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Economie

L’hôtellerie «oubliée» de l’allocution présidentielle


Le secteur négocie avec le gouvernement pour obtenir une compensation des pertes liées à la crise sanitaire.

«Nous n’avons même pas été cités (lors de l’allocution présidentielle , NDLR) », s’exaspère Laurent Duc, responsable de la branche hôtelière de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) et propriétaire d’un hôtel à Villeurbanne (Lyon). Emmanuel Macron a en effet annoncé ce mardi un assouplissement «en trois temps» des mesures sanitaires, sans un mot pour le secteur de l’hôtellerie. Laurent Duc désespère de voir le taux d’occupation de son établissement ne pas dépasser les 10% depuis le début de la crise et sa poignée de clients errer dans les couloirs, lorsqu’ils ne sont pas enfermés dans leur chambre.

Le constat est le même pour l’ensemble des acteurs de la filière. L’autorisation d’exercer des hôtels, depuis le début de la pandémie,- contrairement aux restaurants qui font l’objet d’une fermeture administrative – prive le secteur d’aides. Or, les mesures sanitaires ont entraîné une fermeture déguisée selon Laurent Duc, puisque «50% des hôtels en France ont fermé leurs portes de leur propre initiative», faute de clientèle. «Il y a une ambiguïté. Nous sommes ouverts administrativement mais nous sommes complètement vides», approuve Delphine Prigent, vice-présidente hôtellerie Paris 1 à 4 étoiles du groupement national des indépendants hôtellerie et restauration (GNI).

Et la réouverture des commerces – prévue le 28 novembre -ne présage aucune amélioration pour le secteur. «Tant qu’il n’y aura pas de bars, cafés et restaurants, il sera très compliqué d’attirer la clientèle. Le président n’a pas parlé du tourisme ou d’une réouverture des frontières», rappelle Delphine Prigent. Et au sein même des établissements, difficile d’attirer les chalands. «Nos spas sont considérés comme des salles de sport et sont donc fermés. Laissons au moins les hôtels nourrir leurs clients», plaide Laurent Duc . «Sans restaurants aux alentours, la situation restera cauchemardesque. Quel intérêt de faire du shopping à Paris et d’avoir, au mieux un sandwich et une boisson en chambre ?», approuve Didier Chenet, président du GNI.

Lui, ne demande pas «une réouverture précipitée des restaurants». Les annonces gouvernementales sont «de sages décisions fondées sur la crise sanitaire. Mais puisque les hôtels sont les victimes collatérales de la suppression des événements sportifs et culturels, du télétravail et de la fermeture des restaurants, il faut désormais plancher sur des aides», poursuit le président. «Nous sommes en discussion avec Bruno Le Maire et travaillons sur une indemnisation des hôtels similaire à celles des restaurants, c’est-à-dire basée sur la perte de chiffre d’affaires. J’ai bon espoir que cela soit annoncé ce jeudi par le premier ministre», avance Didier Chenet. Contacté par Le Figaro, Bercy n’a pas encore confirmé cette information.

L’incertitude de la montagne

À l’approche des fêtes de fin d’année, le flou règne encore davantage sur les hôtels des stations de skis. «Il me semble impossible d’envisager une ouverture des stations de ski pour les fêtes de fin d’année», a expliqué Emmanuel Macron ce mardi. Le chef de l’État estime «préférable» d’envisager leur réouverture au mois de janvier. L’annonce a sonné comme un «couperet» pour François Gauthier, représentant de l’hôtellerie au GNI en charge du «dossier montagne» et gérant d’un hôtel à Contamines-Montjoie (Haute-Savoie).

En début de semaine, encore, «l’heure était aux préparatifs de la saison», regrette le professionnel. «Cet effet d’annonce est désastreux. Nous avions un carnet de commandes déjà clairsemé avec un taux de remplissage de nos établissements de montagne de 30% à 80%, selon le niveau de gamme. Depuis l’allocution, tout le monde a compris un arrêt total des stations de skis. Nous avons presque 100% d’annulation pour Noël et le jour de l’an», déplore François Gauthier. Lui aussi plaide pour une «”vraie” fermeture administrative» afin de permettre un soutien financier.

Hors des montagnes, le secteur de l’hôtellerie de luxe ne décolère pas. «Les palaces vont attendre longtemps pour rouvrir. La clientèle des 5 étoiles est étrangère à 50%», explique Laurent Duc. «Nous avons entre 0 et 3% de taux d’occupation contre 80%, les autres années», précise Emmanuel Sauvage, coprésident de la branche prestige du GNI paris Ile de France.

Des chiffres qui ont des conséquences sur le positionnement français sur le marché de l’hôtellerie de luxe. «Nous prenons du retard. Les clients fortunés partent notamment à Dubaï pour les fêtes. Et en plus, l’hôtellerie passe à travers toutes les aides. Nous sommes complètement oubliés», déplore ce dernier.



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