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Finance

L’investissement responsable, nouvelle terre de conquête des ETF



Publié le 23 févr. 2021 à 7:00

L’année 2020 a marqué un tournant pour la gestion passive. Pour la première fois, les fonds indiciels cotés (ETF) recourant à des critères ESG (environnement, social, gouvernance) domiciliés en Europe ont attiré plus d’argent que les produits conventionnels, soit 45,5 milliards d’euros sur un total de 89,3 milliards d’euros, selon les données de Lyxor ETF. La croissance de la collecte a plus que doublé par rapport à 2019. Fait marquant : en mars 2020, en plein krach des Bourses mondiales, les ETF d’investissement socialement responsable (ISR) se sont offert le luxe d’une collecte positive alors que les supports non ISR voyaient s’enfuir 26 milliards d’euros.

L’afflux d’argent frais est allé de pair avec la création de nombreux ETF dits « durables ». Qu’il s’agisse de prendre le train en marche ou de s’imposer parmi la concurrence, les sociétés de gestion ont fait preuve d’une grande fertilité. Par exemple, l’offre indicielle durable de BlackRock est passée de 90 à 141 produits au niveau mondial l’an dernier, permettant au géant américain d’afficher la gamme la plus vaste du marché.

50 % des ETF durables sont européens

Pour autant, c’est l’Europe qui mène la danse dans ce domaine. « Alors qu’elle ne pèse que 15 % des ETF dans le monde, son poids est supérieur à 50 % sur les produits ESG », souligne François Millet, responsable stratégie, ESG et innovation chez Lyxor ETF. A l’échelle mondiale, sur les quelque 8.000 milliards de dollars d’encours d’ETF et ETP (produits indiciels cotés), les fonds durables pesaient 90 milliards fin 2020. La réglementation a joué un rôle prépondérant dans le développement de l’investissement durable, en particulier le plan d’action pour une finance durable de l’Union européenne. Il se fixe pour objectif d’ici à 2030 de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990 (sous réserve d’adoption par le Parlement européen) et de porter la part des énergies renouvelables à au moins 32 %.

Cela se ressent d’ailleurs sur les produits qui ont le vent en poupe. Tout d’abord, les fonds orientés climat, qui ont cumulé 2 milliards d’euros de collecte sur l’année en Europe. « C’est un bon démarrage étant donné que la plupart de ces produits ont été lancés dans le courant de 2020 », estime François Millet. Autre tendance notable : les fonds thématiques. Si l’essor de ces produits n’est pas neuf, il gagne désormais l’univers de la finance responsable, adressant parfois des thématiques pointues, à l’image du dernier né de BNP Paribas, un ETF ciblant l’économie des océans. Mais le thème le plus porteur est celui des énergies renouvelables. Ainsi, l’ETF iShares Clean Energy de Blackrock, lancé en 2007 et dont l’encours approche désormais les 6 milliards d’euros, a collecté plus de 2 milliards de dollars sur un seul mois à l’échelle mondiale, après la victoire de Joe Biden aux élections américaines en novembre dernier.

Indices climat

En Europe, ces produits ont aussi bénéficié l’an dernier de l’entrée en vigueur des indices climat de l’UE : les Paris-Aligned Benchmark (PAB) et Climate Transition Benchmark (CTB), qui intègrent une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 7 % par an, afin d’être en ligne avec l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Une dizaine d’ETF sont déjà créés sur ces indices et leur nombre devrait progressivement s’étoffer cette année.

Le phénomène ne devrait guère ralentir dans les prochaines années, d’autant que l’investissement responsable sort renforcé de la crise du Covid-19. « Près de 86 % des investisseurs prévoient d’augmenter leur exposition aux ETF ESG d’au moins 5 % dans les années à venir, révèle l’édition 2020 de notre enquête annuelle auprès des investisseurs professionnels en ETF de 17 grands pays », indique Anaëlle Ubaldino, responsable de la recherche ETF chez TrackInsight.

Les investisseurs semblent avoir pris conscience de l’ampleur du risque climatique. « Ce n’est que le début, estime Salim Ramji, responsable mondial d’iShares, les ETF de BlackRock. Le marché des ETF durables a vocation à devenir dix fois plus gros au cours de la prochaine décennie. » La société de gestion, numéro un mondial de la gestion passive, estime ainsi que les ETF et autres fonds indiciels ISR pourraient atteindre plus de 1.000 milliards d’encours d’ici à dix ans. 

Plus de sur-mesure

L’industrie doit aussi faire face à un autre défi : celui de l’uniformisation des standards. « Avec l’expansion de l’ESG, nous observons une grande tendance vers plus de sur-mesure, avec des indices plus pointus », observe Isabelle Bourcier, responsable des gestions quantitative & indicielle chez BNP Paribas Asset Management. En effet, chaque pays a son approche, chaque investisseur, sa politique d’exclusion, et chaque label, son cahier des charges. Dans ces conditions, difficile de construire des produits adaptés au plus grand nombre.

Ce qui n’est pas sans poser de problème dans une industrie conçue sur le principe des économies d’échelle. « Notre modèle, c’est de faire des produits peu chers avec de gros volumes, résume Guy Parent, responsable France chez Vanguard. Nous avons besoin d’une uniformisation des approches pour construire des produits qui correspondent aux attentes de tous les pays en Europe, sinon on perd l’intérêt de cette gestion passive à faible coût. » Au-delà des questions financières, la conciliation entre gestion passive et finance responsable fait elle-même débat. Les ETF sont souvent accusés de passivité vis-à-vis des entreprises dans lesquelles ils investissent, notamment dans leur rôle d’actionnaire.



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