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Economie

le «score de productivité» accusé d’encourager la surveillance des employés


Ce nouvel outil détecte le nombre de mails envoyés, la quantité de documents partagé, ou encore le temps passé en réunion.

En octobre, Microsoft a présenté un nouvel outil à destination des entreprises : un «score de productivité» qui leur propose de «tirer parti de la technologie pour identifier des points d’amélioration dans leur organisation». Calculée à partir des données récoltées par la suite bureautique en ligne Microsoft 365, cette note doit permettre aux employeurs d’optimiser le travail de leurs équipes en les incitant à utiliser au mieux les outils à leur disposition.

Mais pour certains, ce score s’apparente à un instrument de surveillance oppressant qui pourrait avoir une influence négative durable sur les conditions de travail des employés. D’autant plus que le recours massif au télétravail provoqué par la crise du Covid-19 a créé un appel d’air pour les solutions de télésurveillance des travailleurs, dont certaines prennent des airs de panoptique.

Les entreprises peuvent comparer leur score de productivité à celui de leurs concurrents. Microsoft

Résumé par une note sur 800, ce «score de productivité» affiche également plusieurs dizaines de statistiques pour chaque employé, comme le temps passé sur Skype, le nombre d’e-mails envoyés sur Outlook ou l’utilisation de OneDrive. Pour Microsoft, ces informations permettent aux entreprises d’avoir une «meilleure visibilité sur la façon dont leur organisation fonctionne». Mais elles n’annoncent rien de moins qu’une «dystopie» selon David Heinemeier Hansson, le cofondateur de l’outil de gestion de projet Basecamp.

«C’est comme si vous aviez dans votre dos une personne munie d’un calepin, qui noterait chaque tâche que vous effectuez, et les consignerait dans un dossier qu’il transmettrait ensuite à votre direction», illustre-t-il. C’est une surveillance constante qui s’apparente à de la maltraitance psychologique

Un prisme arbitraire

Pourtant, Microsoft se défend d’avoir conçu cet outil dans ce but. «Soyons clairs, insiste l’entreprise, le score de productivité n’est pas un outil de surveillance. Son but est de promouvoir de nouvelles façons de collaborer et d’inciter les travailleurs à utiliser la technologie à leur avantage.» L’outil ne permet pas de savoir précisément ce que font les employés, mais quels services ils utilisent et avec quelle fréquence.

Il serait naïf de penser qu’il ne sera pas utilisé à leur encontre, prévient Wolfie Christl, un chercheur spécialisé dans la confidentialité des données. «Ce score de productivité normalise une surveillance excessive des travailleurs, s’alarme-t-il. N’importe quel outil d’évaluation de la productivité donne du pouvoir aux entreprises et en retire à leurs employés.» Une dépossession dont les entreprises risquent également d’être victimes. «Avec cet outil, Microsoft construit un prisme arbitraire qui va influencer la vie quotidienne de millions d’employés, mais aussi la façon dont les entreprises sont organisées», avance le chercheur.

Wolfie Christl questionne également la légalité de ce dispositif en Europe, où la gestion des données personnelles est encadrée par le Règlement général sur la protection des données. En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés est chargée de son application. Elle ne s’est pas exprimée spécifiquement sur le score de productivité de Microsoft, mais elle met en garde contre l’utilisation abusive des outils de télésurveillance des salariés. «Si le pouvoir de contrôle de l’employeur est une contrepartie normale et inhérente au contrat de travail, les juridictions ont rappelé de manière constante que ce pouvoir ne saurait être exercé de manière excessive», prévient la Cnil.





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