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Finance

Le fort rebond de l’euro complique la tâche de la BCE



La monnaie européenne se projette déjà dans l’après crise. A 1,1360 dollar, l’euro est proche de son plus haut annuel de 1,1460 atteint le 9 mars. La devise a progressé de 2,3 % cette année, et de 1,2 % par rapport au dollar. Depuis la mi-mai, l’euro a gagné 5 % contre le billet vert . Les actions de la zone euro ont bondi de près de 23 %. La devise européenne a profité de ce retour de la confiance sur les marchés boursiers.

Le regain de vigueur de la monnaie s’alimente des succès des déconfinements en Europe et du très net ralentissement de l’épidémie sur le Vieux Continent. Le plan de relance de l’économie allemande de 130 milliards d’euros dévoilé hier offre un coup de pouce supplémentaire. La monnaie européenne avait gagné 3,2 % en 2008 lors de la dernière grande crise mondiale. Elle avait été stable l’année suivante.

La banque MUFG estime qu’une poursuite de la hausse vers 1,15 dollar est envisageable avant une éventuelle correction. « Le rebond de l’euro face au dollar a été trop rapide. Il a été surtout provoqué par la faiblesse du dollar que par un optimisme sous-jacent en Europe » estime Kit Juckes, responsable de la stratégie sur les changes chez SG (Société Générale). Le consensus des économistes et stratèges établi par l’agence Bloomberg anticipe un euro à 1,12 dollar en fin d’année et 1,14 dollar en juin 2021.

Risque existentiel

« Le risque existentiel d’un éclatement de la zone euro a chuté » admettent les stratèges de la banque HSBC, qui ont révisé en hausse leurs prévisions sur l’euro qu’ils voient à 1,10 dollar fin 2020 contre 1,05 précédemment. L’indice Sentix, qui mesure la proportion d’investisseurs anticipant un éclatement de la zone euro dans les 12 mois, avait traduit ce retour des craintes sur l’avenir du projet européen. Ils étaient 15 % à y croire en avril contre 5 % fin 2019 son plus bas historique. Le record de 73 % avait été atteint début juillet 2012 avant que Mario Draghi entra dans l’histoire par la magie du verbe. « Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qu’il faudra pour préserver l’euro ». « Et, croyez-moi, ce sera suffisant », avait assuré le président de la Banque centrale européenne (BCE). La devise avait gagné près de 10 % par rapport au dollar dans les 6 mois suivants. Cette hausse de l’euro fit baisser l’inflation.

Chute de l’inflation

La BCE prévoit une hausse des prix d’à peine 0,3 % en 2020 et 0,7 % l’année suivante, loin des 2 % de sa cible de moyen terme. Le produit intérieur brut plongerait de 8,7 % en 2020. Ces prévisions se fondent, entre autres variables financières (pétrole…), sur un euro à 1,09 dollar en 2020 et 1,08 l’année suivante. La progression durable de l’euro au-dessus de ces niveaux va rendre caduques ces estimations, rendant l’inflation encore plus faible que celle prévue par la BCE.

Tabou de l’euro

Officiellement, l’euro n’est pas un objectif de la BCE et celle-ci se prononce effectivement très rarement sur son niveau. Le prédécesseur de Christine Lagarde avait laissé entendre au contraire que le change pouvait être un outil opportun de politique monétaire dans certaines occasions comme les crises. Dans de récents travaux ( 1 ), les économistes de la BCE constatent que « le taux de change est un moyen de transmission crucial de la politique monétaire, pas seulement conventionnelle mais aussi non conventionnelle ». Une baisse de 1 % de l’euro augmente par exemple le prix des importations dans la zone euro de 0,3 % en un an. Christine Lagarde s’est montrée jusqu’ici très prudente dans ses rares déclarations sur le change. Le plus grand marché au monde, celui des devises, aurait vite fait de la cataloguer comme partisane de l’euro fort ou faible, si elle manquait de retenue. Cette étiquette, brouillerait la communication de la BCE et affaiblirait l’efficacité de la politique monétaire.

(1) « The transmission of exchange rate changes to euro area inflation »



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