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Economie

les fleuristes en galère poussent un cri d’alarme


Aurons-nous des fleurs à Noël ? Touchés de plein fouet par les deux confinements, les professionnels de la filière végétale s’inquiètent pour leur survie et attirent l’attention sur les innombrables fleurs et plantes gâchées chaque semaine de confinement. L’amertume et la colère sont palpables, en amont comme en aval d’une filière qui voit le fruit de ses efforts partir à la poubelle. Le calendrier est important, les mois de novembre et décembre pesant près du quart de l’activité annuelle de ces entreprises.

En amont, les producteurs se retrouvent au pain sec et à l’eau, sans client. «Nous avons perdu 95% de nos débouchés, c’est encore pire que lors du premier confinement», soupire Nicolas Bigot. À la tête des Fleurs de Nicolas et directeur général du groupe familial Bigot Fleurs, cet ancien consultant dirige aujourd’hui 1200 employés. «Nous sommes en amont de la filière. Nous avons deux sites de production dans la Sarthe, de tulipes et de muguet, et un au Kenya pour les roses», décrit-il. Son groupe est aujourd’hui l’un des producteurs qui comptent en France.

Nicolas Bigot regrette la situation ubuesque dans laquelle se retrouvent ses équipes. «À l’époque du premier confinement, nous pouvions vendre aux grossistes et à la grande distribution. Cette fois-ci, tout notre marché s’est effondré», raconte-t-il. L’interruption de la vente en grande surface – 70% de ses débouchés – a réduit ses affaires comme peau de chagrin, à tel point que l’écrasante majorité de ses fleurs partent désormais à la poubelle : «depuis dimanche, nous avons jeté, chaque jour, entre 150.000 et 200.000 tulipes d’excellente qualité produites dans nos serres», raconte l’homme d’affaires. Un «crève-cœur», pour ce membre de la troisième génération d’une famille amoureuse des fleurs.

Si les restrictions demeurent en l’état jusqu’à la fin du mois de novembre, son groupe jettera au méthaniseur «3 millions de tulipes et 3 millions de roses, soit 1,5 million d’euros de pertes sèches». Un montant colossal pour une firme représentant 25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et ayant déjà endossé 2 millions d’euros de pertes lors du premier confinement. «C’est comme si on demandait aux libraires de continuer à s’approvisionner normalement en livres, et de les brûler tous les soirs devant leur boutique. C’est un drame absolu», se lamente le dirigeant.

La situation est d’autant plus alarmante que les gros producteurs comme son entreprise touchent peu d’aides de l’État : «notre production continue, nous ne pouvons pas arrêter d’entretenir nos cultures, nous avons donc peu recours au chômage partiel et nous ne touchons pas le fonds de solidarité», souligne Nicolas Bigot. En outre, les débouchés à l’international sont désormais rares : le cours de la tulipe s’est effondré avec la fermeture du marché français, le 3ème Européen, menant à une surproduction et à un écroulement des prix.

Que la situation sanitaire nous impose de fermer, nous pouvons l’entendre, mais derrière, il faut nous aider.

Nicolas Bigot

Comme tous les gros producteurs, Nicolas Bigot espère une réouverture rapide des commerces pour que l’activité puisse enfin repartir. Le plus vite sera le mieux, décembre pesant entre 15% et 20% de son chiffre d’affaires. Son groupe devra aussi rembourser le prêt garanti par l’État de 2,2 millions d’euros qu’il a déjà contracté pour passer le cap du premier confinement.

À défaut, les producteurs du végétal, qui comprennent les impératifs sanitaires, attendent que l’État débloque l’enveloppe de 25 millions d’euros promise par l’exécutif pour les appuyer lors du premier confinement. «On n’en a pas encore vu un centime», maugrée Nicolas Bigot. Cette enveloppe devra être complétée par un dispositif complémentaire pour appuyer la filière lors du second confinement, estime le chef d’entreprise : «que la situation sanitaire nous impose de fermer, nous pouvons l’entendre, mais derrière, il faut nous aider. Sans quoi, on ne s’en sortira pas», avertit-il.

La vente en ligne, «pas une panacée» pour les fleuristes

Les inquiétudes des producteurs se retrouvent également en aval, du côté des artisans fleuristes. Les témoignages de professionnels attristés de devoir jeter leur stock périssable se multiplient, sur les réseaux sociaux. «Aujourd’hui, entre 20% et 30% des entreprises sont fermées, et celles qui restent ouvertes réalisent un peu moins d’un quart du chiffre d’affaires habituel, grâce à la livraison et au retrait de commande», décrit au Figaro le vice-président de la Fédération française des artisans fleuristes (FFAF), Alban Bricout. Le constat est donc un peu moins terrible que lors du premier confinement, qui avait conduit 95% des entreprises fleuristes à baisser le rideau au cours des premières semaines.

Reste que l’organisation a enregistré des faillites, notamment chez les professionnels qui travaillent avec l’événementiel, l’hôtellerie et le luxe. «Environ 15% des entreprises seront en difficulté ou fermées d’ici à fin décembre», relève Alban Bricout en citant une enquête de Val’hor, le groupement interprofessionnel du végétal, en septembre. Un chiffre alarmant… Et qui ne prenait pas en compte un second confinement qui pourrait être «la goutte d’eau de trop pour certains» commerçants.

Pour les 13.000 artisans fleuristes de France, le recours au numérique ne peut être vu comme une panacée : «ce n’est pas parce que l’État met de l’argent sur la table pour la numérisation que les professionnels s’y mettront, s’exclame Alban Bricout. La profession n’est pas du tout numérisée, la moitié des fleuristes n’ont pas de salarié et ils ne sont pas community manager ni créateurs de site web». Même chose du côté des producteurs : la vente sur internet reste minoritaire et «ne peut compenser ni représenter une alternative crédible sur le moyen terme», relève Nicolas Bigot, rappelant que les fleurs sont «un achat d’impulsion» que les consommateurs aiment voir, sentir et toucher. Plutôt que des sites individuels pour chaque commerçant, la FFAF suggère d’établir des plateformes de vente en ligne plus globales, par exemple par corporations, par fédérations ou géographiques, afin de mutualiser les coûts et de donner de la visibilité aux PME.

Comme les producteurs, les fleuristes comptent sur une «réouverture équitable de l’ensemble des acteurs du végétal» dès que possible, qu’il s’agisse des grandes surfaces ou des artisans : «nous sommes prêts à nous adapter à toutes les conditions sanitaires», explique le représentant de la FFAF, ajoutant que «tout le monde doit travailler dans les mêmes conditions». À défaut d’une réouverture complète, les petites entreprises espèrent pouvoir au moins accueillir leurs clients sur rendez-vous ou vendre devant leur boutique. Car un Noël sans fleur serait un Noël sans couleur. Les artisans restent donc «combatifs» : «nous voulons continuer à travailler, à avancer, en espérant qu’il n’y aura pas d’autre obstacle», indique Alban Bricout.



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