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Economie

L’OMC reprend ses négociations pour bannir les subventions favorisant la surpêche


Le monde parviendra-t-il à arracher un accord sur la surpêche avant la fin de l’année ? Menées sous l’égide de l’OMC, les négociations visant à interdire les subventions favorisant la surpêche vont reprendre, à l’occasion d’une nouvelle série de réunions informelles. Il ne reste que quelques semaines aux autorités internationales pour se mettre d’accord et parvenir à remplir l’un des objectifs majeurs fixés par l’ONU à temps.

Adoptés en 2015 par l’ensemble des États membres, les objectifs de développement durables de l’ONU fixent 17 priorités pour «sauver le monde». L’objectif 14, essentiel dans le dossier de la surpêche, préconise de «conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines». Plus précisément, l’objectif 14.6 s’attaque au sujet de la surpêche et vise à «interdire les subventions à la pêche qui contribuent à la surcapacité et à la surpêche» et s’abstenir d’en octroyer de nouvelles allant dans ce sens ou rendant possible la pêche illicite. Ce but fixé par les Nations unies doit normalement être atteint «d’ici à 2020» : il ne reste donc que quelques semaines.

Dans son dernier rapport sur la situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dresse un état des lieux préoccupant de la situation actuelle. La Méditerranée et la mer Noire, ainsi, restent «confrontées à une surpêche préoccupante», de même que de nombreuses autres régions du globe. Dans le monde, la FAO estime que plus d’un tiers des stocks de poissons exploités par les pêcheries marines «étaient considérés comme étant surexploités en 2017». Circonstance aggravante, ce chiffre augmente depuis plusieurs années, à tel point que l’accomplissement de l’objectif de développement durable 14.4, qui préconise de «mettre un terme à la surpêche, à la pêche illicite» d’ici la fin de l’année paraît «improbable» à la FAO.

Or, la surpêche, autrement dit l’exploitation excessive d’une biomasse, compromettant son renouvellement, sa reproduction et sa survie sur le long terme, est à la source de problèmes environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux majeurs. Insécurité alimentaire, perte de la matière première pour les pêcheurs, notamment dans les pays en voie de développement, déstabilisation des écosystèmes marins, mise en danger des espèces animales, pauvreté accrue des pêcheurs, pollution… Les risques associés sont multiples.

En France, l’année dernière, un peu plus d’un quart – 26% – des populations de poissons étaient victimes de surpêche, quand près de la moitié – 49% – des volumes de poissons pêchés étaient «issus de populations exploitées durablement», constatait l’Institut national de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) en janvier. Étaient notamment concernés le maquereau, en zone Atlantique, la sardine, le bar ou la sole, dans le golfe de Gascogne, ainsi que le merlu, en Méditerranée. Mais la surpêche est désormais surtout engendrée par les activités de pays en voie de développement, comme la Chine, en tête – de très loin – des pays pratiquant la pêche industrielle.

Repenser les aides aux pêcheurs pour lutter contre la production excessive

L’un des moyens les plus efficaces de lutter contre ce phénomène consiste à couper le robinet financier permettant son maintien. En avril 2019, un document de l’OCDE estimait que les gouvernements dépensaient 35 milliards de dollars pour soutenir le secteur de la pêche. Et, dans un rapport publié en 2018, la même OCDE souligne ainsi que «des politiques mal conçues peuvent conduire à une augmentation de l’effort de pêche, à la surpêche et à l’épuisement des stocks de poissons, ainsi qu’à rendre la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN) plus attrayante pour les pêcheurs». Sont notamment pointées du doigt les subventions visant à réduire le «coût des produits achetés par les pêcheurs, comme les appâts ou le carburant».

L’objectif de l’OMC est donc de parvenir à interdire de telles subventions favorisant la surpêche, afin de protéger les stocks de poissons. Une longue route doit encore être parcourue avant de parvenir à un accord : fin 2019, les autorités éprouvaient des «difficultés» pour accorder leurs violons et des divergences subsistaient. La pandémie et les confinements ont également considérablement perturbé les échanges entre les États.

Mais le temps file, et, à mesure que l’échéance se rapproche, les appels à agir se multiplient. La semaine dernière, un collectif réunissant 300 scientifiques, baptisé «Our Fish», a transmis un appel commun au commissaire européen Virginijus Sinkevicius, en charge de l’Environnement, des océans et de la pêche. Les experts exhortent l’Union à «fixer des limites de pêche qui respectent les avis scientifiques» afin de préserver la biodiversité des milieux marins. «L’Union européenne doit cesser de traîner les pieds, et agir de façon claire et décisive dès aujourd’hui, avant qu’il ne soit trop tard», commentait la directrice de l’organisation, Rebecca Hubbard.



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