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Economie

Le lancement du vol habité de SpaceX reporté à cause du mauvais temps


Dix-sept minutes avant que la fusée SpaceX s’élève dans les airs, son lancement a finalement été annulé. Les conditions météorologiques ne permettaient pas le décollage du premier vol habité de la société d’Elon Musk.

«Dragon, SpaceX: malheureusement, nous n’allons pas lancer aujourd’hui», a annoncé aux deux astronautes à bord de la capsule Crew Dragon le directeur du lancement de SpaceX, au centre spatial Kennedy en Floride. Le décollage était prévu pour 16H33 (22H33 en France) mais le risque posé par la pluie et les éclairs était trop important.

«C’était un bel effort de l’équipe, mais nous comprenons», a répondu l’astronaute Doug Hurley, après que le directeur du lancement lui a annoncé ainsi qu’à son coéquipier Bob Behnken que le temps ne s’améliorerait que dix minutes après l’heure qui était prévue pour le lancement. Le président Donald Trump était venu assister en personne à ce que la Nasa appelle l’aube d’une nouvelle ère spatiale.

Impossible de décaler l’heure du lancement

Les deux hommes avaient pris place dans la capsule peu après 20h00 et le bras d’accès à la fusée avait été rétracté environ 30 minutes avant l’heure prévue du lancement. Le décollage a été reporté au samedi 30 mai à 15H22, heure locale (21H22 en France).

Cela s’est joué à une dizaine de minutes près, selon SpaceX, mais la fusée était obligée de décoller à 16H33 exactement et ne pouvait pas attendre cette dizaine de minutes que le temps se dégage, car l’heure du lancement était fixée afin de coordonner la trajectoire de la capsule et celle de la Station spatiale internationale, que les astronautes doivent rejoindre dans cette mission de démonstration.

Deux anciens pilotes militaires

«Tout le monde est sûrement un peu déçu», a dit Doug Hurley plus tard, compatissant avec les équipes au sol, qui attendaient ce moment depuis des années. Bob Behnken et Doug Hurley auraient dû s’amarrer à l’ISS jeudi. Les deux hommes sont d’anciens pilotes militaires, recrutés à la Nasa en même temps et mariés à des astronautes. Ils se sont rencontrés en 2000 au début de leur formation à l’agence spatiale, et sont devenus depuis meilleurs amis.
Entre 2008 et 2011, ils ont chacun voyagé deux fois, séparément, à bord des navettes spatiales. En 2015, la Nasa leur a donné leur prochaine mission: le premier vol de démonstration habité de la capsule Crew Dragon, construite par SpaceX.

Les deux hommes ont fondé leurs familles à Houston, chacun avec une astronaute: Bob est marié à Megan McArthur, ils ont un fils de six ans, Theodore. Doug est marié à Karen Nyberg, avec qui il a eu Jack, 10 ans. Leurs deux épouses ont chacune volé dans l’espace.

Bob Behnken et Doug Hurley étaient en quarantaine depuis deux semaines. Malgré la pandémie de Covid-19, le vol a été maintenu et des touristes et passionnés se sont installés sur les plages du littoral de Floride. «On a pris toutes les précautions possibles pour voir cet événement monumental», a raconté Kyle Rodriguez, ingénieur spécialisé dans les robots, venu avec son épouse lundi de San Francisco. «Les billets n’étaient pas chers».

«Si ça se passe mal ça sera de ma faute»

Space Exploration Technologies Corp., fondée dans le but de casser les règles du jeu de l’industrie aérospatiale, a gagné pas à pas la confiance de la plus grande agence spatiale de la planète. Elle était devenue en 2012 la première société privée à amarrer une capsule cargo à l’ISS, qu’elle ravitaille depuis régulièrement. Deux ans plus tard, la Nasa lui commandait la suite: y acheminer ses astronautes, dès «2017», en adaptant la capsule Dragon. «Si cela se passe mal, ce sera de ma faute», avait dit Elon Musk sur CBS.

L’agence spatiale a payé plus de trois milliards de dollars pour que SpaceX conçoive, construise, teste et opère sa capsule, réutilisable, pour six futurs allers-retours spatiaux. Le développement a connu des retards, des explosions, des problèmes de parachutes, mais SpaceX a battu le géant Boeing, également payé pour fabriquer une capsule (Starliner), toujours pas prête. L’investissement, décidé pour le cargo sous la présidence Bush et pour les astronautes par Barack Obama, est jugé fructueux par rapport aux dizaines de milliards qu’ont coûté les systèmes précédents développés par la Nasa. «Une réussite monumentale», a abondé Jim Bridenstine, patron de la Nasa, en rendant hommage à la créativité et à la persévérance de la société, à qui elle confie désormais sa ressource la plus précieuse, ses astronautes.

Une capsule nouvelle génération

Crew Dragon est une capsule comme Apollo, mais version XXIe siècle. Des écrans tactiles ont remplacé boutons et manettes. L’intérieur est dominé par le blanc, l’éclairage plus subtil. «C’est sûr que tous les pilotes du monde auront plus confiance si vous leur donnez un joystick que si vous leur donnez un iPad!», a plaisanté Thomas Pesquet, l’astronaute français qui pourrait être le premier Européen à voyager à bord du Dragon, en 2021.

Rien à voir avec les immenses navettes spatiales, immenses vaisseaux ailés qui ont servi de 1981 à 2011. Contrairement aux navettes, dont une a explosé en 1986 après le décollage (Challenger), Dragon peut s’éjecter en urgence si la fusée a un problème. Crew Dragon a pour mission de rattraper la l’ISS, à 400 kilomètres d’altitude, où elle pourrait rester amarrée jusqu’en août.

Si la capsule revient et est certifiée sûre, les Américains ne dépendront plus des Russes pour accéder à l’espace: depuis 2011, les Soyouz étaient les seuls taxis spatiaux disponibles. Les acheminements depuis la Floride redeviendront réguliers, avec quatre astronautes à bord. Et SpaceX sera libre d’organiser des voyages spatiaux pour touristes, moyennant un billet qui coûtera sans doute quelques dizaines de millions de dollars la place.



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