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Finance

Le grand retour des vendeurs à découvert sur les Bourses européennes



Les vendeurs à découvert sont sortis de leur confinement depuis la fin de la restriction sur la vente à découvert dans plusieurs pays européens (France, Belgique, Grèce, Espagne, Italie Autriche) le 18 mai. Depuis deux mois, il n’était en effet plus permis d’augmenter les positions « courtes » (qui parient sur la chute d’une action) sur une société et d’en initier de nouvelles sur un titre. Seule l’activité de tenue de marché, où un intermédiaire s’engage à acheter et vendre une action, était exemptée. Dans ce cas, la vente à découvert sert à couvrir les risques et non à spéculer.

Ces restrictions, qui avaient suscité la colère des hedge funds sont encore en vigueur dans certains pays comme la Turquie, la Malaisie, l’Indonésie et la Corée du Sud. La Thaïlande, l’Inde et Taiwan ont nettement durci les règles s’appliquant à la vente à découvert. Les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne, ne se sont en revanche pas joints au mouvement de bannissement temporaire de cette pratique.

Regain d’attaques en France

En France, plus d’une vingtaine de groupes cotés (Eramet, Nexans, Lagardère, CGG, Vallourec, Klepierre, Natixis…) ont ainsi vu revenir les vendeurs à découvert sur leur titre. Le secteur automobile (Peugeot, Renault, Valeo) et de location de véhicules (Europcar) est particulièrement attaqué. Et la récente faillite du groupe Hertz aux Etats-Unis corrobore leurs craintes. L’activiste de Carl Icahn a vendu l’intégralité de sa participation (39 % du capital) dans Hertz à un prix de seulement 0,72 dollar. Il a perdu près de 1,6 milliard de dollars après le plongeon du cours de 92 % cette année.

Aérien ciblé

Dans un secteur aérien européen en grandes difficultés, Air France-KLM, cible récurrente des vendeurs à découvert, est de nouveau dans leur collimateur. C’est aussi le cas de son homologue allemand, Lufthansa ciblé par des grand hedge funds (Citadel, Marshall Wace , Viking ). Des fonds parient aussi sur la chute du cours de Fraport-AG, l’exploitant de l’aéroport de Francfort.

Une manne pour les prêteurs de titres

Selon IHS Markit, les prêts d’actions ont rapporté autour de 8 milliards de dollars par an ces 5 dernières années et 10 milliards en 2008 lors de la grande crise financière. Les vendeurs à découvert empruntent des titres pour les céder. Ils les rachèteront ensuite plus bas (profit) ou plus haut (perte).

Au premier trimestre, le prêt d’actions a généré 1,6 milliard de dollars, dont près de la moitié sur les actions américaines et près de 300 millions de dollars sur les titres européens. Des sociétés de gestion comme BlackRock, State Steet et BNY Mellon génèrent des centaines de millions de dollars par an de profits grâce à cette activité. C’est aussi le cas du fonds souverain norvégien. Plus la demande est forte pour vendre à découvert un titre, plus le taux d’emprunt est élevé.

+7,3 % au premier trimestre

Au premier trimestre, les hedge funds vendeurs à découvert ont été les seuls à enregistrer des rendements positifs (un gain de 7,3 %), les autres grandes stratégies cédant entre 1 % et 15 % selon les indices de l’Edhec Risk Institute. Mais sur le long terme, les vendeurs à découvert sont les seuls à perdre de l’argent, en moyenne 4,1 % par an depuis 2001. Quand les marchés boursiers progressent fortement, comme depuis 2009 à Wall Street, ils ne parviennent pas à trouver les valeurs « faibles », qui céderont du terrain à rebours de l’optimisme ambiant. Les crises majeures comme celle du coronavirus leur offrent une occasion d’accumuler le plus d’argent possible en un laps de temps assez court (quelques semaines).

Baisse des taux

Dans une interview , Jim Chanos , le fondateur de Kynikos , estime que la baisse des performances de la vente à découvert, sa spécialité, s’explique en partie par la baisse des taux d’intérêt notamment à court terme. Elle s’est accentuée en 2020 à cause du coronavirus et des assouplissements monétaires. Quand il vend un titre à découvert, un hedge fund récupère des liquidités qu’il peut placer sur les obligations du Trésor américain, ce qui génère des revenus. Plus les taux baissent, plus ces profits diminuent. « Quand nous avons lancé notre hedge fund en 1985, les bons du Trésor nous rapportaient 6 % à 8 % par an », se souvient-il.

Restauration

Le vendeur à découvert américain parie sur la baisse des cours de groupes de la restauration, comme Wendy’s, Restaurant Brands et Dunkin Brands group. Il ne joue plus depuis avril sur la chute des groupes de l’énergie. Il reste négatif sur Tesla .

Aujourd’hui, les marchés apprennent et intègrent les mauvaises nouvelles beaucoup plus rapidement que par le passé, rappelle-t-il. Les vendeurs à découvert, qui enquêtent sur les malversations cachées des groupes, sont entraînés dans une course de vitesse perdue d’avance avec le trading automatique qui analyse en temps réel les informations des sociétés. Beaucoup perdent de l’argent ou franchissent la ligne jaune (manipulation, exagérations, mise en scène…) pour attirer l’attention des marchés.



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