Image default
Finance

Le spectre de l’or sale plane au-dessus des raffineries suisses



Publié le 26 juil. 2020 à 10h53

C’est un lingot jeté dans la mare. Deux organisations non gouvernementales, Swissaid et Global Witness, viennent chacune de publier un rapport dénonçant l’opacité des importations d’or vers la Suisse. La confédération helvétique est la principale plaque tournante mondiale pour le métal jaune. Le pays compte ainsi quatre des huit plus importantes raffineries, qui gèrent le processus permettant d’atteindre une pureté quasi parfaite. Près de 70 % de l’or y est transformé chaque année, avant d’être réexporté vers les clients finaux. 

Pour les ONG, certains de ces raffineurs ne se montrent pas assez regardants sur l’origine de la matière première qu’ils travaillent. Particulièrement ceux qui approvisionnent aux Emirats Arabes Unis. Le pays a ainsi expédié vers la Suisse, selon Swissaid, 149 tonnes d’or en 2019, pour un montant de 6,8 milliards de francs suisses (6,3 milliards d’euros). Là où le bât blesse, c’est que les émirats sont également le premier acheteur de métal jaune en provenance d’Afrique. « En 2018, la moitié de l’or transitant par Dubaï provenait du continent africain (402 tonnes), écrit ainsi Swissaid. Une grande partie de cet or est exportée illégalement de pays africains avant d’être déclaré aux EAU. »

Origine douteuse

L’association explique que les procédures de contrôles sont légères, et qu’une partie de l’or qui est importé à Dubaï provient de régions en guerre, par exemple du Darfour ou de la République démocratique du Congo. Dans ces zones, le métal précieux est souvent extrait dans des conditions inhumaines et sert à financer les milices. Arrivé aux Emirats, le métal est fondu, parfois avec de l’or recyclé provenant de débris (anciens bijoux), ou avec de l’or à l’origine tout à fait légal. 

Pour Swissaid, « il y a une certaine hypocrisie de ces sociétés suisses à affirmer haut et fort qu’il n’y a pas d’or artisanal africain dans leur chaîne d’approvisionnement alors qu’elles se fournissent à Dubaï en or « recyclé »». L’ONG suisse, tout comme Global Witness, ciblent principalement une société : Valcambi, premier raffineur mondial de métaux précieux, avec une capacité de 2.000 tonnes par an. Alors que certains de ses homologues ont stoppé leurs achats à Dubaï, faute de garanties suffisantes sur l’origine de l’or, Valcambi a continué ses importations depuis les Emirats. Notamment en traitant avec Kaloti, une société à la réputation sulfureuse. 

Valcambi affirme que ces accusations sont infondées. « Nous avons toujours mené des contrôles minutieux de toutes nos contreparties et des matériaux qui nous ont été envoyés afin de s’assurer que nous nous approvisionnons de manière responsable et que nous connaissons l’origine de l’or qui entre dans notre chaîne d’approvisionnement », écrit le groupe dans un communiqué.

Au-delà de ce cas particulier, les ONG appellent l’ensemble des acteurs de la filière, y compris les associations professionnelles et les clients finaux, à se mobiliser pour mettre en place des mesures permettant un contrôle efficace de l’origine de l’or.



Source link

Autres articles

Scandale Hin Leong : une aubaine pour les gros négociants de matières premières

administrateur

La Banque de France verdit sa caisse de retraites

administrateur

Les restructurations de dette explosent dans le monde

administrateur

Perte record pour le conglomérat de Warren Buffett

administrateur

Les TPE et PME réservées sur le régime catastrophes proposé par les assureurs

administrateur

Le pétrole s’offre une nouvelle journée cauchemardesque

administrateur