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Finance

M & A : Bercy vigilant face au risque de « prédation »



Publié le 23 juil. 2020 à 18h24Mis à jour le 23 juil. 2020 à 19h02

Avec le recul des prix provoqué par la pandémie, Bercy a sorti l’arme lourde face au risque de « prédation » d’acquéreurs étrangers : ils devront notifier leur opération dès 10 % (et non plus 25 %) des droits de vote franchis sur une entreprise cotée en Bourse. L’annonce en avait été faite le 29 avril au plus fort de la crise sanitaire.

Dans son décret d’application jeudi, le ministère des Finances assortit néanmoins la mesure de multiples souplesses pour ne froisser personne : le dispositif est temporaire (jusqu’au 31 décembre), les acquéreurs européens en sont exemptés, et faute de réaction de Bercy sous dix jours exigeant le dépôt d’une demande formelle d’autorisation, l’opération est acquise.

« L’objectif est de ne pas ralentir les opérations de marché dans une période où nos entreprises ont besoin de capitaux, mais de pouvoir au cas par cas examiner ou refuser des opérations jugées problématiques », indique Bercy, soulignant qu’une procédure d’autorisation classique peut prendre plusieurs mois, ce qui ne se justifierait pas pour la très grande majorité des investissements minoritaires.

Pour l’heure aussi, les cas de « prédation » sont restés limités, reconnaît-on au sein de la puissance publique. L’enveloppe française de 20 milliards d’euros annoncée pour des prises de contrôle stratégiques n’a, de fait, été utilisée que partiellement pour renflouer Air France.

Les industriels en quête de concurrents qui souffrent

Il faut dire que les prix d’acquisition – qui avaient fortement décroché en début d’année – n’ont pas accéléré leur chute au deuxième trimestre, souligne Argos Wityu dans son dernier indice sur la zone euro, limitant les opportunités.

Le multiple moyen atteint 9,2 fois l’Ebitda des PME ciblées contre 9,3 fois de janvier à mars. Les fonds d’investissement, identifiés comme la principale menace de rachat venant de l’étranger, n’ont pas profité d’un effet d’aubaine. Ils ont même payé leurs acquisitions plus cher qu’en début d’année (9,3 fois contre 8,8 fois au premier trimestre 2020).

La surprise, cependant, est venue des industriels. Ces derniers ont fait de meilleures affaires au plus fort de la pandémie (8,9 fois l’Ebitda au deuxième trimestre contre 10 fois de janvier à mars) en ciblant « les entreprises qui souffrent », note Argos Wityu.

Pour les mieux portants, c’est le bon moment pour consolider leur filière et éliminer des concurrents. « Pour la première fois depuis la mi 2018, ils achètent leur cible à des prix moins élevés que les fonds, qui eux par prudence au regard des attentes de leurs investisseurs plutôt inquiets, se concentrent sur les PME les plus résistantes face au Covid », dit Louis Godron, managing partner d’Argos Wityu.

Les industriels tirent aussi parti des lignes rouges imposées par Bercy sur le plan de sauvetage financier : les entreprises les plus en difficultés sont exclues des prêts garantis et ne peuvent trouver leur salut que chez un concurrent ou un industriel du même secteur.

« Les exemples sont multiples chez les sous-traitants de l’aéronautique, surtout ceux qui avaient investi pour l’A380 », cite un investisseur. Va alors se poser un autre problème dans les mois qui viennent : passer la barre du contrôle des autorités de la concurrence.



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