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Economie

Les betteraviers face à une crise inédite


À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Les 25.000 agriculteurs français qui produisent de la betterave sucrière, principalement dans quatre régions (Ile-de-France, Grand Est, Hauts-de-France et Normandie), attendent d’urgence une réponse de leur ministre de tutelle, Julien Denormandie, pour les aider à sortir de l’ornière.

Outre la sécheresse dont ils sont victimes, comme pratiquement tous les paysans de l’Hexagone, c’est à une attaque de pucerons verts sans précédent qu’ils doivent faire face. «Cet insecte vecteur du virus de la jaunisse s’en prend aux feuilles des betteraves qui s’atrophient, la photosynthèse ne peut plus s’opérer, la racine ne grossit plus et ne produit plus de sucre, commente Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Les producteurs s’attendent donc à voir leur rendement diminuer de moitié dans les endroits les plus atteints, notamment au sud de paris, dans le Centre-Val de Loire, l’Aube et l’Oise. Cela se traduit par 150 à 200 millions d’euros de manque à gagner rien que pour le planteur, sans compter les pertes en aval du secteur pour les 21 sucreries présentes sur le territoire et les 45.000 emplois directs et indirects créés par cette production, alors que la France est leader européen, devant l’Allemagne», rappelle le leader syndical, lui-même betteravier dans le Bas-Rhin.

C’est le seul traitement efficace actuellement pour éradiquer ces petites bêtes.

Le patron de la CGB

Aussi pour gagner le combat sanitaire contre cet insecte ravageur, les paysans français demandent au gouvernement français de pouvoir appliquer une dérogation sur la législation en vigueur pour utiliser à titre exceptionnel un pesticide de la famille des néonicotinoïdes (NNI), molécules soufrées et chlorées qui agissent sur le système nerveux central des insectes. «C’est le seul traitement efficace actuellement pour éradiquer ces petites bêtes, remarque le patron de la CGB. La législation européenne nous permet, en cas de crise sanitaire, de recourir aux NNI. Nous demandons donc au ministre de l’Agriculture de pouvoir recourir aux semences de betteraves enrobées de NNI pour la prochaine saison 2020-2021. Il n’existe pas d’alternatives sérieuses actuellement, les deux molécules autorisées par l’Anses ont montré leurs limites économiques et environnementales, certains agriculteurs ont dû faire quatre pulvérisations sans venir à bout du puceron alors que notre semence enrobée est efficace sans ces traitements qui, en outre, se traduisent par un surcoût de 80 euros à l’hectare. Et nous nous engagerions à n’utiliser ces semences qu’une année sur deux sur la même parcelle, pour limiter les résidus dans le sol.»

«Une régression inacceptable»

Une solution qui n’est bien entendu pas du goût des environnementalistes. «Face à la pression des betteraviers, Générations Futures se positionne fermement contre d’éventuelles dérogations accordées à des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave, car ces substances sont trop dangereuses pour l’environnement et la santé pour être utilisées en agriculture. De telles dérogations constitueraient une régression inacceptable en matière de politique agricole et de santé environnementale, totalement incompatible avec les objectifs affichés par le gouvernement dans ces domaines», déclare François Veillerette, directeur de Générations Futures. Et le patron de l’ONG de rappeler que «les néonicotinoïdes ont été interdits dans les champs français à partir du samedi 1er septembre 2018 en France, afin de protéger les colonies d’abeilles décimées par l’usage de ces produits chimiques très toxiques. Cette interdiction place notre pays en précurseur pour la protection des pollinisateurs, de l’environnement et de la santé, s’était réjouie à l’époque la ministre de la Santé.»

Contrairement à ce qui est dit, la betterave ne fleurit pas et n’est donc pas mellifère.

Une vision que le responsable de la CGB rectifie. «Contrairement à ce qui est dit, la betterave ne fleurit pas et n’est donc pas mellifère. En attendant d’autres solutions alternatives sur lesquelles la recherche agronomique travaille et qui pourraient apporter un traitement efficace d’ici à quatre ou cinq ans, nous nous engageons en outre à créer dans nos parcelles des espaces enherbés mellifères», promet-il. Et pour mettre fin aux idées reçues, il indique que «le sucre bio importé est parfois porteur de plus de résidus phytosanitaires. Au Brésil, gros producteur de canne à sucre qui alimente le marché européen, les agriculteurs utilisent du glyphosate pour accélérer la récolte en détruisant le feuillage et ne récupérer que la canne. Le sucre roux non raffiné que le consommateur croit meilleur contient en fait des résidus de cet herbicide alors que notre sucre blanc n’en contient pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser.»

Dans ce contexte compliqué, si aucune solution n’est trouvée à court terme, la disparition de milliers d’agriculteurs pour qui la betterave représente 80 % de leurs revenus est en jeu. C’est ce que le sénateur LR de la Seine-et-Marne, Pierre Cuypers, a voulu rappeler dans le cadre d’une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, signée par une centaine de parlementaires. «Cette excellence agro-industrielle est en danger vital: 4 fermetures de sucreries en un an et plus du tiers de la production de betteraves en péril à cause du virus de la jaunisse, faute, pour les agriculteurs, d’avoir pu protéger efficacement les plantes, souligne-t-il avec gravité. Monsieur le président: il y a urgence à agir. Quelques jours. Quelques semaines tout au plus, et si vous ne décidez rien, alors la filière s’affaissera par manque de surfaces cultivées. Elle entraînera irrémédiablement la perte des efforts de recherche et d’innovation investis depuis des années, le recul d’une activité économique créatrice d’emploi dans nos territoires ruraux et un accroissement de notre dépendance alimentaire.»



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