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Economie

Moderna produira jusqu’à 3 milliards de doses de son vaccin en 2022


La biotech américaine va investir plusieurs milliards de dollars pour doper ses capacités de production et lutter contre les variants du Covid.

Moderna accélère la montée en cadence de son outil de production. La biotech américaine s’engage à livrer jusqu’à 3 milliards de doses en 2022, soit un milliard de doses supplémentaires par rapport à ce qu’elle annonçait fin février. «Face à la multiplication des variants et aux besoins en vaccins de la planète, nous avons décidé d’augmenter nos investissements pour accroître nos capacités de production, confie Stéphane Bancel au Figaro. Les vaccins à ARN messager auront une place centrale dans la stratégie future des gouvernements du monde entier. C’était notre responsabilité sociale en tant qu’entreprise d’agir dès maintenant. Nous allons augmenter de 50% notre outil de production aux États-Unis, de 100% en Suisse et dans plusieurs autres sites à travers le monde ».

Cela faisait plusieurs semaines que la biotech américaine planchait sur cet investissement en raison de l’évolution de la pandémie et de la détérioration de la situation sanitaire dans plusieurs pays. « Nos épidémiologistes estiment qu’à l’approche de l’hiver dans l’hémisphère sud, nous allons continuer à être confrontés à des variants problématiques, explique le PDG de Moderna. En parallèle, les hospitalisations et la mortalité montent au Brésil, l’Inde est dépassée par la propagation du virus. Partout ailleurs, il va falloir très vite des rappels, les variants accélérant la perte d’efficacité des vaccins existants au bout de six à neuf mois ».

À cela s’ajoutent les péripéties rencontrées ces dernières semaines par AstraZeneca et Johnson & Johnson sur leurs vaccins. Plusieurs cas rares de thromboses sévères ont semé le doute des populations et des autorités sanitaires sur les vaccins à adénovirus d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson. Des difficultés de production ont également pesé sur les livraisons, renforçant la demande des États en vaccins à ARN messager. « Outre son efficacité élevée contre le Covid, Cette technologie permet de s’adapter très vite aux variants tout en permettant une montée en puissance de la production, déclare Stéphane Bancel. Nous engageons à faire autant de vaccins et rappels contre les variants que nécessaire pour enrayer l’épidémie ». Pfizer-BioNTech, dont le vaccin s’appuie sur la même technologie, s’est également engagé à produire jusqu’à 3 milliards de doses l’an prochain.

Doublement de la fabrication de substance active

Moderna a démarré des essais cliniques afin de tester l’efficacité de versions modifiées de son vaccin face aux nouveaux variants. La biotech, qui teste trois hypothèses cliniques de recherche, espère avoir de premières données cliniques d’ici deux à trois semaines. Ses projections pour une troisième dose ou un rappel prennent en compte une quantité inférieure de produit (50 microgrammes au lieu de 100 microgrammes pour le vaccin initial). Un dosage qui lui permettrait de monter jusqu’à 3 milliards de doses l’an prochain.

Pour relever ce défi, l’entreprise va doper aussi bien ses propres capacités de production que celles de ses sous-traitants. Cela passera par un doublement de la fabrication de substance active. L’usine de Norwood (Massachusetts) de Moderna va accroître de 50% ses volumes. « Elle sera alors à saturation, raconte Stéphane Bancel. Nous avons fait autant de place que possible, en sortant de cette usine la production d’ADN que l’on va désormais sous-traiter afin de fabriquer lipides et ARN messager. Nous allons aussi sortir de ce site la partie contrôle qualité qui sera installée dans un nouveau laboratoire que nous ouvrirons ». Moderna est par ailleurs en discussions avec l’un de ses principaux sous-traitants, le Suisse Lonza, dont les usines tournent à plein depuis un an pour produire son vaccin Covid, afin de doper ses capacités de production. La biotech américaine compte également ajouter des capacités de production en conditionnement et remplissage, la dernière étape de fabrication (« fill and finish »). Outre l’accord annoncé lundi avec Sanofi, « plusieurs autres accords sont en négociation », prévient Stéphane Bancel.

« Entre les commandes et le début de la production, il faut compter entre 6 et neuf mois »

Stéphane Bancel, patron de Moderna

En annonçant dès ce printemps un tel investissement, Moderna entend surtout sécuriser l’ensemble de la chaîne de production et « tailler l’outil industriel » à la mesure de la demande mondiale. Cela va permettre à la biotech et à ses sous-traitants de passer commande en machines et matières premières afin d’être prêt à produire dans les temps. « Entre les commandes et le début de la production, il faut compter entre 6 et neuf mois », explique le patron de Moderna.

La jeune entreprise, qui n’avait encore jamais commercialisé de produit avant le Covid, va investir « plusieurs milliards de dollars » sur ses fonds propres. Grâce à la vente de ses vaccins, elle disposera à la fin de l’année de 5,2 milliards de dollars. « Nous avions 800 millions de dollars l’an passé quand la crise a commencé, explique son PDG. Nous sommes en mesure aujourd’hui de prendre un tel risque financier. Cette étape est un tournant énorme pour l’entreprise et pour la santé publique de la planète ». La facture en sous-traitance (Lonza, Rovi, Recipharm…) est élevée. « C’est Moderna qui paye les machines chez ses sous-traitants, la location de salles blanches pour réaliser la fabrication des lots, l’embauche de personnel… », détaille Stéphane Bancel qui évoque « des centaines de millions de dollars » de commandes qui devront être passées dans les prochaines semaines.

Alors que la polémique monte sur l’écart croissant d’accès aux vaccins entre les pays du Nord et du Sud, Moderna poursuit ses discussions avec Covax, engagées à l’été dernier. Plusieurs laboratoires parmi lesquels AstraZeneca et Pfizer se sont déjà engagés à y contribuer. « Si nous rajoutons autant de capacités de production, c’est bien pour pouvoir distribuer notre vaccin dans les pays du Sud, indique Stéphane Bancel. La volonté de Moderna d’aider ces pays est très forte ».



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