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Finance

Les cours des matières premières agricoles atteignent des sommets


Publié le 29 avr. 2021 à 6:15

Alors que la nouvelle campagne de grains approche à grands pas, les cours grimpent à toute vitesse . Sur les marchés à terme de Chicago, le soja s’échange contre 15,42 dollars le boisseau, son plus haut niveau en huit ans. Le maïs progresse de 50 % depuis le début de l’année et cote à près de 7 dollars le boisseau, du jamais vu depuis 2013, tout comme le blé qui gagne 40 % depuis janvier. Sur le marché parisien d’Euronext, la tonne de blé est remontée à 247,50 euros, presque au plus haut depuis 2013.

Les tensions sur ces trois denrées sont telles que le chef économiste du courtier StoneX Arlan Suderman a intitulé une récente note « le grand rallye des grains ». Dans le jargon des financiers, un rallye est une forte hausse. Alex Sanfeliu, responsable du négoce chez Cargill, va plus loin en parlant même d’un possible « mini-supercycle » des matières premières agricoles, c’est-à-dire une hausse des cours sur plusieurs années.

Circulation et lutte pour le climat

Comment expliquer cette tendance ? A court terme, les opérateurs de marché regardent avant tout la reprise du trafic automobile aux Etats-Unis, synonyme de demande en maïs. Outre-Atlantique, 30 % de la céréale est transformée en éthanol pour les voitures essence. Non seulement les Américains reprennent la route avec la réouverture progressive de l’économie, mais en plus la « driving season » cet été s’annonce intense grâce à la vaccination.

L’élection du démocrate Joe Biden n’est pas non plus étrangère à l’envolée des cours. Le nouveau président mobilise son pays pour lutter contre le dérèglement climatique , en réintégrant l’accord de Paris et en visant la neutralité carbone d’ici à 2050. « Beaucoup de gens parient sur une hausse des marchés agricoles » avec les mesures climatiques, explique à Bloomberg Scott Irwing, titulaire de la chaire d’agriculture à l’université de l’Illinois. L’administration Biden veut en effet développer les agrocarburants, mais aussi limiter l’expansion des terres arables pour maintenir des puits de carbone.

L’appétit d’ogre de la Chine

Ces deux facteurs s’appuient de surcroît sur un contexte de moyen terme extrêmement favorable aux cours. La météo peu clémente ces dernières semaines dans les grands pays producteurs a assombri les perspectives : le temps sec aux Etats-Unis et au Canada risque de retarder l’emblavement des champs de blé. En France, l’absence de précipitations – couplé au gel – peut avoir un impact négatif sur le blé d’hiver. Au Brésil, c’est le maïs qui est pénalisé par le manque d’eau. Plus au sud, en Argentine, c’est à l’inverse, la pluie qui entrave la récolte de soja. Le marché est par ailleurs préoccupé par une possible sécheresse cet été dans la ceinture agricole des Etats-Unis, qui n’est « pas encore totalement intégrée dans les prix », indique-t-on chez StoneX.

Enfin, la Chine continue d’acheter massivement des produits agricoles américains. Lors de cette campagne, l’ex-empire du Milieu devrait importer du maïs comme jamais il ne l’a fait dans l’histoire. Cet appétit d’ogre depuis l’été 2020 s’explique par la reconstitution du cheptel de porcs, décimé par l’épidémie de peste porcine africaine en 2019. Alors que les besoins de nourriture animale avaient chuté de 60 à 70 % selon les calculs de StoneX, ils ne sont plus que de 10 % à 20 % inférieurs à la demande pré-épidémie. « La Chine continue d’acheter tout ce qu’elle peut », a confirmé le dirigeant d’ADM Juan Luciano lors d’une conférence téléphonique avec les analystes. Le négociant a d’ailleurs enregistré au premier trimestre la meilleure performance de son histoire dans le commerce de grains.



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