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Economie

Les Français veulent donner plus de sens à leur argent, selon une étude


Plus qu’une preuve de réussite sociale, l’argent serait aujourd’hui le marqueur de valeurs et d’une vision du monde spécifique, d’après une étude menée par le Crédit Coopératif et ViaVoice.

Comment vont être dépensées ou investies les sommes colossales qui dorment sur les comptes épargnes de beaucoup de Français ? C’est la question à 142 milliards que se posent dirigeants et acteurs économiques en cette période de déconfinement. Une réponse pourrait être esquissée dans une étude menée par le Crédit Coopératif et ViaVoice qui s’intéresse à la perception qu’ont les Français de leur argent et du rôle sociétal de celui-ci. Le rapport à l’argent des Français aurait fortement évolué ces dernières années, surtout pendant la crise sanitaire : des résultats que Le Figaro vous dévoile en exclusivité.

Plus qu’un marqueur social, l’argent serait aujourd’hui un marqueur de valeurs. En effet, sur les 1030 personnes interrogées, seules 5% perçoivent désormais l’argent comme une illustration de la réussite et de l’atteinte d’un statut social. Une donnée « frappante » pour Claudia Senik, professeur d’économie à la Sorbonne et co-auteur avec Daniel Cohen de Les Français et l’argent (Albin Michel, 2021) Pour la chercheuse, ce résultat montre en creux « l’importance des dimensions symboliques, politiques et culturelles dans la manière dont les Français se voient » et cette perception peut s’expliquer par une tradition culturelle spécifiquement française « attachée à des valeurs aristocratiques et moins matérialistes ».

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L’argent, un tabou en France ?

Pour autant, si ces valeurs françaises ont pu un temps cultiver une forme de tabou sur l’argent, il semble selon l’étude que les lignes aient depuis évolué. La situation décrite est paradoxale : pour la majorité des personnes interrogées l’argent n’est plus tabou à titre personnel mais il le reste dans la société française. « Avant on disait que l’argent était sale, aujourd’hui, le sujet n’est plus tabou, l’argent sert à quelque chose, permet de contribuer à la société » analyse Dany Maklouk, directeur de la stratégie et de la communication coopérative du Crédit coopératif, qui poursuit « mais dans le même temps parler aux autres de l’argent reste compliqué, il y a une opacité de la vie publique, comme par exemple les salaires des grands patrons, etc. ». Ce tabou s’observe d’ailleurs particulièrement dans la sphère professionnelle : 58% des Français estiment que l’argent reste un sujet difficile à aborder avec leur employeur.

L’usage de l’argent comme «un acte politique»

Si le constat sur la fin d’un tabou demeure mitigé, c’est surtout cette perception de l’argent comme un moyen d’affirmer ses convictions qui a surpris Dany Maklouk quand il a pris connaissance de l’étude. « Je n’ai jamais vu des résultats se retourner aussi vite » affirme le directeur qui y voit un « vrai changement, accéléré par le Covid». «Les gens semblent avoir pris conscience que désormais, leur argent travaille [dans les banques] et que son placement et son usage sont des actes politiques» explique Dany Maklouk, qui observe une forme de décentrement dans l’acte même de consommer : «on ne consomme plus comme avant pour soi, pour son petit plaisir» mais pour le bien de la société ou de l’environnement.

Ces évolutions trouvent notamment leurs racines dans une nouvelle conviction : 69% des Français estiment que responsabilité et performance de l’économie sont conciliables. Toutefois, même si les Français aspirent à changer leurs comportements pour faire advenir cette économie responsable, 40% d’entre eux ne savent pas comment s’y prendre ou vers qui se tourner. La moitié des personnes interrogées pointent également la nécessité d’un engagement collectif.

Des paroles aux actes ?

Daniel Cohen, professeur à la Paris school of economics (PSE), reste toutefois prudent sur ces affirmations, «il y a une énorme disjonction entre ce que disent les gens et ce qu’on sait de leurs comportements, surtout en France» nuance l’économiste qui veut toutefois croire que ces bonnes intentions seront suivies d’actions : « il est possible que la crise sanitaire soit un choc qui montre l’importance des solidarités [par rapport à l’argent], peut-être qu’elle remet les pendules à l’heure et qu’on voit désormais plus les choses vraiment précieuses qui étaient auparavant sous nos yeux».



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