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Finance

Les producteurs d’huile de palme réduits à embaucher des prisonniers et des toxicomanes



Publié le 11 sept. 2020 à 6:40

La haute saison de production vire au casse-tête pour les planteurs de palme face à la pénurie de main-d’oeuvre. « Nous en sommes arrivés à contacter… l’association de prévention contre les addictions et les autorités pénitentiaires », a expliqué l’Association malaisienne des producteurs d’huile de palme dans un communiqué. Les prisons sont surpeuplées et des milliers de détenus sont incarcérés pour des petits délits, explique encore à Bloomberg Nageeb Wahab, représentant de la filière. « C’est ce public que nous visons », a-t-il précisé.

Le travail dans les plantations est si éreintant et dangereux que rares sont les Malaisiens à accepter d’y travailler malgré tous les avantages consentis par les employeurs : logement, électricité, infrastructures… Près de 80 % de la main-d’oeuvre est désormais étrangère, venant principalement d’Indonésie, d’Inde et du Bangladesh. Depuis 2016, le secteur recourt à des détenus, mais la recherche de main-d’oeuvre dans les prisons s’est intensifiée ces derniers mois.

30 % de la production en péril

Avec les restrictions de déplacements liées au coronavirus, le recrutement des travailleurs étrangers est devenu bien plus complexe. A leur tour, les saisonniers rechignent à venir, de peur de ne pouvoir retourner dans leur famille une fois leur mission terminée.

Déjà avant la crise du covid, il manquait à l’industrie 36.000 travailleurs, un problème structurel dans le secteur. Ce nombre a sensiblement augmenté avec la pandémie mettant en péril jusqu’à 30 % de la production potentielle en Malaisie. Le pays est le deuxième producteur au monde d’huile de palme, derrière l’Indonésie.

Sime Darby, premier concerné

Chez Sime Darby, le plus grand planteur de la planète, la pénurie est déjà estimée à 2.500 travailleurs. Il est pour le moment impossible de faire venir des saisonniers étrangers, a confié le directeur financier Renaka Ramachandran lors d’un briefing.

La société risque même de perdre 5.000 à 6.000 employés étrangers supplémentaires quand leurs contrats arriveront à expiration. Depuis juillet, il n’a réussi à embaucher que 300 Malaisiens. La situation est si tendue que Sime Darby regarde du côté des prisons, mais aussi du côté des centres de désintoxications.

Les tensions sur la production soutiennent les cours de l’huile végétale. A Kuala Lumpur, la tonne d’huile de palme est remontée à 2.900 ringgits, soit 695 dollars, en hausse de 45 % depuis un creux en mai. « Les prix à la hausse ne pourront pas être exploités pleinement et ce sera une grande perte pour l’industrie et le gouvernement », prévient le patron de l’association des producteurs.

Hausse des prix alimentaires

En Asie, l’huile de palme, comme celle de soja, est un ingrédient de base de la nourriture quotidienne. La remontée des cours a donc participé au renchérissement des prix des denrées alimentaires. L’indice de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a augmenté pour le troisième mois consécutif au plus haut depuis février . La FAO cite entre autres l’huile de palme et le sucre.

Durant la crise, les cours de l’huile de palme ont toutefois plongé de concert avec les prix du pétrole et l’effondrement de la demande lié aux mesures de confinement. L’un des grands débouchés est le « biodiesel ». Les autres matières premières agricoles utilisées dans la fabrication d’agrocarburants , comme le maïs ou le sucre pour l’éthanol , ont connu le même sort.



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