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Economie

Le Covid-19 stimule des solidarités inattendues entre entreprises


La gestion de la crise a incité les sociétés à travailler main dans la main avec des concurrents, ou à s’activer pour la survie de leurs clients.

Michel-Edouard Leclerc (Centres E.Leclerc), Dominique Schelcher (Système U) et Thierry Cotillard (président sortant d’Intermarché et Netto), marchant côte à côte le 15 mars dernier, au sortir d’une réunion cruciale à Bercy pour éviter les ruptures dans la chaîne alimentaire lors du premier confinement. L’image des patrons des trois enseignes d’indépendants de France, quasiment main dans la main, illustre un des effets secondaires surprenants de la crise sanitaire du Covid-19. À savoir les multiples solidarités qui ont émergé entre entreprises pour traverser l’une des plus fortes secousses économiques que la France ait connue depuis les guerres mondiales du siècle dernier.

Contrainte ou spontanée, cette solidarité de crise a uni des entreprises habituellement engagées dans une concurrence farouche. Comme les enseignes de grande distribution. Embourbées depuis des années dans une guerre des prix sans merci, elles ont mis de côté temporairement leur bataille pour remplir l’estomac des Français. Sous l’œil attentif des pouvoirs publics, et pour mettre en œuvre une nouvelle priorité: remplir les rayons, alors que les ruées dans les magasins étaient légion. «C’était presque une union sacrée»… «Nous étions en contact quotidien, en coopération pour maintenir la chaîne alimentaire des Français», se remémorent ainsi les patrons de ces grandes enseignes.

Ces alliances entre concurrents ont aussi touché d’autres secteurs comme la restauration, touchée de plein fouet par deux fermetures totales en moins d’un an. En témoigne la publicité de Burger King qui a fait parler de lui en novembre pour avoir incité au début du deuxième confinement à commander chez McDo, Quick ou KFC. L’idée sous-jacente: en période de pandémie, la santé du secteur tout entier est primordiale.

Union sacrée dans la chaîne alimentaire

Cette solidarité s’est aussi appliquée dans les relations des entreprises avec leurs fournisseurs. Que ce soit sur les délais de paiements, la souplesse sur les dates de livraison ou les produits manquants. Toujours dans la grande distribution, accusée – à tort ou à raison – depuis années de tordre le cou à ses industriels fournisseurs, la crise a fait émerger un nouveau concept: celui d’«union sacrée» pour réussir à nourrir les Français.

Un petit miracle que près d’une dizaine de lois, autant de ministres de l’Économie et de l’Agriculture, et des milliers d’heures de palabres n’avaient pas réussi à faire. À savoir sortir de la discussion sur le prix, pour parler continuité de l’activité. Exit donc les pénalités logistiques, les discussions interminables sur des plans d’affaires à rallonge, les déréférencements… Cette parenthèse presque enchantée entre agro-industriels et enseignes a fait long feu, mais elle a marqué la filière alimentaire lors du confinement de printemps.

Elle a aussi surtout accentué les efforts des enseignes, esquissés ces dernières années, envers le monde agricole, touché notamment pendant le premier confinement par la fermeture des marchés et des restaurants. Asperges, fraises, agneau, fleurs, volailles…. toutes les enseignes ont accueilli au printemps et à l’automne les volumes que les producteurs ne réussissaient plus à écouler. Plus récemment, Intermarché s’est engagé à finaliser dès la fin décembre ses négociations tarifaires avec ses fournisseurs PME pour ne pas les déstabiliser davantage. Là où celles-ci traînaient souvent en longueur jusqu’à la date butoir du 1er mars. Loin d’être anecdotiques – et même si cela s’est traduit par des hausses de prix en rayons notamment sur les fruits et légumes -, ces initiatives ont parfois été cruciales pour les producteurs, dont 50 à 60% des débouchés étaient fermés.

Dans la restauration, les chaînes qui aujourd’hui s’en sortent mieux grâce à la livraison et la vente à emporter peuvent aussi donner un coup de pouce à leurs fournisseurs. C’est notamment le cas de la restauration rapide, à l’instar de McDo, qui avec son «McBaguette» renforce ses approvisionnements français . Au menu: 315 tonnes de farine Label Rouge pour la baguette, 180 tonnes d’emmental au lait français, de la moutarde issue d’entreprises françaises, 250 tonnes de bœuf venu des élevages hexagonaux et 110 tonnes de batavia tricolore.

Sauver ses clients de la fermeture

Au-delà de la générosité pure, ces mouvements d’entraide sont favorisés par une réalité plus pragmatique: éviter de voir couler des fournisseurs ou des clients, essentiels au moment où l’activité repart. C’est, en autres, le sens de «J’aime mon Bistrot», un collectif d’une centaine de fabricants de boissons, de café ou brasseurs (Coca-Cola, Heineken, Danone, Lavazza…) ayant soutenu financièrement par un système de pré-commandes, les quelque 200000 cafés et restaurants de France à l’arrêt. Le principe? Les particuliers pouvaient acheter une consommation en avance, et le collectif de soutien abondait à hauteur de 50%. L’aide globale a atteint 1,5 million d’euros, pour 77.000 établissements inscrits. Les fabricants ont aussi aidé les cafés et restaurants à accéder aux dispositifs d’aides publics (chômage partiel, fonds de solidarité…), et à remettre techniquement leurs établissements en route après le confinement. Ce soutien a été crucial pour le maintien de l’écosystème gravitant autour de la restauration.

Si l’impact du second confinement s’est avéré plus supportable pour l’économie française, commerces non alimentaires et restaurateurs fermés à l’automne ont à nouveau concentré nombre d’initiatives depuis novembre. Avec des soutiens trans-secteurs également. Il s’agit parfois d’initiatives anecdotiques, comme les 250 Monoprix de France qui ont accueilli furtivement, avant que cela ne soit interdit par les pouvoirs publics, fleuristes, cordonniers et marchands de jouets dans leurs rayons en novembre.

Ou des opérations plus significatives, comme 30 des 171 boulangeries du réseau Ange, qui ont ouvert cet automne leurs vitrines aux restaurateurs pour leur permettre de vendre leurs plats à emporter. Dans certaines boulangeries du réseau, l’initiative a fait mouche avec 1500 plats vendus au total dans la première quinzaine du reconfinement. Et des restaurateurs qui font parfois une vingtaine de plats par jour. Dans d’autres villes, des restaurants fermés se sont transformés en primeurs pour permettre aux producteurs d’écouler de la marchandise destinée aux restaurants. Idem sur les parkings d’Auchan au printemps pour les maraîchers privés de marché.

Fonds de solidarité

Autre type de solidarité: les gestes envers les personnes ou les entreprises plus touchées par la crise. Qui vont des soignants, aux commerçants, en passant par des particuliers. Lors du premier confinement, nombreux sont les groupes de l’alimentaire à avoir donné leurs invendus, mais aussi des denrées, des masques, des blouses, des charlottes ou du gel hydroalcoolique aux hôpitaux en pénurie. Nestlé France a ainsi donné l’équivalent de plus de 650 000 repas et 1,7 million de bouteilles d’eau aux associations, banques alimentaires et hôpitaux. Idem chez le sucrier Tereos pour le gel hydroalcoolique. Ou chez Procter&Gamble, Danone ou Ferrero, parmi des dizaines d’autres.

Plus récemment et à l’initiative de C’est qui le Patron?, les marques de grande consommation ont prolongé cette idée de soutien aux victimes de la crise, via un Fonds de Solidarité des consommateurs et des citoyens. Constatant que nombre de produits ont profité de sur-achats liés à la crise, le fondateur de C’est qui le Patron? Nicolas Chabanne s’est mis en tête d’aider les victimes de la pandémie avec les gains supplémentaires dégagés. L’idée: reverser une partie du prix de certains produits aux plus touchés par le Covid: des bars, des taxis, des restaurateurs, des personnels soignants ou tout simplement des particuliers. Si Amazon a décliné la proposition, Carrefour, Panzani, Cdiscount, Nestlé (Chocapic, Fitness), Leroy Merlin, Loué… se sont engagés pour un montant de plus d’1 million d’euros.

Ces initiatives solidaires concernent aussi le tourisme. Chez le spécialiste de coffrets cadeaux Wonderbox, on a mis l’accent sur les professionnels du tourisme (hôtels, parcs de loisirs), touchés aussi de plein fouet. Avec l’opération «zéro commission», tous les bénéfices de la gamme de coffrets solidaires «J’aime La France» seront ainsi intégralement reversés aux 10 000 chambres d’hôtes, hôtels, centre de sport, spas partenaires.



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