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Finance

L’Europe tentée par la création d’un parachute anti-crise pour les banques



L’expression reste prudente, mais la tonalité est claire. Dans un courrier adressé fin mai à Frank Schäffler, un député allemand du parti libéral (FDP), Andrea Enria, le superviseur en chef des banques de la zone euro, ne cache pas sa sympathie pour le « concept » d’une « bad bank » en Europe.

Ce genre de structure a permis après la crise financière de recueillir puis de revendre les créances impayées des banques, assainissant ainsi leurs bilans. Ces « créances douteuses » (ou NPL dans le jargon) restent pour l’heure sous contrôle, mais la crise du coronavirus fait craindre une dégradation rapide de la situation.

« J’ai personnellement soutenu le concept d’une société européenne de gestion d’actifs bancaires par le passé et considère encore que cela peut être un outil utile dans le cas d’une détérioration significative et systémique de la qualité des actifs », écrit Andrea Enria au membre du Bundestag.

Il précise que la Banque centrale européenne (BCE), qui assure la supervision bancaire,« n’a pas de position sur le sujet », que la discussion est « prématurée » mais qu’elle analyse la vulnérabilité du secteur.

Un courrier qui n’est pas passé inaperçu tant le sujet est explosif. Pour Moody’s, une telle option « aiderait les banques à protéger leur solvabilité et éviter de possibles faillites ». Mais les obstacles politiques risquent de s’accroître car un tel dispositif dépend de l’argent des contribuables, ajoute l’agence de notation.

Un débat de plus en plus public

Il n’empêche, le débat, qui s’est d’abord tenu en coulisses, commence à sortir de l’ombre. La semaine dernière, un autre officiel européen, José Manuel Campa, le président de l’Autorité bancaire européenne (EBA) avait jeté un pavé dans la mare, affirmant qu’un plan de soutien aux banques « aurait du sens ».

Ces prises de position interviennent alors que les inquiétudes se multiplient autour de la facture de la crise, qui risque d’être lourde pour les banques européennes. Déjà au premier trimestre, elles ont passé des provisions importantes. Mais personne ne peut chiffrer la facture finale, rendant un éventuel filet anti-crise difficile à calibrer.

« L’Europe a mis en place des amortisseurs sociaux qui permettent d’envisager plus sereinement dans un premier temps la dégradation du risque », pointe l’ancien patron de Dexia, Pierre Mariani, directeur associé chez Alix Partners, qui suggère la mise en place d’un programme de défaisance et d’injection de capital dans les banques. Il ajoute : « Mais jusqu’à quand ces amortisseurs, très coûteux, seront-ils tenables ? »

Selon ce cabinet de conseil, un doublement voire un triplement du taux de créances douteuses (et en imaginant que les banques fassent une croix sur 50 à 70 % de ces créances) suffirait, à épuiser les réserves de fonds propres « durs » (CET1) de plusieurs grandes banques européennes, toutes choses égales par ailleurs.

« Calculs sur un coin de table »

« Nous en sommes réduits à des calculs sur un coin de table, reconnaît le patron d’une grande banque française. Mais on peut penser que sur l’ensemble des prêts garantis par l’Etat, environ 25 % pourraient finir en créances de mauvaise qualité. Comme l’Etat couvre à 90 %, il reste tout de même 10 % à notre charge, et faire jouer la garantie, ce n’est pas non plus simple. »

Les réserves des banques « devraient [leur] permettre de supporter les potentielles pertes de risques de crédit », assurait toutefois la semaine dernière l’EBA, calcul à l’appui, sans clore le débat.

En attendant d’y voir clair, partisans et opposants à un tel parachute bancaire échangent déjà leurs arguments. « Il s’agit ici d’aider les entreprises, et pas directement les banques », estime Martina Weimert, associée chez Oliver Wyman, cabinet qui milite pour un tel dispositif auprès des pouvoirs publics. « Il faut y réfléchir très vite, car cela nous donnera une longueur d’avance, surtout si l’on anticipe une chute de 8 à 10 % du PIB en 2020 », pointe Elie Farah, également associé chez Oliver Wyman.

Sauver les « mauvais élèves »

« Je suis farouchement contre, car c’est une prime aux mauvais élèves », explique un grand banquier français pour qui « il y a des banques qui n’ont pas fait leur boulot dans des pays très spécifiques ». « Un tel dispositif devrait être ouvert à des établissements viables. Pour les autres, aux superviseurs d’exercer leurs responsabilités », note un fin connaisseur.

En creux, la question posée est de savoir si les « mauvais élèves » doivent être sauvés… ou disparaître. L’Europe s’est dotée depuis 2016 d’un dispositif visant à faciliter la restructuration ou la liquidation d’une banque en grande difficulté, l’opération pouvant être financée in fine par un fonds alimenté par les banques (« fonds de résolution unique » ou FRU) . Un mécanisme qui n’a été que rarement activé.



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