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Finance

Levée de dette : semestre record pour l’Etat français



Publié le 6 juil. 2020 à 11h08

C’est un chiffre qui donnerait presque le tournis. Depuis le début de l’année, la France a émis pour près de 170 milliards d’euros de dette à moyen-long terme, selon les calculs de Natixis. En à peine plus de 6 mois, elle a donc emprunté un montant équivalent à celui de son programme d’émission pour toute l’année 2013. L’Agence France Trésor, en charge du placement de la dette de la France sur les marchés, n’a guère le choix. Confrontée à une hausse sévère des besoins de financement de l’Etat pour faire face à la crise du coronavirus, elle a dû faire passer ses levées de dette pour 2020 de 205 à 260 milliards d’euros. Un record absolu dans l’histoire des finances publiques .

Montants en hausse

Pour tenir cet objectif, l’AFT a dû mettre les bouchées doubles. Alors que, traditionnellement, les adjudications – qui ont lieu les premier et troisième jeudis du mois – permettent d’emprunter autour de 8 milliards d’euros, le montant moyen avoisine désormais les 11 milliards. Sans compter les « offres non compétitives », qui permettent aux spécialistes en valeur du trésor (SVT) – les banques qui achètent directement les obligations d’Etat puis les revendent à leurs clients investisseurs – d’acquérir des titres supplémentaires. Un complément qui a par exemple représenté près de 3 milliards d’euros le 19 juin.

Conséquence : « l’AFT a bouclé environ 64 % de son programme de financement pour 2020, si l’on prend en compte les rachats de dette non encore arrivée à échéance, témoigne Jean-Christophe Machado, chez Natixis. L’an dernier à la même époque elle n’avait exécuté que 53 % de son programme. » Face à ce déluge de dette, on aurait valablement pu craindre que les investisseurs s’inquiètent et rechignent un peu plus à prêter à la France. Il n’en est rien . « La première opération affichant un objectif supérieur à 11 milliards d’euros faisait figure de test, et elle s’est bien passée. Depuis au contraire la demande est resté très solide, y compris sur les maturités les plus longue », constate Jean-Christophe Machado.

Soutien de la BCE

Bercy peut remercier la Banque centrale européenne, qui déverse chaque semaine entre 26 et 30 milliards d’euros sur les marchés obligataires au travers de son programme d’achat urgence pandémie . Les investisseurs qui prêtent à l’Etat savent ainsi qu’ils n’auront aucune difficulté à replacer une partie de leurs obligations auprès de la Banque centrale européenne. Certes, la France avait été plutôt moins bien servie que d’autres pays lors du lancement de ce programme, mais elle pourrait bénéficier actuellement d’un effet de rattrapage de la part de la BCE.

Cette forte demande permet à l’AFT d’afficher un coût moyen à l’émission de -0,06 % depuis le début de l’année. Autrement dit, la France s’enrichit en empruntant . Et elle n’a pas eu besoin, pour baisser ce coût de financement, d’emprunter sur des durées plus courtes. La maturité moyenne des émissions est même en légère augmentation. L’Etat ne devrait avoir aucune difficulté à combler ses besoins de financements pour cette année. Quitte à recourir une nouvelle fois à une émission de dette par syndication , c’est-à-dire placée directement auprès des investisseurs. Cette technique exceptionnelle permet d’être en prise directe avec le marché et assure la réussite d’opérations de grande taille.

Record à venir

Toute la question est de savoir, combien de temps ces conditions particulièrement favorables perdureront. Selon Natixis, la France devra émettre un nouveau montant record de 276 milliards d’euros (y compris les rachats) en 2021. La BCE devrait poursuivre ses achats massifs au moins une bonne partie de l’an prochain. Mais après ? « Les deux années suivantes verront apparaître un pic des montants de dettes arrivant à échéances et devant être refinancées », avertit Jean-Christophe Machado. Un héritage de la dernière grande crise à laquelle l’économie avait dû faire face.



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