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Finance

Le Lloyd’s de Londres revoit à la hausse la facture de la pandémie



Publié le 1 avr. 2021 à 6:15

Ce sera plus cher que prévu. Le Lloyd’s de Londres, le plus grand et le plus ancien marché de l’assurance et de la réassurance, a revu à la hausse, en présentant mercredi ses résultats annuels, le coût de l’actuelle pandémie de coronavirus. La vénérable institution de la City s’attend désormais à devoir verser en brut quelque 6,2 milliards de livres d’indemnités à ses clients au titre de l’an dernier, là où elle prévoyait encore en septembre de devoir débourser 5 milliards . « Ce qui explique ces surcoûts, c’est que la pandémie a duré », a expliqué aux « Echos » le président du Lloyd’s, Bruce Carnegie-Brown.

C’est plus que les 4,7 milliards de dollars des attentats du 11 septembre ou que les 4,8 milliards de dollars des ouragans de 2017. De quoi précipiter les comptes du célèbre marché dans le rouge, à 887 millions de livres de pertes, contre un bénéfice de 2,5 milliards en 2019.

Plus cher qu’Harvey et Irma réunis

Une fois tenu compte de la charge supportée par les réassureurs, le coût net de la pandémie devrait ainsi atteindre 3,4 milliards de livres. Ce qui a alourdi de 13,3 points le ratio combiné (l’indicateur clé qui rapporte les indemnisations et les dépenses supportées aux primes perçues), le portant à 110,3 sur l’année écoulée. Soit la pire performance depuis 2017, quand le Lloyd’s avait pris de plein fouet le coût de la tempête tropicale Harvey et celui de l’ouragan Irma (4,5 milliards de dollars de pertes nettes à eux deux) .

« Il va continuer d’y avoir des demandes d’indemnisation liées au virus en 2021, mais elles seront à un niveau bien moindre », tempère Bruce Carnegie-Brown. « A court terme, il y a eu celles liées aux annulations d’événements et de voyages. A plus long terme, il y aura encore celles mettant en cause les entreprises sur leur gestion de la pandémie ou encore les médecins sur la prise en charge de leurs patients. »

Partager le fardeau avec l’Etat

L’industrie de l’assurance a adapté sa politique commerciale – le tournoi de tennis de Wimbledon, assuré contre les annulations en 2020, a ainsi été indemnisé à 100 %… mais n’a pas réussi à se couvrir pour 2021. Elle juge néanmoins le coût de ce type d’événements impossible à supporter à elle seule, tant il est à la fois démesuré et difficile à modéliser.

D’où une question : comment peut-elle en partager le fardeau avec l’Etat ? « On pourrait créer un fonds, mais les gouvernements n’aiment pas ça », explique Bruce Carnegie-Brown. « On pourrait aussi s’inspirer de ce qui se fait en France ou au Royaume-Uni pour protéger les grands immeubles contre le risque terrorisme : en vertu d’un partenariat avec le monde de l’assurance, c’est l’Etat qui paie en cas de sinistre trop important, mais il faut pour cela que vous vous couvriez à l’avance contre ce type de risque. Vous restez libre de le faire ou non, et l’Etat limite de son côté sa prise de risque. Il reçoit en contrepartie une prime, comme pour une police d’assurance. »

Catastrophes naturelles, Canal de Suez et cyber-risques

Un malheur n’arrivant jamais seul, cette année déjà compliquée par la pandémie a été assombrie par de nombreuses catastrophes naturelles. Incendies en Californie et en Australie, tempêtes à répétition aux Etats-Unis… L’année 2020 s’est classée au cinquième rang des pires qu’ait connues l’industrie, avec pas moins de 18 catastrophes à plus d’un milliard de dollars à déplorer.

L’année 2021 commence elle aussi plutôt mal, avec les inondations en Australie, et la tempête de glace au Texas, qui pourrait coûter au secteur 10 à 20 milliards de dollars de sinistres. Sans compter le récent blocage du Canal de Suez par le cargo Ever Given.

« Il est trop tôt pour donner des chiffres, tout dépendra contre qui les demandes d’indemnisation sont déposées », dit Bruce Carnegie-Brown. Mais les estimations devraient s’affiner d’ici à fin avril. « On devrait parler de plusieurs centaines de millions de livres à supporter pour l’ensemble du monde de l’assurance, ce qui est beaucoup mais s’inscrit dans le cadre de l’activité ordinaire. Rien à voir avec la pandémie. » Le Lloyd’s devrait à lui seul supporter 5 % à 10 % des coûts.

« Nous interviendrons en tant que réassureur, en prenant en charge les indemnités au-delà d’un certain niveau », précise-t-il. « Ce sont les Protection & Indemnity Clubs qui sont en première ligne, comme c’est l’usage en matière de risque maritime. »

Les cyber-risques se sont aussi accrus l’an dernier, en particulier sur les « ransomwares », ces logiciels malveillants qui prennent en otage des données pour obtenir une rançon, où les dommages enregistrés l’an dernier ont triplé par rapport à 2019.

« Plus de 85 % des couvertures sont souscrites par des entreprises américaines, ce qui montre que ce type de risque est encore sous-estimé en Europe et en Asie », regrette Bruce Carnegie-Brown. « Mais c’est un peu comme les gens qui demandent à être indemnisés d’un vol, en matière d’assurance habitation, après avoir laissé ouverte la porte de leur appartement. Il va falloir que les entreprises montrent qu’elles prennent des mesures pour se protéger contre ces cyber-risques, sinon les primes d’assurance vont devenir inabordables. »



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