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Finance

Le patron de Wirecard jette l’éponge



Après des mois de controverses, le jeudi boursier noir de Wirecard a eu raison de l’oracle allemand des paiements. Markus Braun a quitté vendredi ses fonctions de PDG du groupe basé près de Munich. Cette décision a été prise « d’un commun accord avec le conseil de surveillance » de Wirecard, précise l’ancienne star du Dax dans un communiqué. Pressenti pour diriger le nouveau département « intégrité, droit et conformité » du groupe à partir du mois prochain, James Freis prend sa direction par intérim.

Le groupe de paiement a vu son cours de Bourse s’effondrer de plus de 60 % jeudi après qu’il a reporté pour la quatrième fois la date de publication de ses résultats. Vendredi matin, le cours dévissait à nouveau de 45 %. Au sein du Bundestag, l’expert financier du groupe parlementaire du parti d’extrême gauche Fabio De Masi, a estimé que le gendarme allemand de la Bourse devait « changer radicalement sa culture de supervision ». Selon le « Handelsblatt », le gouvernement allemand s’inquiéterait aussi de la situation de Wirecard.

Doutes sur un quart du bilan du groupe

Son commissaire aux comptes, EY, n’est de fait pas parvenu à rendre compte de l’existence de 1,9 milliard d’euros, soit un quart de son bilan environ. L’entreprise qui vaut désormais moins de 5 milliards d’euros en Bourse, au lieu de 24 milliards lors de son entrée dans le prestigieux indice DAX en 2018, fait face à des soupçons de falsification de bilan, révélés l’année dernière par le « Financial Times », auxquels est venue s’ajouter une enquête menée par le gendarme allemand des marchés contre son patron pour délit d’initié .

Certains éléments de l’audit donnent à penser que ces soldes sont « faux » et ont été transmis par un tiers « afin de tromper le cabinet d’audit », selon un communiqué publié jeudi par l’entreprise de paiement en ligne. « Le directoire de Wirecard travaille en étroite collaboration avec l’auditeur pour clarifier la situation », indique le groupe allemand.

Recul de moitié

« Pour le moment, il n’est pas exclu que Wirecard soit devenue la victime d’une fraude aux proportions considérables, a précisé son PDG Markus Braun dans une vidéo vendredi. Wirecard AG va porter plainte contre X. » Cette contre-offensive judiciaire ne met cependant pas le groupe à l’abri d’une difficulté majeure à court terme : faute de pouvoir finaliser la consolidation de ses comptes, Wirecard risque de voir résilier dès ce vendredi des prêts d’un montant de deux milliards d’euros environ, a indiqué la société.

L’ancienne star du Dax risque en outre de faire face à une vague de procès intentés par des investisseurs exaspérés après ce krach boursier. La société DWS, qui a investi de manière substantielle dans le groupe de paiement munichois, a indiqué vendredi avoir réduit de 60 % environ ses positions. « Nous analysons la situation et envisageons une action en justice », précise DWS.

« Nous sommes stupéfaits », a déclaré de son côté Ingo Speich, gestionnaire de fonds chez Deka Investments, l’un des dix principaux actionnaires de la société. « Un nouveau départ en termes de personnel est plus urgent que jamais », a-t-il exigé. Voilà qui est fait.



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