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Finance

Le coronavirus, nouvel écueil pour la gestion active



Pas de bonne surprise pour la gestion active. Deux études récentes de S&P et de Morningstar sont revenues respectivement sur la performance des gérants actifs durant la crise du coronavirus et au cours de la décennie passée. Dans les deux cas, frais de gestion compris, la gestion active a peiné à battre un simple indice répliquant le marché. Cette réalité n’a pas échappé aux investisseurs, qui se tournent de plus en plus volontiers vers la gestion passive. Pour autant, de nombreux professionnels estiment que la période récente était particulièrement favorable à une approche indicielle. Les investisseurs qui abandonnent la gestion active le font à leurs risques et périls.

Contexte porteur pour la gestion passive

La gestion passive a bénéficié d’un contexte particulièrement porteur au cours des dix dernières années, estime notamment Daniel Tondu, gérant-fondateur de Gestion 21. « La politique monétaire accommodante et la baisse des taux d’intérêts ont bénéficié à la valorisation des entreprises de croissance, une tendance qui s’est accentuée avec les dernières mesures pour combattre la crise », avance-t-il. Déjà sollicitées lors de la crise financière de 2008, les banques centrales mondiales ont été plus réactives que jamais face au coronavirus. La Fed et la Banque d’Angleterre ont baissé leur taux d’intérêts. De nouveaux programmes d’achats d’actifs massifs ont été lancés en Europe et aux Etats-Unis.

Un diagnostic partagé par Goldman Sachs dans une récente note. La banque américaine estime que le facteur croissance a dominé le facteur ‘value’ depuis 2009, une longévité record. Elle établit un lien entre les hausses des valorisations et la baisse des taux d’intérêts, qui a bénéficié à l’ensemble des marchés. Une aubaine pour la gestion indicielle. Les entreprises affichant une croissance solide sont devenues de plus en plus demandées et chères.

Aux Etats-Unis, des titres comme Alphabet, Facebook, Apple, Netflix ou encore Tesla, ont ainsi porté la performance des indices boursiers, notamment le Nasdaq . En Europe, ces entreprises se trouvent dans le luxe ou la santé , comme L’Oréal, LVMH, Novartis ou Sanofi. Dans les deux cas, les multiples de valorisations se sont envolés. Une poignée de grandes entreprises, déjà recherchées, a représenté une bonne part de la performance boursière ces dernières années. Ce qui a mis de nombreux gérants actifs, qui par définition s’écartent des indices, dans une mauvaise posture. Et en particulier les adeptes du style «value» qui sont à la recherche de valeurs décotées.

« Nous avons connu une période extrême de surperformance d’un style, la croissance, par rapport à un autre, la ‘value’ », insiste Guillaume Dolisi. « La situation actuelle est aberrante, les écarts de valorisations entre les styles sont à un niveau record, une normalisation est inéluctable », veut croire de son côté Daniel Tondu. Certains investisseurs institutionnels partagent cet avis et ne veulent pas risquer de passer à côté d’un retour en force du style « value ». Réunis au sein du fonds d’incubation Emergence, une quinzaine d’institutionnels, en majorité des assureurs, ont récemment investi 50 millions d’euros dans le fonds Actions 21 géré par Daniel Tondu.

Importance de la diversification

Quant au débat sur le niveau des frais de gestion, la plupart des gérants le trouvent dépassé, d’autant plus après plusieurs années de baisse . « Une gestion active de qualité nécessite un travail d’analyse très poussé pour développer et mettre en oeuvre des convictions qui s’éloignent des bruits de marché », estime Thomas Chaussier de Morgan Stanley IM. « Les gérants véritablement actifs doivent avoir un temps d’avance sur le marché, cela implique un coût de gestion qui peut être plus élevé », développe-t-il.

Tous les gérants insistent par ailleurs sur l’importance de la diversification pour les investisseurs. « Même en gestion passive, l’investisseur doit faire un choix parmi de nombreux indices, des méthodes de réplications différentes, des univers plus ou moins larges », remarque Antoine Lesné de SPDR. Il souligne par ailleurs que si « sur période longue, l’indice de base est souvent performant, ce n’est pas forcément le plus performant de la classe d’actifs ». Un investisseur a donc tout intérêt à investir dans différents styles de gestion, selon lui, et à ne délaisser ni la gestion indicielle ni la gestion active.

Le poids des gérants pseudo-actifs

Confrontés aux dernières études sur la sous-performance de la gestion active, la plupart des gérants pointent d’abord l’impact des fonds pseudo-actifs, qui s’éloignent trop peu de l’indice de référence pour pouvoir espérer le battre significativement. « Sans se détourner des indices, les frais pèsent forcément sur la performance », souligne Guillaume Dolisi de Via AM. « Une gestion réellement active peut en revanche tout à fait compenser le poids des frais grâce à des paris gagnants », insiste-t-il. Le « closet indexing », une problématique déjà bien connue, pourrait donc être l’une des premières victimes de l’essor de la gestion passive, espèrent ainsi de nombreux gérants. Ceux qui restent, au contraire, seront parmi les plus performants.



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