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Finance

Les autorités vigilantes face à la flambée de l’endettement des entreprises



Les entreprises françaises gardent le pied sur l’accélérateur en matière de dette. Selon les chiffres publiés mercredi par la Banque de France, le financement des sociétés non financières a encore crû de 6,4 % en avril, pour atteindre 1.905 milliards d’euros (dette bancaire et obligataire cumulée).

La hausse est certes moindre que le mois précédent (9,9 %) mais ceci reflète un effet de base lié à une forte augmentation de l’endettement en avril 2020, souligne l’institution. En effet, la progression en glissement sur deux ans s’établit à 16,2 %. Il faut dire qu’à l’heure actuelle, elles profitent de taux particulièrement bas pour emprunter, malgré un léger rebond en avril.

La Banque de France comme le gouvernement relativisent le phénomène en mettant en miroir la hausse de la dette et celle de la trésorerie des entreprises. Depuis février 2020, toutes deux ont progressé d’environ 200 milliards d’euros. Pour Philippe Brassac , le patron de Crédit Agricole, « il n’y a pas de mur de la dette ».

Prolongation de deux ans

Problème : l’équation est vraie au niveau macro-économique mais pas forcément au cas par cas. Autrement dit, les entreprises les plus endettées, et les plus vulnérables, ne sont pas forcément celles qui ont le plus de trésorerie. Et c’est bien ce qui inquiète les autorités.

Au côté du crédit immobilier , qui lui aussi s’emballe, le sujet devrait être abordé mardi lors de la réunion du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), présidé par le ministre des Finances, qui doit renouveler pour deux ans, le 1er juillet, la mesure relative aux grands risques des institutions systémiques.

Cette mesure, introduite pour la première fois en juillet 2018 et reconduite pour un an en juillet 2020, vise à « limiter la concentration au sein du secteur bancaire des risques liés aux grandes entreprises les plus endettées, afin de conforter la solidité du secteur financier ».

Concrètement, une banque ne peut pas engager plus de 5 % de ses fonds propres vis-à-vis d’une grande entreprise française très endettée. En temps normal, cette limite fixée par défaut par la règlementation européenne est de 25 % du capital de la banque.

L’Autorité bancaire européenne (EBA), qui a validé la mesure la semaine dernière, reconnait que celle-ci contribue à la stabilité financière et à prévenir de futurs chocs économiques en protégeant les prêteurs d’importance systémique contre les grosses faillites.

Pression sur les bilans des banques

Un scénario crédible : les faillites récentes de Wirecard, Greensill ou Archegos ont illustré le risque de concentration pour les banques. Et pendant la crise, sans l’aide de 10 milliards d’euros des Etats français et néerlandais, Air France aurait sans doute fait faillite.

« Dans la pandémie actuelle de Covid-19, la flambée de la demande de crédit, accommodée par l’offre de prêts de relance [ garantis par l’Etat , NDLR], pourrait exercer une pression supplémentaire sur les bilans des banques », s’inquiète l’EBA.

D’autant que ces dernières années, les banques européennes ont augmenté leurs prêts aux segments plus risqués et plus rémunérateurs pour compenser la baisse des marges nettes d’intérêt dans un contexte de taux bas, rappelle le Conseil européen de stabilité financière (ESRB).

En France, toute la difficulté sera d’appliquer la mesure sans freiner l’économie. « L’EBA encourage les autorités françaises à suivre de près les évolutions pendant l’horizon d’application de la mesure et à être vigilantes quant à toute conséquence imprévue sur l’offre de crédit », indique-t-elle.



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