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Economie

Les abattoirs sont-ils des foyers de contamination du coronavirus ?


Dans le Loiret, à l’abattoir de Fleury-lès-Aubrais, au moins 34 personnes ont été contaminées par le Covid-19. C’est un peu moins d’un salarié sur 10 là-bas. Tous les autres salariés seront dépistés d’ici ce mardi. Dans les Côtes-d’Armor, un autre abattoir connaît le même sort avec 69 contaminations, au minimum. Pour autant, sa fermeture n’est pas à l’ordre du jour car «même temporaire, elle serait une catastrophe», selon le maire du Mené où se trouve l’abattoir, Jacky Aignel, interrogé par l’AFP. Il précise que «600 personnes» de sa commune y travaillent sur 6500 habitants. Un troisième abattoir, en Vendée, fait part des mêmes remontées de forte contamination.

Hors de nos frontières aussi, des abattoirs constatent de nombreux cas parmi leurs salariés. En Allemagne, il en est un qui comptait déjà plus de 100 cas depuis début mai. Dans d’autres régions, plusieurs centaines ont été comptabilisées depuis avril. Aux États-Unis, plusieurs abattoirs, au moins 115, jouent également le rôle de foyer de contagion. 5000 salariés y ont été contaminés et quatre, chargés de faire respecter les règles sanitaires, en sont décédés. Au Brésil, en Espagne ou en Australie, la situation est la même. La question est alors légitime : les abattoirs favorisent-ils la transmission du coronavirus ?

Selon le Docteur Philippe Vermesch, président du syndicat des médecins libéraux, ces nombreux cas seraient plutôt à mettre sur le compte de «l’organisationnel». En l’absence d’études précises, pour le moment, il estime que «la promiscuité importante» qui règne dans ces abattoirs serait la cause de cet important taux de contamination.

Il y a peu d’ouvriers de l’abattoir qui sont contact avec les bêtes vivantes et ceux qui le sont, sont équipés comme des cosmonautes

Geoffrey Le Guilcher, journaliste, auteur de Steak Machine

Des conditions de travail qui empêchent parfois, en effet, le respect des règles de distanciation. «Il y a beaucoup de promiscuité», confirme Geoffrey Le Guilcher, auteur de Steak Machine aux éditions de la Goutte d’Or en 2017, récit d’une infiltration de plus d’un mois dans un grand abattoir breton. «Dans les vestiaires, on est tous côte à côte, il y a des douches communes, une salle de pause où on laisse nos masques et gants à l’extérieur et généralement, on est nombreux à prendre nos pauses en même temps», relate-t-il de son expérience. Selon le journaliste, l’une des questions qui se pose aujourd’hui, face à ces nombreuses contaminations, c’est de savoir si la cadence des abattoirs a été réduite.

Geoffrey Le Guilcher estime qu’il est justement compliqué de la réduire, car les abattoirs souffrent tous d’un manque de rentabilité. «Le prix moyen d’un kilo de bœuf c’est 0,01 euro de bénéfice», détaille le journaliste. Suivant l’hypothèse que la cadence est restée la même, sachant que les abattoirs français n’ont pas fermé leur porte pendant le confinement, alors les contacts entre ouvriers restent forcément très nombreux.

Il estime par ailleurs que la transmission ne peut se faire entre humain et bête vivante. «Il y a peu d’ouvriers de l’abattoir qui sont contact avec les bêtes vivantes et ceux qui le sont, sont équipés comme des cosmonautes», lance-t-il. Il se remémore enfin une des règles que partagent les ouvriers des abattoirs : «Ce qui se passe à l’abattoir reste à l’abattoir». De quoi mettre en doute, face aux nombreuses contaminations qui remontent de jour en jour, la mise en place de règle sanitaire stricte.

Une autre personne informée estime également que cela relève d’une «problématique de santé au travail». Le froid dans certaines salles favoriserait la survie et donc la propagation du virus, le fait que les ouvriers doivent se parler régulièrement et un possible laxisme, face aux conditions de travail difficiles, sont d’autres éventuelles explications à ces contaminations massives.

L’animal écarté de tout soupçon ?

Des propos que partagent Paul Auffray, éleveur de porcs français et vice-président de la Fédération nationale porcine. À l’AFP, il explique également que «dans les abattoirs comme dans toutes les entreprises où il y a du personnel, forcément il y a de la promiscuité, donc même avec des mesures barrière, il y a plus de risques.»

Les voix se multiplient sur le sujet : les conditions de travail et la promiscuité entre ouvriers pourraient largement mener à ces contaminations. «Je ne pense pas qu’il y ait de contamination par le sang», estime aussi le Docteur Philippe Vermesch, insistant une fois encore sur le caractère confiné des abattoirs.

Idem selon Laurent Habert, directeur général de l’Agence régionale de santé du Centre-Val de Loire. Interrogé par BFMTV, il assure qu’«il n’y a pas de chaîne de contamination prouvée à partir de la viande.» Encore une fois, selon lui, la contamination des salariés s’est faite entre salariés. En mars et en avril, l’agence française de sécurité sanitaire, l’Anses, assurait également qu’il n’y avait «aucune preuve scientifique montrant que les animaux d’élevage et de compagnie» participent à la diffusion du virus. L’agence écartait alors l’hypothèse d’une contamination par l’aliment, a fortiori lorsque la viande est cuite, ce qui neutralise le virus.

En l’absence d’étude, la piste ne peut toutefois être totalement écartée. Surtout, une étude datant de 2015 dans la revue Infection Ecology & Epidemiology assurait qu’une partie des dromadaires conduits à l’abattoir de Doha était porteuse d’un précédent virus, découvert en 2012, le MERS-CoV, rapporte l’AFP. Ainsi, selon les chercheurs auteurs de cette étude, ces lieux étaient «des vecteurs de sa circulation et des zones à haut risque pour l’exposition humaine». Suffisant pour ne pas totalement éliminer la piste animale dans la série de contamination que connaissent des abattoirs du monde entier.



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