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Economie

les dentistes appréhendent la reprise du travail


Le mois dernier, les dentistes de France se sont déshabillés face au Coronavirus, à travers l’opération #dentisteàpoil. La métaphore fut habile pour illustrer à la fois la vulnérabilité et la contestation de la profession envers les autorités sanitaires, face à l’absence de matériels de protection. Sur fond noir et blanc, les clichés des dentistes dénudés dans leur cabinet dentaire avaient provoqué l’émoi.

Le 17 mars dernier, lorsque la France s’est confinée, les dentistes ont dû fermer leur cabinet à la demande de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes. Leurs stocks d’équipements de protections individuelles avaient alors été réquisitionnés pour aider les soignants dans les hôpitaux de la région. Depuis, la profession est presque totalement à l’arrêt. Seules les soins d’urgences bucco-dentaires, tels que les rages de dent, caries douloureuses et autres infections, sont encore prises en charge.

Ces dernières semaines, les chirurgiens-dentistes se sont portés volontaires pour assurer les gardes dans les cabinets, où les Conseils départementaux de l’ordre des chirurgiens-dentistes ont mis en place des règles de sécurité sanitaire. En parallèle, d’autres praticiens sont venus épauler le personnel soignant dans les hôpitaux. À travers l’opération #dentisteàpoil, «les oubliés de la profession médicale» déploraient ainsi le manque de considération du ministère des Solidarités et de la Santé, dans l’approvisionnement de masques, gants et autres équipements de protection nécessaires pour exercer leur métier. La semaine passée, le ministre de la Santé Olivier Véran avait finalement adressé une lettre aux professionnels du secteur en promettant des mesures de soutien, dont 150.000 masques FFP2 pour assurer la permanence des soins jusqu’au 11 mai.

À quelques jours de la sortie progressive du confinement, les dentistes et chirurgiens-dentistes se préparent à rouvrir, non sans appréhension, leurs cabinets. L’Ordre national des chirurgiens-dentistes a appelé les professionnels qui le peuvent à reprendre leurs activités dès le 11 mai.

800.000 masques FFP2 hebdomadaires

Fortement exposés aux risques de contamination, les dentistes derniers sont constamment confrontés à des projections de salive et de sang. Seuls les masques de protection FFP2 leur permettent d’exercer. «En réalité, nous avons besoin de 800.000 FFP2 masques hebdomadaires, pour que tous les cabinets de praticiens puissent assurer une activité sécurisée», explique au Figaro Dr Serge Fournier, président du Conseil de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes.

Après plusieurs sollicitations auprès du ministère des Solidarités et de la Santé, ce dernier a promis cette semaine la mise à disposition pour chaque chirurgien-dentiste de 4 masques FFP2 par jour, soit 24 masques par semaine, indique le Conseil dans un communiqué. L’accès à ces masques se fera dans les mêmes conditions que pour les autres professionnels de santé, c’est-à-dire par les pharmaciens d’officine. Jusque-là, les chirurgiens-dentistes n’étaient pas dans la liste des professionnels de santé autorisés à en obtenir en pharmacie. En parallèle, la profession a actionné les fournisseurs habituels des cabinets dentaires. «A priori, avec l’approvisionnement de la filière dentaire et le soutien du ministère, notre objectif masques pour le déconfinement paraît atteignable», étaye le Dr Serge Fournier.

Mais outre la question des masques, la profession s’inquiète surtout de ne pouvoir commander suffisamment d’équipements de protection sanitaire, tels que des blouses, surblouses, visières de protection, gants, calots ou surchaussures, essentielles à la sécurité des membres du cabinet. «Les fournisseurs ne sont pas en capacité de nous fournir 3 millions de blouses par mois dans les délais. Or, nous ne pourrons pas faire sans», abonde le professionnel de santé.

Soutien financier demandé

Les dentistes et chirurgiens-dentistes s’organisent pour respecter les protocoles de soins de la Haute autorité de Santé. Dans une première évaluation, la profession a estimé à 1000 euros par mois le surcoût d’équipements de protection pour chaque cabinet dentaire. Outre ces charges additionnelles, le président de l’Ordre rappelle qu’il faut également considérer le «temps perdu», nécessaire pour respecter la sécurité sanitaire des employés et clients du cabinet dentaire. «Dans mon cabinet à Toulouse, je vais devoir passer de 20 à 10 patients par jour», explique Dr Serge Fournier.

De fait, ce dernier estime que l’État se doit d’établir un accompagnement financier important, adapté à la spécificité du métier. Dans la perspective d’un déconfinement progressive, l’Ordre espère que des négociations en ce sens s’engagent rapidement avec l’État. «Les cabinets sont pour la plupart des petites structures, qui ne disposent pas de trésorerie suffisante pour assurer un redémarrage dans ces conditions-là», abonde le président, qui craint «une disparition» des cabinets dentaires dans les mois à venir.



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