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Finance

Les difficultés d’H2O contaminent l’assurance-vie



Publié le 8 sept. 2020 à 6:15

Les difficultés de la société de gestion H2O AM infusent dans le support d’épargne très prisé des Français qu’est l’assurance-vie. Les particuliers exposés, via ce placement, aux fonds d’investissement de la filiale de Natixis IM aujourd’hui dans la tourmente n’ont guère d’autre choix que de prendre leur mal en patience.

Les épargnants souhaitant récupérer l’argent qu’ils ont investi dans ces fonds via une assurance-vie en unités de compte ne peuvent pas le faire pour l’instant. Car, après qu’H2O a été contraint de suspendre huit de ses fonds à la fin du mois d’août, des assureurs ont prévenu leurs clients qu’ils ne pourraient pas faire d’opérations sur les véhicules concernés le temps de cette suspension, qui doit durer jusqu’à début octobre. Au total, plus de 10 milliards d’euros d’encours sont aujourd’hui gelés.

Systèmes informatiques à la peine

« Les opérations initiées sur ces supports [en unités de compte] à compter de la mise en oeuvre du dispositif de suspension sont reportées, et nous procéderons à la réalisation de l’opération dès lors qu’une valeur de part nous sera communiquée », déclare ainsi l’assureur Generali. De quoi contrarier ceux qui voulaient retirer très rapidement tout leur argent, à court terme.

« Aujourd’hui, il est difficile de faire un rachat sur un contrat d’assurance-vie qui contient du H2O, même si vous pouvez faire des arbitrages entre des fonds qui ne sont pas concernés par les suspensions », explique Olivier Rozenfeld, président de Fidroit, une société spécialisée dans l’accompagnement des conseillers en gestion de patrimoine. Certains assureurs auraient par ailleurs des difficultés à gérer cette situation inhabituelle pour des raisons informatiques et doivent traiter manuellement les demandes de clients.

Difficile de savoir combien de clients sont concernés par cette situation peu commune. L’Autorité des marchés financiers (AMF), à l’origine d’une partie des suspensions, n’a pas communiqué à ce propos. Pas plus que l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme des assureurs. La société de gestion affiliée à Natixis au coeur de la tempête dit ne pas avoir de visibilité complète sur les clients finaux de ses fonds et les assureurs ont tout intérêt à rester discrets sur cette question. Signe de l’ampleur du sujet, un acteur de la place se félicite d’avoir une exposition « limitée » avec quelque 5.000 clients concernés.

Fonds favoris des conseillers en gestion de patrimoine

L’incertitude pèse également sur la valeur des fonds gelés. La société de gestion publie des estimations depuis la suspension des fonds, et a donné vendredi une fourchette d’exposition de chaque fonds aux actifs non cotés. Mais les stratégies de gestion de H2O vont se poursuivre pendant la suspension, ce qui jouera en positif ou en négatif sur la valeur des actifs. En ce qui concerne la poche illiquide , qui représente jusqu’à 30 % des actifs selon les fonds, l’incertitude est encore plus grande.

Les épargnants ne sont par ailleurs pas tous exposés au même niveau aux fonds H2O. Dans les contrats d’assurance-vie en unités de compte, les clients sont en général poussés à investir dans des fonds suivant différentes stratégies. Certains épargnants peuvent avoir investi 10 % seulement de leur patrimoine dans des fonds H2O, quand d’autres ont misé bien davantage.

Tous les professionnels affirment en tout cas que les fonds suspendus étaient très largement distribués sur la place, via les réseaux des bancassureurs, mais surtout par les conseillers en gestion de patrimoine. En dépit des risques affichés, les fonds litigieux faisaient partie des placements favoris de ces derniers, compte tenu de la très belle performance qu’ils ont enregistrée jusqu’à peu. « On retrouve des fonds H2O dans presque tous les contrats ‘patrimoniaux’ distribués par les conseillers en gestion de patrimoine », estime Cyrille Chartier-Kastler, le fondateur du site Good Value For Money.

Disposition issue de la loi Sapin 2

Résultat : « beaucoup de particuliers vont découvrir la notion de suspension de fonds et ses implications », prévient Philippe Maupas, consultant. Pour justifier l’impossibilité de faire des arbitrages sur les fonds en question, des assureurs se réfèrent à une disposition issue de la loi Sapin 2 adoptée en 2016. Ce serait la première fois que cette disposition serait utilisée pour un dossier de cette ampleur.

« A première vue, cet article ne semble pas être utilisé à mauvais escient par les assureurs, même s’il les protège des demandes de rachat », admet l’avocate Hélène Feron-Poloni. Reste à savoir comment vont réagir les épargnants face à ces difficultés. « C’est à la reprise de cotation des fonds qu’on pourra évaluer les dégâts. Il pourrait alors y avoir des épargnants qui se retournent contre l’assureur. »



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