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Finance

L’initié de l’ombre qui vendait ses tuyaux sur Wall Street sur le Dark Web



Publié le 15 juil. 2021 à 12:33

Comme les biens (drogues, faux documents) ou les services (piratages informatiques) illégaux, les informations confidentielles sur les entreprises se monnayent sur le « web de l’ombre », le sulfureux Internet parallèle , lieu de toutes les dérives.

La vente de ces secrets était la spécialité de « TheBull » (« le taureau », une allusion à l’expression de Wall Street qui parle de « bull market » pour évoquer un marché en hausse) . Plus de 300 entreprises cotées américaines, dans tous les secteurs, sont concernées. Apostolos Trovias, un citoyen grec basé à Athènes, la trentaine, est poursuivi pour fraude et blanchiment par les autorités américaines. Il a été arrêté au Pérou cette année et les Etats-Unis ont déposé une demande d’extradition en mai, selon « pcmag ».

Il est soupçonné d’être un nouvel exemple de cette cybercriminalité financière en plein essor. Depuis fin 2016 et jusqu’à début 2021, il opérait sur le Web de l’ombre ou « dark web » du réseau TOR et sur des sites comme AlphaBay ou Dream Market, des supermarchés en ligne de drogues. Ces sites, fermés depuis, avaient des sections dédiées à la fraude qui vendaient aussi des informations confidentielles d’initiés.

Grâce à ces données non publiques (résultats, opérations de fusions…), les acheteurs étaient censés spéculer ensuite sans risque et avec profit sur les actions des sociétés concernées. Ils pouvaient acheter l’action si les nouvelles à venir étaient bonnes ou la vendre à découvert et parier à la baisse si elle s’apprêtait à annoncer de mauvaises nouvelles (chute du bénéfice, par exemple).

Tuyaux percés

Beaucoup de ces informations vendues comme sensibles et confidentielles étaient en réalité inventées de toutes pièces et n’avaient pas la moindre valeur. Ce cas rappelle celui de James Roland Jones, un ingénieur de SpaceX , qui vendait de fausses informations confidentielles sur des sociétés cotées américaines.

TheBull se vantait de connaître à l’avance les actions qui allaient être achetées et vendues par une des principales firmes de trading de Wall Street, et proposait de les divulguer moyennant des abonnements hebdomadaires et mensuels de respectivement 99,95 et 329,95 dollars.

Mais pour les autorités américaines vendre des tuyaux boursiers « percés » est une fraude aussi répréhensible que s’ils étaient de valeur. Un faux initié reste un initié s’il obtient de l’argent en contrepartie de ses informations. Parfois, elles étaient bonnes. Piratages informatiques, complicités en interne dans les sociétés ou au sein des organismes chargés de rediffuser ces données… L’enquête devra déterminer comment TheBull les obtenaient.

Dans ses conversations avec ses clients, Apostolos Trovias faisait parfois porter la responsabilité de ses échecs et ou de ses erreurs sur celui qui lui fournissait les informations. Ce pouvaient être de bons chiffres, mais pas pour la bonne société. Ou encore des imprécisions : en 2019, il annonçait par exemple que Medidata Solutions était sur le point d’être racheté par Dassault Systèmes autour du 20 mai, à un cours de 105 dollars par action. L’annonce du rachat interviendra le 12 juin, à un cours de 92,25 dollars.

Les infiltrés

Pour acheter les chiffres trimestriels d’une entreprise cotée avant leur publication , il fallait débourser jusqu’à 5.000 dollars (4.200 euros). Ces informations étaient notées de 1 à 10 par son vendeur. Plus la note était élevée plus le potentiel de gain était fort. Exemple ? Une note de 10 laissait espérer un gain de 40 % à court terme.

TheBull se faisait payer en bitcoins. Il gérait aussi l’argent de certains de ses clients qui lui déléguaient leur trading. Le problème pour lui, c’est que parmi ses interlocuteurs, figuraient des agents infiltrés du fisc américain et du FBI.

Fort de ses succès, l’escroc voulait créer sa propre plateforme spécialisée de délits d’initiés 2.0. Il comptait même sur l’aide de deux de ces agents fédéraux infiltrés, pour créer sa bourse de l’ombre. Elle aurait mis en relation les pourvoyeurs d’informations boursières sensibles et non publiques et les acheteurs . Pour 500 à 1.000 dollars par mois, ils auraient eu accès à des données confidentielles garanties fiables car obtenues auprès des meilleures sources. Il n’en aura pas eu le temps.



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