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Finance

Les banques toujours davantage exposées à la « finance de l’ombre »



Publié le 14 sept. 2020 à 13:57

Régulateurs, banquiers et Etats le martèlent depuis le déclenchement de la crise sanitaire : le renforcement des fonds propres et des règles de liquidité imposées aux banques depuis dix ans ont contribué à passer le stress de la crise sans trop de dommages.

Or, dans le même temps, le secteur bancaire – Etats-Unis et Royaume-Uni en tête – a vu ses liens se renforcer avec d’autres acteurs de la finance, non bancaires, parfois très volumineux et pourtant beaucoup moins sévèrement régulés que les banques . Ce qu’on appelle le « shadow banking » dans le jargon, ou la finance de l’ombre.

« Les créances internationales (« cross-border claims ») des banques sur les institutions financières non-bancaires ont progressé de 4.600 milliards de dollars au premier trimestre 2015 à 7.500 milliards de dollars au premier trimestre 2020 », soit une hausse de 63%, souligne un article paru lundi dans la revue trimestrielle de la Banque des règlements internationaux (BRI).

De nouvelles vulnérabilités

La tempête financière déclenchée par la Covid-19 « a révélé des vulnérabilités associées aux liens transfrontaliers entre banques et non- banques », insistent les auteurs de l’étude. L’article mentionne par exemple le cas de fonds très endettés ayant dû déboucler leurs positions dans l’urgence. Ou, à l’inverse, les banques obtenant auprès de ces acteurs des liquidités de court terme risquant de voir le robinet se fermer brutalement.

Dans des volumes un peu moindres, les créances de ces acteurs – assureurs, fonds de pension, hedge funds… – auprès des banques ont également progressé ces dernières années, souligne l’étude. A noter que les expositions domestiques (entre banques et non-banques) ne sont pas mesurées faute de données, regrette l’instance de concertation des banques centrales de la planète.

Le phénomène, qui concerne principalement les expositions en dollars, est d’autant plus inquiétant qu’il est très concentré sur le plan géographique : trois pays concentrent 74 % des expositions en dollars, cette part n’étant que de 39 % pour les expositions en euros.

Les liens se renforcent

Paradoxe, aux yeux des auteurs de l’étude, c’est précisément au plus aigu de la tempête financière, au premier trimestre, que les liens entre banques et non-banques se sont encore resserrés, souligne la BRI. Les créances transfrontalières ont alors atteint près de 800 milliards de dollars, l’hypothèse étant que les acteurs non-bancaires ont alors tiré sur leurs lignes de crédit.

Les fonds localisés aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et aux Iles caïman ont représenté l’essentiel de cette expansion, indique l’étude. Dans le même temps, une part non négligeable de ces créances ont simplement été placées en dépôt auprès des banques, renforçant par ricochet le lien entre banques et non-banques.

Celui-ci est surveillé de près par les autorités, qui peinent à cartographier ce qui relève du « shadow banking ». Depuis 2008, à mesure que les banques ont vu se durcir leur cadre réglementaire – mis sur pause depuis la crise sanitaire – d’autres pans de la finance se sont développés .

« La croissance des actifs d’acteurs non-bancaires a dépassé celle des banques ces dix dernières années, atteignant 48 % du total des actifs financiers dans le monde à fin 2018 contre 42 % fin 2008 », rappelle la BRI.



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