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Economie

ni une «planque», ni une solution miracle


Le télétravail, qui en explosant avec la pandémie du coronavirus a pris des airs de solution miracle, n’est pourtant pas sans risque s’il est consommé sans modération, préviennent les spécialistes. Une chose est sûre, pour lui, il y aura un avant et après Covid-19. Depuis la mi-mars, quelque cinq millions de salariés l’ont testé à marche forcée (beaucoup pour la première fois), le faisant basculer «en deux secondes de synonyme de fainéantise au statut de solution miracle. Mais c’est en réalité beaucoup plus complexe que ces deux extrêmes», explique à l’AFP Marianne Le Gagneur, doctorante en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Ses avantages sont reconnus: liberté d’organisation, baisse de la fatigue liée au transport, calme loin des open-space et «véritable respiration pour ceux qui souffrent de rapports dégradés avec leur hiérarchie ou leurs collègues», fait valoir Valérie Combette-Javault, psychologue du travail. «Certains, habitués au statut procuré par leurs grands bureaux aux étages élevés, ont mal vécu de se retrouver comme tout le monde en jogging dans la cuisine», s’amuse ainsi un fonctionnaire de la Commission européenne qui voit lui dans le télétravail généralisé une évolution «égalitaire ou démocratique».

Mais la pratique «n’est pas sans risque», prévient Valérie Combette-Javault. Travailler chez soi peut également rimer avec surcharge de travail, brouillage des frontières vie privée/vie professionnelle, conflits familiaux, distanciation vis-à-vis du collectif, solitude… Et peut entraîner difficultés de sommeil, hypertension, problèmes d’alimentation, d’addiction… «Au début, j’étais très enthousiaste, comme la majeure partie des personnes qui viennent de découvrir le télétravail à l’occasion de l’épidémie», raconte Élise, qui depuis cinq ans, alterne travail à la maison et déplacements à l’étranger. «On gagne énormément en concentration, en efficacité, on priorise beaucoup plus facilement… et on peut lancer une machine sur le temps du déjeuner ! Mais au bout d’un moment je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à couper le soir, à me dire c’est terminé», admet cette mère de 3 enfants.

Le télétravail, vecteur d’inégalités ?

Outre l’incapacité à lâcher prise, la quarantenaire avoue que lorsque les périodes de travail à la maison s’allongent, elle devient «un peu parano», se met à douter de ses compétences, des attentes de sa hiérarchie et ressent même parfois une perte de motivation… Le tout accompagné d’une bonne dose de culpabilité. WhatsApp, les «conf-call», les «réunions Teams», c’est bien, mais ça ne remplace pas les discussions spontanées autour de la machine à café ou les déjeuners informels entre collègues, souligne-t-elle. «Le télétravail reconfigure complètement la forme et le cadre du travail. C’est loin d’être anodin, et on a du mal à en mesurer les conséquences aujourd’hui», s’inquiète Marianne Le Gagneur.

Pour limiter les risques psycho-sociaux, «il doit être volontaire et d’une durée raisonnable , 2/3 jours par semaine maximum», prévient Karine Badule, chargée de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Il doit également être anticipé et encadré, les managers formés, et les plus jeunes ou les personnes nouvellement arrivées écartés du dispositif. Deux situations peuvent rapidement faire basculer en zone rouge: le télétravail sans la confiance de sa hiérarchie et devoir conjuguer travail et parentalité, prévient Valérie Combette-Javault.

Rester chez soi pour son travail peut également creuser les inégalités dans les couples hétérosexuels. Les femmes assumant toujours le plus gros des tâches domestiques, leurs pauses vont souvent se résumer à lancer une machine ou s’avancer pour le dîner, amplifiant la superposition des activités professionnelles et personnelles. Elles semblent aussi davantage souffrir de l’isolement par rapport au collectif, alerte Karine Badule. Si le télétravail répond à des tendances mondialisées qui visent notamment un accroissement de la flexibilité dans le champ professionnel et une réduction des coûts de locaux, il ne s’applique pas à tout le monde, note Marianne Le Gagneur: même si certains verrous ont volé en éclats avec la pandémie, il concerne avant tout les cadres et les populations intellectuelles supérieures. «Les entreprises ne doivent pas devenir des lieux où il ne reste que les cols bleus qui pointent et les autres qui viennent quand ça leur chante», note Elise.



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