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Finance

Les marchés du non coté entre incertitudes et opportunités


Quand un arbre tombe et qu’il n’y a personne pour l’entendre, fait-il du bruit ? C’est un peu la question que peuvent se poser les investisseurs dans les marchés privés – dette privée, capital-développement ou encore infrastructures. Avec des fréquences de valorisations en général trimestrielles, les fonds ne reflètent pas encore l’impact de la crise économique liée au coronavirus. Mais cela devrait changer, au plus tard d’ici le début de l’année prochaine. En attendant, les professionnels du secteur se concentrent sur l’accompagnement des sociétés en portefeuille, et fourbissent leurs armes pour tirer profit des opportunités que la crise ne manquera pas de créer.

Ajustement en fin d’année

Les marchés cotés ont vite rebondi après leur chute brutale en mars. Des mouvements trop rapides pour se refléter sur les valorisations des fonds d’actifs réels, d’autant que l’impact économique de la crise était encore très incertain à la fin mars. De fait, la faible volatilité des marchés privés est régulièrement mise en avant par ses promoteurs. Pour autant, personne ne prétend que ces marchés seront épargnés par la crise, son impact est simplement retardé. « Il n’y a pas de signe particulièrement inquiétant aujourd’hui, mais le poison de la crise prend du temps à se diffuser », met en garde Pedro Antonio Arias, responsable du pôle actifs réels d’Amundi. « L’ajustement se fera vraiment en fin d’année avec les comptes certifiés », estime-t-il.

Pour le moment, l’impact sur les valorisations est de l’ordre de 10 % en général. Une décote peu discriminante, les gérants manquant de visibilité sur la situation des entreprises, des secteurs et de l’économie en général. D’autant que le succès des prêts garantis par l’Etat (PGE) a permis d’éviter à court terme une crise de liquidités dans la plupart des entreprises, du moins lorsque ces derniers étaient accessibles . « Plus des deux tiers des sociétés de nos portefeuilles de dette privée nous ont demandé des dispenses, que nous avons accordées, pour faire appel aux PGE », témoigne Fabrice Dumonteil, président d’Eiffel Investment. Une fois ce cap passé, les stratégies doivent être revues, adaptées à ce nouveau contexte. Un travail granulaire, de longue haleine, qui devrait déboucher dans les mois qui viennent à des recapitalisations et rééchelonnements de dette. La dette supplémentaire supportée par les entreprises devrait par ailleurs se refléter, à terme, dans les valorisations.

Stratégies opportunistes

Dans ce contexte, les investisseurs se montrent également prudents. « L’appétit reste solide même si le passage à l’acte est probablement décalé pour le moment, sauf sur des stratégies plus opportunistes », note Pedro Antonio Arias. Plusieurs levées de fonds récentes en témoignent. Ardian a ainsi bouclé un fonds de 19 milliards de dollars pour investir dans le marché secondaire du capital-investissement . BNP Paribas Capital Partners, une filiale du gérant d’actifs de BNP Paribas, a de son côté levé 134 millions d’euros pour investir dans des fonds de dette décotée. « Nous réfléchissons déjà à un nouveau fonds pour tirer parti de la dislocation du marché », souligne Gilles Guerin, directeur général de BNP Paribas Capital Partners. « Beaucoup de clients déjà investis sont intéressés, et nous sommes en contact avec d’autres », assure-t-il, « plus vous allez vite, et plus avez des opportunités intéressantes ».

« Les fonds lancés en période de crise sont souvent les plus performants », abonde Pedro Antonio Arias. Les valorisations en capital-investissement avaient ainsi baissé de respectivement 34 % et 25 % en Europe suite aux crises de 2008 et à la crise de la zone euro de 2011, souligne Amundi dans une note récente. De quoi porter la performance des fonds qui ont pu saisir ces opportunités. Mais la dynamique pourrait bien être différente cette fois-ci. En cause, les montants record de « poudre sèche » levés mais non investis. Rien que sur le capital-développement, ils étaient estimés à 2.500 milliards de dollars juste avant la crise. Un soutien de poids pour les valorisations. « Le nombre record de fonds présents sur le marché peut soutenir les prix à court terme », estime ainsi Fabrice Dumonteil.

Des impacts très différents selon les actifs

Les marchés privés regroupent des classes d’actifs variées : immobilier, dette privée, capital-développement ou encore infrastructures. L’impact de la crise sera forcément différent selon le type d’actif. Avec plus de visibilité sur la trajectoire macro et micro-économique, les gérants vont davantage discriminer entre leurs participations au cours des prochains mois. En immobilier, les commerces sont les plus vulnérables, alors que les bureaux semblent plus résistants. Du côté de la dette privée et du capital-investissement, le secteur d’activité est déterminant : une entreprise dans la santé ou le numérique pourrait sortir renforcée de la crise, alors que la restauration, le tourisme ou les transports vont être touchés de plein fouet. De même, les infrastructures de transport sont fragilisées, alors que les énergies renouvelables n’ont pas été directement affectées par la crise et continuent de bénéficier de la lame de fond de la transition écologique.

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