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Economie

Les géants du numérique sous le feu du Congrès


Les patrons des quatre géants du numérique n’ont plus guère d’amis au Capitole. Les auditions publiques à Washington devant la sous-commission judiciaire chargée des affaires anti-trust ont révélé mercredi une réelle inquiétude de républicains comme de démocrates quant aux moyens par lesquels Apple, Amazon, Alphabet et Facebook, défendent leur position de force dans l’économie.

Pendant plus de cinq heures, par vidéoconférence en raison de la pandémie, Tim Cook pour Apple, Sundar Pichai pour la maison mère de Google, Jeff Bezos pour Amazon et Mark Zuckerberg pour Facebook, ont tenté d’expliquer qu’ils n’abusaient pas de leur position dominante pour tuer dans l’œuf de jeunes sociétés innovantes, écraser de manière déloyale leurs nouveaux rivaux potentiels, ou empêcher les consommateurs de sortir des écosystèmes qu’ils ont intelligemment construits.

Tim Cook a semblé subir moins de critiques que ses trois collègues. Les députés américains ont naturellement profité de ces auditions pour se mettre en avant et servir les intérêts de leur réélection début novembre. En passant d’un sujet à l’autre et d’un témoin à l’autre, ils sont souvent donnés l’impression de vouloir simplement marquer des points médiatiques plutôt que de chercher la vérité sur les pratiques commerciales des Gafa.

Scepticisme

Les accusations qui pleuvaient étaient généralement spécifiques, reposant sur les témoignages de sociétés rivales, de développeurs frustrés, ou de consommateurs s’estimant manipulés. Autant d’indices et anecdotes recueillis depuis plus d’un an par les services de la sous-commission.

Sundar Pichai a été accusé de laisser Google «voler le contenu du site Yelp» pour faire la promotion de son application concurrente. On lui a également reproché un mémo interne de Google où des employés discutent de sites internet «qui attirent trop de trafic» et réfléchissent aux moyens d’y remédier. David Cicilline, Président de la sous-commission, accuse explicitement Google de manipuler l’algorithme de son moteur de recherche pour favoriser le trafic des internautes sur les sites de Google au détriment des autres.

Jeff Bezos a dû écouter l’enregistrement d’une commerçante utilisant la plateforme de vente d’Amazon, accusant le leader du commerce en ligne d’avoir porté gravement atteinte à son entreprise pour la sanctionner. «Je suis surpris de cela. Ce n’est pas l’approche systématique que nous prenons, je vous assure» n’a pu trouver qu’à répondre l’homme le plus riche d’Amérique. Ce dernier, pour la première fois convoqué au Congrès pour y témoigner sous serment, a juré qu’Amazon n’avait jamais violé ses règles internes interdisant à la plateforme de commerce d’exploiter les données tirées des ventes qu’y réalisent des commerçants indépendants. Les «congressmen» l’ont écouté avec scepticisme.

«En Amérique on doit être récompensé pour son succès»

La politique d’acquisition d’entreprises par Facebook a été vilipendée à plusieurs reprises. Les élus américains reprochent au réseau social de viser de jeunes entreprises qui pourraient un jour porter tort à ses intérêts, pour les racheter et éliminer leur concurrence. Mark Zuckerberg a été sommé d’expliquer un email découvert par la commission dans lequel il décrit Instagram comme une entreprise «qui peut nous faire mal de manière significative». Le rachat d’Instagram par Facebook en 2012, autorisé par la FTC, émerge comme une illustration des erreurs commises par le régulateur américain.

Ces auditions donnent une idée des infractions dont le régulateur, comme la Federal Trade Commission (FTC), ou de Département de la justice, appuyés par les procureurs de dizaines d’État américains sont saisis. On sait par exemple qu’une procédure de la part du Département de la justice contre Google est imminente. Elle traînerait la firme californienne devant les tribunaux pour pratiques contraires à la libre concurrence sur le marché de la publicité numérique.

Certains républicains, bien que convaincus que la «big Tech», peuplée d’ingénieurs démocrates de gauche, cherchent par tous les moyens à faire taire les conservateurs sur les réseaux sociaux, ont tout de même laissé entendre que le succès et la taille des Gafa ne constituent pas un délit. «En Amérique on doit être récompensé pour son succès» rappelait par exemple James Sensenbrenner, républicain du Wisconsin, leader de la minorité républicaine de la sous-commission.



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