Image default
Economie

Les conditions de remboursement du Smecta se durcissent, son fabricant s’inquiète


À partir du 15 février, le remboursement du Smecta se fera sur la base du prix de son générique, que le patient ait le choix ou non entre les deux médicaments.

Dès le 15 février, la règle change pour les patients qui se verront prescrire un pansement digestif contre la diarrhée ou la gastro-entérite. Par une décision du 20 janvier publiée au Journal officiel du 3 février, il est prévu que le remboursement du médicament Smecta se fasse sur la base du prix de son générique, sans exception. Un durcissement des conditions de remboursement qui inquiète le laboratoire Ipsen, fabricant du célèbre médicament Smecta.

Jusque-là, le médicament Smecta était remboursé intégralement lorsque son générique, la diosmectite commercialisée par l’américain Mylan et fabriquée en Asie, n’était pas disponible en pharmacie. Autrement, l’assuré avait pour reste à charge la différence entre le prix du princeps et de son générique, comme cela est prévu pour tout médicament depuis le 1er janvier 2020. Mais dès le 15 janvier, la nouvelle règle impose que le Smecta soit remboursé au même tarif que le Mylan, même si le pharmacien n’en a plus en stock. Concrètement, pour une boîte de 30 sachets, les patients seront remboursés 2,47 euros (prix du générique) et auront pour reste à charge 90 centimes s’ils prennent du Smecta, dont le prix est fixé à 3,37 euros.

Une décision que le président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (Uspo), Gilles Bonnefond, juge étonnante car il n’existe qu’un seul générique sur le marché français: «au moindre incident d’approvisionnement, ce sera la panique. Les patients seront obligés d’acheter du Smecta, et donc de payer un reste à charge, alors qu’ils n’auront pas le choix de prendre le médicament le moins cher. Ils risquent de râler». Sa surprise a été accentuée par le fait que le Comité économique des produits de santé (Ceps), l’organe administratif qui fixe les prix des médicaments et la tarification des produits de santé remboursables, n’a pas informé l’Uspo au préalable. «D’habitude on discute avec les pouvoirs publics de ce type de réforme, et lorsqu’on argumente, ils ont tendance à écouter. Mais sur cette nouvelle règle, il n’y a pas eu de discussion, on l’a découverte dans le Journal officiel», raconte Gilles Bonnefond.

Le nombre de gastro réduit l’an dernier

Pour le laboratoire Ipsen, c’est un nouveau coup dur. L’autorisation du remboursement du médicament de Mylan en novembre 2019 avait déjà été assez mal accueillie par le laboratoire français, dont les ventes de Smecta ont été fortement impactées. En 2019, elles représentaient 40% du chiffre d’affaires, alors qu’en 2020, «nous avons perdu une part importante de ce chiffre d’affaires», déclare le laboratoire, sans pouvoir donner de chiffre exact. Le remboursement du Mylan n’est cependant pas la seule raison de la chute des ventes de Smecta: «avec la crise sanitaire, les gestes barrières sont devenus obligatoires, ce qui a nettement réduit le nombre de cas de gastro l’année dernière», assure Ipsen. En conséquence, le laboratoire a procédé à deux restructurations en 2020, qui ont concerné environ 75 personnes.

Avant de prendre cette décision, le Ceps a laissé le choix au fabricant de Smecta: soit Ipsen acceptait de baisser de 20% le prix de son médicament, soit il acceptait que le Smecta soit remboursé au même tarif que le générique, sans exception. «C’était la peste ou le choléra», confie le laboratoire au Figaro. D’un côté, diminuer le prix aurait des conséquences dramatiques sur les exportations du Smecta, alors que 70% de sa production est exportée à l’international. De l’autre, le reste à charge imposé aux patients se procurant du Smecta favoriserait largement son générique, et risquerait d’imputer un peu plus les ventes du médicament en France. Au final, c’est la seconde option qui a primé, «jugée comme étant la moins mauvaise», souligne Ipsen.

Contactés par Le Figaro, le Ceps ainsi que le ministère de la Santé n’ont pas donné suite à nos questions sur les raisons qui motivent cette nouvelle réglementation. Bercy de son côté assure «ne pas souhaiter commenter le dossier», mais que l’un des objectifs fixés par le gouvernement est de «rémunérer l’innovation qui passe par les brevets, puis de parvenir à ce que le générique soit commercialisé». Selon le laboratoire Ipsen, «l’objectif des pouvoirs publics est principalement d’augmenter le taux d’individus qui achètent le générique, à 37% en décembre 2020, afin de faire des économies». Pour Gilles Bonnefond, cette initiative présente un risque: celui de «dévier tout le marché (du pansement digestif) sur le générique», et à terme, «le déremboursement complet du princeps».



Source link

Autres articles

le port de Douvres annonce sa réouverture au trafic sortant

administrateur

le gouvernement publie un guide sur le télétravail

administrateur

La crise a aussi intensifié les attaques par rançongiciels contre les particuliers

administrateur

StopCovid, l’appli de traçage enfin disponible pour la phase 2 du déconfinement

administrateur

la fermeture des rayons non alimentaires des grandes surfaces ne calme pas la fronde

administrateur

Les travaux publics s’engagent à embaucher plus d’apprentis en 2021

administrateur