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Finance

Les géants français de la gestion d’actifs entament une année cruciale


Publié le 16 févr. 2021 à 6:00

La semaine des résultats annuels des banques françaises aura réservé son lot de surprises pour leurs filiales de gestion d’actifs, qui sont aussi les principaux acteurs du secteur en France (avec AXA IM). Chez BNP Paribas, d’abord, qui a annoncé le regroupement de ses activités de gestion d’actifs, assurance, gestion de fortune et immobilier au sein d’un nouveau pôle investment & protection services. Chez Amundi, ensuite, où Yves Perrier va laisser son siège de directeur général à Valérie Baudson, après onze ans de règne sur la filiale du Crédit Agricole, premier gestionnaire d’actifs européen .

Chez Natixis, enfin, qui n’exclut pas d’introduire en Bourse son seul métier de gestion d’actifs après son retrait de cote, et le rapatriement de ses activités au sein de sa maison mère BPCE. Seule la Société Générale reste silencieuse, préférant ne pas commenter « les rumeurs de marché » sur le projet de cession de sa filiale Lyxor, pour lequel Amundi figurerait au deuxième tour d’enchères.

Hormis la Banque de la Défense, affaiblie par ses pertes et déjà largement sortie de la gestion d’actifs (depuis la création d’Amundi avec le Crédit Agricole), les banques françaises veulent toutes renforcer leur bras armé de métiers d’épargne. Face aux contraintes réglementaires des activités bancaires, la gestion d’actifs reste une machine à cash, peu consommatrice de fonds propres. Le bénéfice d’Amundi a, certes, reculé de 4 % l’an dernier, à 910 millions d’euros, mais son taux de rentabilité de 35 % reste confortable.

Ostrum AM à peine à l’équilibre

Malgré le krach boursier du printemps dernier, Amundi, Natixis et BNP Paribas Asset Management (AM) affichent des records d’encours à fin 2020, grâce au rebond des marchés financiers et de la collecte. S’y ajoute, chez Natixis, l’apport des 177 milliards d’euros de gestion assurantielle de La Banque Postale AM, absorbée par sa principale filiale de gestion, Ostrum AM. Spécialiste de l’obligataire plombé par les taux bas, le nouvel ensemble est à peine rentable avec une marge sur encours de 4 points, et semble donc promis à une vaste réorganisation.

Chez BNP Paribas AM, le travail est déjà fait. « Il y a eu une restructuration très forte pendant la période 2016-2020 », a rappelé Jacques d’Estais, directeur général adjoint du groupe, lors des résultats annuels. Et d’énumérer l’adoption du système informatique Aladdin de BlackRock, la rationalisation des structures juridiques et de l’offre et de nouveaux produits diversifiés et thématiques.

« L’univers de taux très bas est compliqué pour nos clients, c‘est pourquoi, nous voulons exceller en matière de produits d’investissement, a expliqué Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas. Les bonnes performances de la gestion d’actifs nous poussent à vouloir aller un cran plus loin en recréant un pôle centré sur l’investissement.»

Un pôle de 1.100 milliards d’euros chez BNP Paribas

La future division investment & protection services, qui cumule plus de 1.100 milliards d’euros d’encours, sera placée en mai sous la responsabilité de Renaud Dumora , actuel patron de la filiale d’assurance Cardif. Si BNP Paribas ne détaille pas ses projets, il a déjà entamé un rapprochement des activités d’épargne retraite de BNP Paribas AM et de Cardif, comme l’avaient révélé « Les Echos ».

Seule certitude, le groupe devrait continuer à faire cavalier seul dans la gestion, où il se rapproche enfin de la barre des 500 millions d’euros d’encours. « Nous sommes amenés à une croissance organique forte, ce qui fait que notre intérêt pour la croissance externe est faible, voire nul », a affirmé Jean-Laurent Bonnafé.

A l’inverse, Amundi pourrait poursuivre sa stratégie d’acquisitions de filiales de banques ( Pioneer , Sabadell AM …), assortis d’accords de distribution. Le rachat de Lyxor , numéro deux des ETF (fonds indiciels cotés) en Europe, lui permettrait de changer de dimension dans ce segment porteur de la gestion passive, où il pointe à la cinquième place. Yves Perrier ne fait pas de commentaire, mais « veut se développer dans la gestion passive et les ETF », qui sont justement la spécialité de Valérie Baudson, qui lui succèdera en mai. Mais d’autres prétendants sont face à Amundi, dont l’allemand DWS, filiale de Deutsche Bank.

H2O encore très rentable

Comme ces deux grands gestionnaires cotés, BPCE pourrait, lui aussi, opter pour une cotation de sa seule activité de gestion d’actifs. Ce « n’est pas à exclure », a indiqué son patron Laurent Mignon. Pour le moment, le projet n’est « pas à l’ordre du jour », mais il offrirait deux avantages : affranchir Natixis Investment Managers de la décote propre aux groupes bancaires cotés, et lui permettre de financer des acquisitions par échange de titres. Mais le modèle multiboutiques de Natixis , pas toujours actionnaire à 100 % de ses filiales, a aussi ses limites.

Au prix d’une provision de 50 millions d’euros, le groupe est en train de couper les ponts avec sa sulfureuse filiale londonienne H2O AM, dont plusieurs fonds ont été gelés l’an dernier. Natixis a choisi de protéger sa réputation… en se privant d’une manne de profits. Si les encours de H2O ont fondu de 30 à 18 milliards d’euros, l’an dernier, la boutique affiche encore une rentabilité de 59 %, avec environ 150 millions d’euros de bénéfices au total, selon nos calculs.



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