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Finance

Le Venezuela attaque en justice la Banque d’Angleterre pour récupérer son or



Dans sa quête désespérée d’argent, en pleine crise économique et sanitaire, le Venezuela ne peut même plus compter sur son or. La Banque d’Angleterre, où est stockée une partie des réserves du Venezuela, a refusé de transférer pour 1 milliard de dollars en or au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

L’institut d’émission britannique explique avoir reçu des « instructions contradictoires au sujet de l’or émanant de groupes rivaux prétendant représenter la Banque centrale du Venezuela ». L’un des groupes est soutenu par Nicolás Maduro et l’autre par Juan Guaido, qui s’est proclamé président par intérim en janvier 2019, réclamant des «élections libres et crédibles». 

Deux camps s’affrontent

Une soixantaine de pays, dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni reconnaissent la légitimité de Juan Guaido. La Russie, Cuba et la Chine reconnaissent l’autorité de Nicolás Maduro. Les deux clans se disputent aussi le contrôle de la banque centrale en nommant des membres à son Conseil.

Faute d’avoir reçu l’argent, ou une confirmation que l’opération allait être réalisée, la Banque centrale du Venezuela (BCV) a mandaté le cabinet d’avocats Zaiwalla & Co afin de poursuivre en justice la Banque d’Angleterre et de récupérer son or.

Devoir moral

« Il n’existe aucun, ou aucun fondement suffisant, pour un tel refus », avancent les avocats. « La Banque d’Angleterre a l’obligation morale de permettre au Venezuela de vendre l’or du pays afin de permettre au Pnud d’aider efficacement la population vénézuélienne dans la lutte contre le Covid-19 », justifient-ils encore.

« Ce n’est pas la première fois que la Banque d’Angleterre agit comme un agent du pillage contre les peuples. Aujourd’hui, elle viole des contrats et escroque les nations en profitant de la pandémie. Un crime contre l’humanité », s’est emporté sur Twitter Samuel Moncada, représentant du Venezuela à l’ONU.

Refus du FMI

Au sein de l’institution multilatérale, le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme s’inquiète du poids des sanctions contre le pays et de leurs effets sur la lutte contre le coronavirus : « En dépit d’exceptions pour les importations de produits médicaux, alimentaires et humanitaires, les services publics et la population continuent de subir les effets du zèle du secteur financier en matière de conformité» .

Le blocage à Londres est d’autant plus grave pour le pays, que la demande faite par Nicolás Maduro d’une aide de 5 milliards de dollars auprès du FMI a été rejetée à la mi-mars. Le motif est toujours le même : il n’y a pas « reconnaissance claire » du gouvernement.

En avril 2019, le leader bolivarien avait aussi exhorté le Portugal à rendre l’argent «volé» au Venezuela, réclamant la restitution de 1,7 milliard de dollars bloqué par l’ établissement Novo Banco , propriété de l’Etat portugais et du fonds américain Lone Star (à 75%). En vain. Une pétition en ligne a été lancée pour appuyer cette demande. La compagnie pétrolière venezuelienne PDVSA a pour sa part saisi un tribunal à Lisbonne pour débloquer des ordres de paiement d’un montant de 400 millions d’euros, selon la presse portugaise. Là aussi en vain.

Londres, centre mondial de l’or

Le Venezuela est particulièrement touché par la pandémie en raison du délabrement des services de santé. Depuis l’effondrement des prix du pétrole en 2014, le pays traverse une crise sans précédent sur fond d’inflation galopante : les hôpitaux ont peu de matériel médical et certains n’ont même plus accès à de l’eau courante.

La Banque d’Angleterre est le deuxième centre de stockage d’or au monde après la Réserve fédérale de New York. D’après son site , l’institution conserve dans ses coffres 400.000 barres d’or soit environ 200 milliards de dollars. De nombreuses banques centrales étrangères ont un compte or auprès de la Banque d’Angleterre. Ce service leur permet d’avoir accès à la liquidité du marché de l’or londonien. La capitale britannique est la première place au monde pour échanger le métal précieux.

Le régime de Maduro a déjà tenté en 2018 de rapatrier à Caracas l’or conservé dans les coffres britanniques. La demande a été refusée par la Banque d’Angleterre sous la pression des Etats-Unis et de Juan Guaido. Sous Nicolás Maduro, les réserves en or sont tombées à 161 tonnes fin 2019 contre 301 tonnes fin 2014, selon les données du Conseil mondial de l’or.

Le régime utilise le métal précieux comme garantie pour emprunter de l’argent à des institutions financières ou à des gouvernements. Au fil des défauts et des remboursements, Moscou, Pékin, Citi, Deutsche Bank … mettent la main sur l’or du Venezuela.





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