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Finance

Les valorisations bancaires au plus bas



Que vaut encore une banque ? Vingt-et-un ans après avoir acquis le CCF pour 11 milliards d’euros (soit 4 fois ses fonds propres), HSBC devra faire un chèque de plus de 1 milliard au fonds Cerberus pour lui céder ses 230 agences en France.

Entre-temps, la valorisation des banques françaises a aussi plongé. Société Générale, objet régulier de spéculations, n’émarge plus qu’autour de 0,3 fois ses fonds propres, dans le sillage de Crédit Agricole (0,5 fois) et BNP Paribas (0,6 fois).

« Le critère de valorisation par agence, qui pouvait être utilisé dans la décennie 2000 sur certains dossiers en France et en Europe du Sud, n’a plus cours aujourd’hui », note Nicolas-David Kersen, responsable du M & A dans les services financiers de KPMG.

Surcoût des fonds propres

Ailleurs en Europe, Crédit Agricole vient de mettre la main sur l’italien Creval et ses 355 agences pour 850 millions d’euros, soit moins de la moitié des fonds propres de la banque lombarde. Même après avoir revu son offre à la hausse.

En Espagne, Caixa a fusionné avec son compatriote Bankia contre 0,30 fois son capital. Mais la transaction justifiée par la promesse d’un gain de rentabilité a, pour l’heure, été peu suivie par des rivaux.

Autrement dit, même à prix cassé, et malgré les appels de la Banque centrale européenne (BCE) à se consolider, les banques ne suscitent guère de convoitise. Cette dégradation de valeur, résultat des effets de la crise financière, risque de durer malgré le récent rebond des banques en Bourse.

« Les exigences en capital ont doublé et les marges de crédit ont été divisées par cinq, observe un banquier. Les banques n’ont pas pu réduire leur base de coûts aussi vite. » A partir de là, la perte de valeur a été inéluctable.

De profit, le client est aussi devenu une source de coûts sur les dépôts excédentaires, frappés de taux négatifs par la BCE. Et avec l’architecture ouverte (dans laquelle une banque distribue des produits de concurrents) la relation client a perdu de sa valeur.

Le choc de la suspension des dividendes

En moyenne sur le continent, la rentabilité moyenne du secteur ne dépasse pas les 5 à 6 % des fonds propres. « Or seule une banque qui génère plus de 10 % de rendement peut prétendre être valorisée plus que ses fonds propres », conclut un analyste.

La crise et la réaction des superviseurs n’ont pas aidé. « Avec la suspension des dividendes, la seule certitude qu’avaient les investisseurs en Bourse dans les banques, la propriété du capital, a disparu », dit Jérôme Legras, chez Axiom. 

Mais ce n’est pas une fatalité. La suédoise SEB ou la belge KBC sont en effet valorisées plus que leurs fonds propres. « Ces banques vivent avec des taux négatifs depuis 2014 mais elles ont réduit les coûts et pris le virage digital plus tôt qu’ailleurs, et ne se sont pas lancées dans des plans informatiques surdimensionnés », ajoute l’analyste.

Les fintechs tirent leur épingle du jeu

Seules les fintechs semblent tirer leur épingle du jeu. En témoignent la néobanque allemande N26 (7 millions d’utilisateurs), valorisée 3,5 milliards de dollars, et la britannique Revolut (10 millions d’utilisateurs), valorisé 5,5 milliards.

« Cela revient à une valeur par utilisateur de 500 à 700 dollars, le critère retenu dans ce secteur. Mais comme lors de la bulle tech des années 1999-2000, il n’est pas certain que cette mesure reste pertinente très longtemps, si cette acquisition de clients n’est pas rentabilisée », prévient Nicolas-David Kersen.

Certaines banques en ligne peuvent en témoigner. Orange Bank, qui cumule plus de 600 millions de pertes depuis son lancement en 2017, peine à trouver un partenaire. Fidor, racheté 150 millions d’euros la même année par BPCE, et déprécié d’autant dans les comptes 2019, a été recédé à un fonds.



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