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Economie

Les étonnantes primes de suractivité des contrôleurs aériens


Des primes de suractivité pour les aiguilleurs du ciel, alors que le trafic aérien s’est effondré ces derniers mois : cela semble pour le moins étonnant. L’affaire, dévoilée par Le Parisien , fait actuellement débat au sein de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Et pour cause. Ces cinq derniers mois, alors que les avions ont été cloués au sol en raison de la crise sanitaire, près d’un contrôleur aérien sur deux a touché une prime d’un montant mensuel de 255 à 550 euros bruts.

Ces primes de flexibilité ont été mises en place en 2016 au sein de la navigation aérienne française, pour faire face à une augmentation croissante du trafic aérien, alors que dans le même temps les recrutements de contrôleurs aériens avaient plutôt tendance à diminuer. L’objectif était d’augmenter la productivité des aiguilleurs du ciel dans les grands centres de contrôles lors des périodes de pointes, l’été notamment. Selon la DGAC, l’année de son introduction, cette prime de «flexibilité» a permis de gagner 15 à 20% en effectifs constants en période de pointe, et de baisser les retards liés au contrôle aérien de l’ordre de 16 à 35%.

«De l’argent public qui n’est pas dépensé à bon escient»

Aujourd’hui, plusieurs syndicats, l’Usac-CGT en tête, dénoncent le maintien de cette prime. «Elle ne se justifie plus compte tenu du niveau de trafic et d’endettement de la DGAC. C’est de l’argent public qui n’est pas dépensé à bon escient», estime Éric Monate, secrétaire national de l’Usac-CGT (syndicat représentatif à hauteur de 21% des contrôleurs aériens). «Et tous les contrôleurs ne la touchent pas, ça crée des jalousies», poursuit-il.

Au contraire, le SNCTA, syndicat majoritaire chez les aiguilleurs du ciel, estime qu’elle est toujours légitime, alors qu’un «retour à la normale» du trafic aérien n’est pas attendu avant 2023, voire 2025. «La reprise du trafic va s’accompagner d’une transformation vers une aviation plus verte. Les outils des contrôleurs aériens ont aussi besoin d’être changés. De nouveaux matériels arrivent. Ce qui va impliquer beaucoup de journées de formation. Et sur les trois prochaines années, on va aussi rattraper les jours qu’on n’a pas effectués ces derniers temps», explique Loïc Parisi, secrétaire national du SNCTA. En clair, ce syndicat explique qu’étant donné que les contrôleurs aériens vont faire face à une série d’évolutions dans leur métier, sans hausses de salaire à l’avenir, le maintien de cette prime se justifie.

Moins claire sur le sujet, la direction générale de l’aviation civile semble aussi soutenir cette position. «Les vacations qui ne seront pas utilisées immédiatement en lien avec l’état du trafic actuel, seront comptabilisées par l’administration pour être utilisées dans les trois ans notamment pour la formation massive indispensable dans le cadre du déploiement des nouveaux systèmes de contrôle aérien», écrit-elle. Et d’ajouter que «le dialogue social va reprendre à la rentrée dans un contexte d’adaptation à la relance du transport aérien».

Le statut des contrôleurs aériens – qui travaillent en moyenne 32 heures par semaine – et la gestion du personnel de la navigation aérienne sont régulièrement pointés du doigt. En 2010, la Cour des comptes dénonçait «une organisation du travail opaque, des négociations sociales déséquilibrées». Cette prime «flexibilité» a été estimée à quelque 45 millions d’euros par la Cour des comptes, entre 2016 et 2019. Ce sont donc quelques millions qui ont été versés ces derniers mois aux aiguilleurs du ciel.



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