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Economie

levée de boucliers des syndicats après les propos d’Emmanuel Macron


Nouvelle levée de boucliers côté syndicats. Réagissant aux propos d’Emmanuel Macron, qui a appelé dimanche à «travailler et produire davantage» pour renforcer l’économie, plusieurs représentants d’organisations syndicales ont répété leur opposition farouche à ce principe, si celui-ci ne se traduit pas par une simple baisse du chômage. Travailler tous, oui, mais travailler plus, non, ont-ils dit.

La parole présidentielle était «ambiguë», a critiqué le secrétaire général de FO, Yves Veyrier : «Si c’est nous dire que ceux qui ont du boulot, on va leur demander de se retrousser les manches, comme on l’entendait pendant la période du confinement, si c’est aller au-delà des 35h, voire au-delà même des 48h, si c’est rogner sur les jours de congé, les jours de repos, ouvrir le dimanche plus encore qu’aujourd’hui, ça n’ira pas, nous ne serons pas d’accord», a-t-il mis en garde.

De son côté, le chef de la CGT, Philippe Martinez, a dit craindre que le président de la République ne «refasse le coup de l’acte II» : «après les “gilets jaunes”, il disait que plus rien ne serait comme avant», a-t-il rappelé, sous-entendant que ces promesses du passé n’avaient pas été respectées. Et ce, alors qu’Emmanuel Macron a redit, dimanche, qu’il n’y aurait «pas de retour en arrière» après la crise sanitaire. «Le fait de dire qu’il faut travailler davantage, c’est bien la déclinaison qu’il n’y aura pas de retour en arrière», a ironisé Philippe Martinez.

La CFDT est tout aussi tranchée : «s’il s’agit d’allonger la durée de travail hebdomadaire ou la durée de travail sur la vie, c’est hors de propos», a prévenu Laurent Berger. Pas de recul de l’âge de départ à la retraite ni de discussion sur les 35h, donc.

Travailler «tous» plutôt que travailler «plus»

Les trois représentants syndicaux se rejoignent sur l’idée d’une «autre» solution pour renforcer la relance économique : celle de privilégier l’emploi pour tous à une augmentation du temps de travail. Une remise en cause des 35h serait «contre-productive», risquant de parasiter la baisse du chômage alors que le nombre de demandeurs d’emploi devrait «exploser» dans les prochaines semaines, a considéré Yves Veyrier. S’il s’agit de «créer des emplois», de relocaliser, «c’est ok», mais s’il faut «demander à ceux qui ont du boulot de retrousser leurs manches, d’aller au-delà des 35h», c’est non, a martelé le dirigeant. Le chef de Force ouvrière a également critiqué le recours aux accords de performance collective, qui permettent à une entreprise d’adapter ses conditions de travail à la conjoncture : cette «petite musique qui dit qu’il faut demander aux salariés de faire un effort sur les salaires, les congés» est «injuste», a-t-il estimé.

Philippe Martinez a quant à lui appelé à définir une «autre politique de l’emploi», fondée non sur une augmentation du temps de travail mais sur la création de postes, grâce, notamment, à des relocalisations ainsi qu’à un soutien à la recherche et au développement pour renforcer des secteurs porteurs : «travailler tous, c’est mieux que travailler davantage», a-t-il résumé.

De même, Laurent Berger a défendu l’idée de «travailler tous et de travailler mieux». Pour le chef du syndicat réformiste, cette question véritablement centrale est plus importante que de «vieilles recettes qui n’ont jamais fonctionné». En outre, elle serait moins conflictuelle, permettant d’éviter que les partenaires sociaux et l’État se «foutent sur la gueule avec des totems autour desquels on tournerait». Le chef de la CFDT a aussi suggéré de «s’occuper de l’insertion des jeunes et des plus fragiles», y voyant un exemple de pistes à creuser.

Un débat récurrent

Les positions de ces partenaires sociaux sur cette question sont connues depuis longtemps. Il faut dire que la remise en cause de la durée du travail entraîne, à chaque fois, de fortes réactions du côté des syndicats. Ainsi, en avril, une levée de boucliers avait accueilli les propos du chef du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui avait estimé dans nos colonnes qu’il faudra «bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire» : «totalement indécente», «drôle d’idée», «vieilles lunes qui reviennent», «grosse erreur», «provocations […] prématurées»… Les réponses ne s’étaient pas fait attendre, forçant le Medef à reculer rapidement.

À l’inverse, les représentants patronaux paraissent favorables à une augmentation du temps de travail pour appuyer la reprise économique. «Aujourd’hui, on cherche à travailler plus car on a vraiment un problème de demande, donc avant de savoir s’il faudra travailler plus, il faut déjà plus de travail», déclarait le chef de la CPME, François Asselin, mi-mai. Sur le plus long terme, «viendra un temps où il faudra peut-être se poser la question : mon pays a fait beaucoup de choses pour moi, qu’est-ce que je pourrais faire pour mon pays ?», précisait-il ensuite. Pour le représentant patronal, travailler «un peu plus» pourrait être «l’une des réponses, mais nous n’en sommes pas encore là».

Le gouvernement avance toutefois prudemment, tant le sujet reste explosif. Hier, Gérald Darmanin a ouvert la porte à des négociations, au niveau des entreprises, pour augmenter le temps de travail si nécessaire. «Il faut qu’on arrête de tout décider de Paris. On ne va pas décider du temps de travail des Français», a-t-il déclaré, louant une certaine flexibilité à l’échelle locale plutôt qu’une réforme nationale du temps de travail. Son collègue Bruno Le Maire a quant à lui estimé que cela voulait dire avant tout «travailler tous» : «ça veut dire qu’il faut que le plus grand nombre de Français puissent trouver un travail dans une période où […] nous anticipons 800.000 suppressions d’emplois en France». Autrement dit, une hausse du travail et de la production passera avant tout par une baisse du chômage. Le ministre ne «croit pas» qu’il faille toucher au nombre de congés ou à la durée du travail.



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