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Finance

Le plan de relance européen annonce un big bang sur le marché de la dette



Publié le 23 juil. 2020 à 17h06Mis à jour le 23 juil. 2020 à 18h02

L’accord européen sur le plan de relance adopté mardi a été salué par toute la planète finance. Concrètement, il aura pour effet de transformer l’Union européenne en un emprunteur de premier plan sur les marchés. Surtout, les obligations émises par l’UE ne seront pas tout à fait comme les autres. Elles pourraient enfin constituer cet actif sûr de référence derrière lequel la zone euro court depuis sa création. Décryptage.

Naissance d’un émetteur majeur

Jusqu’à présent, les encours obligataires de l’Union européenne dépassaient péniblement 50 milliards d’euros. Avec au moins 700 milliards d’euros à lever entre 2020 et 2024 pour assurer le financement de son plan de relance, cette dernière va venir tutoyer les mastodontes que sont l’Italie, la France ou l’Allemagne. L’UE devra placer plus de 180 milliards d’euros par an. Si Bruxelles n’a pas encore élaboré sa stratégie d’émission, il est probable que le démarrage soit plus marqué. Les marchés tablent sur un montant d’au moins 195 milliards en 2021, un chiffre qui pourrait grimper à 260 milliards si l’UE veut aller vite. Le montant programme d’émission serait alors très proche de celui de la France cette année.

Un titre très convoité

L’arrivée d’un émetteur aussi important sur une période de temps très courte pourrait faire craindre une indigestion chez les investisseurs. D’autant que ces derniers doivent déjà absorber des montants de dette inédits. Mais Bruxelles ne devrait avoir aucune difficulté à placer ses obligations sur le marché. D’abord parce que ces titres seront très sûrs. L’Union européenne est notée AAA par Moody’s et Fitch, la meilleure note de crédit existante (et AA chez S & P Global Ratings). Dans le contexte actuel très incertain, l’appétit pour ce type d’actifs est encore plus fort. « Dans un monde à court d’actifs sûrs, cet actif important et liquide, bénéficiant d’une notation élevée, permettra de répondre à la demande des investisseurs », estime Amundi. En outre, les stratégistes estiment que la rémunération devrait être relativement attractive. Alors que le taux à 10 ans de l’Allemagne, elle aussi notée AAA, évolue à -0,50 %, celui de l’UE est attendu entre 0 % et -0,50 %.

Un atout pour la Banque centrale européenne

Si les investisseurs n’étaient pas au rendez-vous, l’Union européenne pourra compter sur un allié de poids : la Banque centrale européenne. Cette dernière achète en effet des titres émis par des institutions supranationales dans le cadre de ses programmes de soutien à l’économie. Et quand bien même l’aide de la banque centrale ne serait pas nécessaire, elle constituera de toute façon un acheteur naturel pour ces nouvelles obligations. Ce qui devrait renforcer la liquidité de ce marché : les investisseurs savent qu’ils pourront toujours vendre les titres à la BCE. Cette dernière devrait même accueillir avec un certain soulagement ce nouvel actif européen. Avant que n’éclate la pandémie, l’institution de Francfort commençait à être confrontée à un risque d’assèchement du marché de certaines dettes d’Etat, notamment celle de l’Allemagne. Grâce aux obligations européennes, elle pourra dépenser plus facilement son enveloppe mensuelle et maintenir ainsi des coûts d’emprunt bas dans la zone euro.

Une redistribution des cartes

Jusqu’à présent, le Bund allemand faisait figure de titre de référence. La concurrence des titres liés au plan de relance ne portera pas un coup fatal à l’attractivité des titres allemands. Mais ils érodent déjà un peu l’appétit des investisseurs. La dette italienne , en revanche, a bien profité de l’effet d’annonce. Jeudi, le taux italien à 10 ans est tombé en dessous de 1 % pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire. Une détente qui s’explique en partie par la perspective des 82 milliards de subventions directes dont va bénéficier Rome. Ces ressources gratuites vont alléger les besoins de financement du pays, et donc son recours au marché. Plus largement, l’aide apportée par l’Union européenne aux pays du Sud pourrait rassurer les investisseurs sur le redémarrage de leurs économies et renforcer l’appétit pour leur dette.

Une grande avancée pour les marchés européens

« L’émission d’un grand volume de dette commune devrait inciter les investisseurs étrangers à considérer l’UE dans son ensemble et non comme un assemblage d’émetteurs uniques », envisage Amundi. Mais ce n’est pas encore complètement l’actif de référence européen attendu par les marchés, capable d’aller contester la toute-puissance des Treasuries américains. D’abord parce que ce programme d’émission est présenté comme une opération unique et non un outil pérenne. Ensuite parce que l’UE n’offrira pas toutes les maturités recherchées par les investisseurs. Néanmoins, il s’agit d’un premier pas prometteur qui pourrait préfigurer un véritable budget européen et une activité plus régulière sur les marchés. Et le fait que les Etats européens aient réussi à se mettre d’accord sur une mutualisation des ressources et des dépenses pourrait d’ores et déjà contribuer à renforcer la crédibilité de l’euro et donc son rôle international.



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