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Finance

Les néo-courtiers dans le viseur des régulateurs



Publié le 20 juil. 2021 à 18:31Mis à jour le 20 juil. 2021 à 18:41

Sur les réseaux sociaux, sur YouTube ou encore sur les maillots d’équipes de football… ces dernières années, les néo-courtiers ont débarqué en force en Europe. Tous caressent l’espoir de devenir le Robinhood du Vieux Continent, avec la même promesse : démocratiser l’accès aux marchés financiers en réduisant drastiquement les frais. Certains ont même repris l’argument massue du courtier préféré des jeunes boursicoteurs américains, le courtage « zéro commission ».

Cette offensive commerciale n’est pas forcément du goût des autorités de régulation du secteur, qui s’inquiètent de voir les particuliers poussés à prendre des risques excessifs . A l’occasion de la présentation du rapport annuel de l’Autorité des marchés financiers (AMF), son président Robert Ophèle a ainsi appelé la pléthore de nouveaux particuliers séduits par la Bourse depuis la crise à « ne pas céder à la magie du ‘zéro commission’, qui est une illusion ».

Chypre, un régulateur très prisé

« Il faut comprendre où on investit, si une plateforme de trading vous indique qu’il y a zéro commission, c’est qu’il y a un problème », a-t-il renchéri fin juin lors d’un entretien pour Boursorama. Mais l’AMF ne peut pas faire grand-chose pour mieux encadrer ces acteurs.

Ils bénéficient en effet du « passeport européen », qui leur permet de commercialiser des services en France tout en étant régulés dans un autre pays de l’Union. Or, « tous les régulateurs n’ont pas les mêmes exigences, et quand un acteur vient en France en bénéficiant d’un encadrement plus laxiste, cela crée des distorsions de concurrence », regrette un professionnel du secteur.

Beaucoup de néo-courtiers, comme e-Toro ou Capital.com, ont par exemple choisi de s’établir à Chypre. Mais le régulateur chypriote, la CySec, ne dispose pas des mêmes moyens que le régulateur d’un grand marché comme la France. La CySec compte ainsi une centaine d’employés, contre près de 500 pour l’AMF.

La vente du flux d’ordres contestée

Paris pousse depuis longtemps pour une plus grande convergence de la régulation en Europe, voire une centralisation au niveau de l’Esma, le gendarme européen des marchés financiers. Une position réitérée début juillet par l’AMF, qui s’inquiète de la capacité de certains acteurs à faire du « forum shopping » (arbitrage réglementaire), c’est-à-dire à choisir leur lieu d’installation en Europe en fonction de la supervision.

En attendant, l’Esma s’est fendue d’un communiqué appelant les régulateurs nationaux à s’emparer de ce sujet. Elle leur impose d’en faire une « priorité de supervision » pour la fin d’année 2021 et le début 2022.

Le régulateur européen a mis l’accent sur le « payment for order flow » (PFOF) , soit la vente des flux d’ordres à des teneurs de marché. Une pratique très développée aux Etats-Unis où elle a été initiée par Bernard Madoff à la fin des années 1990 avant d’être popularisée ces dernières années par Robinhood . Désormais, la grande majorité des acteurs américains du courtage y ont recours, même si ce n’est pas forcément pour le meilleur intérêt de leurs clients .

« Un élément négligeable de notre modèle d’affaires »

Elle est encore anecdotique en Europe. L’allemand Trade Republic est l’un des rares acteurs à reconnaître pratiquer le PFOF avec son partenaire LS-X, l’une des plateformes de trading électronique de la Bourse de Hambourg. Il ne fait toutefois pas partie des courtiers « zéro commission », puisqu’il facture 1 euro de frais à chaque transaction.

« Le PFOF est un élément négligeable de notre modèle d’affaires », assure Matthias Baccino, le directeur général de Trade Republic pour la France, sans pour autant dévoiler quelle part des revenus du courtier il représente. « Le problème ce n’est pas la rémunération des distributeurs par les Bourses, mais que les clients disposent des meilleurs spreads possibles », ajoute-t-il en référence aux prix d’achat et de vente proposés par les courtiers.

« Meilleure exécution » n’est pas forcément le meilleur prix

C’est en effet plutôt via le spread que de nombreux néo-courtiers européens se rémunèrent. Plutôt que de passer par un marché régulé pour exécuter les ordres de leurs clients, ils s’en chargent eux-mêmes, de gré à gré, et fixent au passage les prix d’achat et de vente des produits financiers disponibles sur leur plateforme.

« Les clients sont très concentrés sur les frais de courtage, mais la qualité et le prix d’exécution sont tout aussi importants », insiste Catherine Nini, présidente de Bourse Direct, qui précise par ailleurs avoir refusé des propositions de PFOF.

Si la législation européenne impose d’offrir toujours la « meilleure exécution » possible aux clients, elle laisse une certaine latitude aux courtiers pour décider de sa définition. Certains font de l’obtention du meilleur prix possible pour leur client leur priorité. Mais ce n’est pas le cas de tous.



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