient des sols (le solde provient de la mer).

Pour mesurer l’état de santé d’un sol, Greenback utilise plusieurs moyens. La start-up exploite des bases de données existantes, des relevés satellites, des études… «Nous avons testé environ deux cents indicateurs de santé du sol, sur des projets pilotes. Nous avons élaboré une méthode pour mêler des analyses du sol avec des métadonnées», explique-t-il. Il faut aller sur place, mais en collectant souvent de métadonnées sur le concept de la parcelle, Quentin Sannié espère développer des «modèles apprenants». Séquençage ADN du sol pour faire établir la biodiversité (microbien, fongique, nématodes – petits vers), mesure carbone du sol (pour avoir sa masse organique), mesure de l’intégrité du sol, de la pollution et de l’érosion du sol, grâce à l’étude d’images satellites et radar. Le panel des outils est vaste et il aboutit à une notation A, B, C… comme une notation financière, avec une dynamique de la perspective de l’évolution. Greenback prend aussi en compte l’environnement de la parcelle étudiée, le couvert végétal, la rotation de culture… Pour finaliser ces outils, un projet pilote est mené avec une université de Washington, sur la côte ouest des États-Unis, et avec l’USDA (département agriculture américain). D’autres sont en place en France et Greenback en prépare en Afrique, dans des cultures de coton et de cacao.

De grands donneurs d’ordre

L’objectif de Greenback est de parvenir à un coût de la notation du sol très bas. Son objectif est d’atteindre un euro par hectare par an. «50 à 100 fois moins cher que ce qui existe aujourd’hui», affirme Quentin Sannié. Son modèle économique est simple, il vise les grands groupes, de l’agroalimentaire, du textile, mais aussi les institutions financières. À l’heure où les entreprises mettent en avant les pratiques socialement responsables, Greenback pense avoir un rôle à jouer. «Cela peut concerner tous les investisseurs qui veulent s’engager dans des entreprises durables, ajoute-t-il. La valeur des terres cultivées mondiales, c’est 70 000 milliards d’euros, c’est un actif hautement spéculatif, parce que l’inquiétude est massive».

Noter les sols est aussi le moyen de les protéger contre des pratiques qui les appauvrissent et menacent, à plus ou moins court terme, l’équilibre environnemental. Réconcilier les agriculteurs avec leurs voisins, mieux valoriser les terres cultivables, éviter qu’elles disparaissent sous des centres commerciaux ou des lotissements… Quentin Sannié voit aussi dans son nouveau projet un moyen d’apporter sa contribution à la protection de l’environnement. «Il ne faut pas faire de la tech pour la tech, mais pour des bonnes raisons», avant d’ajouter, songeur, «Devialet, ce n’est pas de la tech… c’est de la musique».



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