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Finance

Pékin s’attaque aux cotations de groupes chinois à New York



Publié le 13 juil. 2021 à 12:58

La fête est finie pour les sociétés chinoises cotées à New York. L’offensive de Pékin contre les géants du Net, dont Didi est la dernière victime emblématique, a jeté un froid sur ce segment de marché jusqu’à présent particulièrement porteur.

L’indice Golden Dragon, constitué de sociétés chinoises ou hong-kongaises cotées sur le Nasdaq, avait plus que doublé de valeur entre la fin 2019 et son pic atteint à la mi-février, battant largement le Nasdaq dans son ensemble.

Manque de visibilité

Il est désormais à la traîne de l’indice américain, avec une chute de plus de 35 % depuis la mi-février. Sa capitalisation a fondu de près de 290 milliards de dollars sur la période, pour tomber sous les 1.400 milliards. Il a notamment perdu plus de 10 % depuis le début du mois de juillet et les premières mesures prises contre Didi.

« Le sentiment des investisseurs s’est nettement dégradé depuis les annonces des autorités sur Didi, le manque de visibilité est très pénalisant », explique Xiadong Bao, gérant de portefeuille chez Edmond de Rothschild AM. « Cela va se répercuter sur les volumes d’IPO chinoises aux Etats-Unis, en poussant les investisseurs comme les entreprises à la prudence avant de s’engager sur cette voie », ajoute-t-il.

Introductions en Bourse suspendues

Certaines sociétés ont déjà préféré renoncer plutôt que de risquer l’ire de Pékin. Bytedance, la maison mère du réseau social TikTok, aurait suspendu son projet d’introduction en Bourse à New York après s’être entretenu avec les régulateurs chinois au printemps. Le groupe était valorisé 180 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds en décembre.

La start-up de données médicales LinkDoc, l’application de fitness Keep et la plateforme d’e-commerce Meicai ont également suspendu sine die leurs projets d’IPO à New York au cours des derniers jours.

Des milliards de dollars de commissions en jeu

Le coup est rude pour la place américaine. Depuis l’introduction en Bourse d’Alibaba sur le Nasdaq en 2014, les entreprises chinoises du secteur de la tech ont largement privilégié les marchés américains pour se coter. De quoi rapporter entre 2014 et 2020 plus de 6,4 milliards de dollars en commissions pour les banquiers, notamment Morgan Stanley et Goldman Sachs, dont un record de 1,5 milliard l’an dernier.

Cette année s’annonçait encore meilleure jusqu’à ce que les autorités chinoises sifflent la fin de partie. 37 sociétés chinoises se sont cotées aux Etats-Unis depuis le début de l’année pour lever plus de 13 milliards de dollars, quasiment autant que sur l’ensemble de l’année dernière, déjà record. Selon les données compilées par Bloomberg, l’offensive réglementaire de Pékin menace désormais environ 70 dossiers.

Encadrement plus strict des sociétés cotées à l’étranger

Les autorités chinoises ont dans leur ligne de mire le statut de « VIE » (variable interest entity), qui a jusqu’à présent permis aux groupes chinois de se coter à l’étranger. Il consiste à créer une structure généralement basée dans un paradis fiscal, les îles Caïmans dans le cas d’Alibaba par exemple, qui est ensuite introduite en Bourse. Elle ne détient pas directement les opérations chinoises mais en assume, via une série de contrats, les pertes et les profits.

On s’oriente vers une bifurcation des marchés américains et chinois

Haiyan Li-LabbéGérante de portefeuille, Carmignac

Cette offensive réglementaire n’est pas sans lien avec la montée des tensions sino-américaines. Le Congrès américain a en effet voté en fin d’année dernière une loi contraignant les sociétés étrangères cotées à New York à laisser les autorités comptables américaines contrôler leurs audits financiers , sous menace d’être radiées de la cote.

Une ligne rouge pour Pékin qui craint que des données sensibles tombent ainsi dans des mains étrangères. L’autre avantage de ce coup de force pour les autorités chinoises est de voir ses champions nationaux se coter en Chine, ce qui devrait bénéficier à terme aux investisseurs et aux indices boursiers locaux.

La Bourse de Hong Kong gagnante

« La Chine cherche son indépendance financière en parallèle de son indépendance technologique », estime Haiyan Li-Labbé, gérante de portefeuille chez Carmignac. A terme, « on s’oriente vers une bifurcation des marchés américain et chinois », juge-t-elle.

Pour éviter de mauvaises surprises, les investisseurs pourraient privilégier les sociétés chinoises qui disposent d’une cotation secondaire à Hong-Kong. Plus d’une dizaine de groupes comme Baidu et Alibaba ont déjà franchi le pas. Et d’autres devraient suivre.

A l’avenir, les sociétés chinoises ont toutes les chances de privilégier l’ancienne colonie britannique pour lever des capitaux, estiment les professionnels. La Bourse de Hong-Kong apparaît ainsi comme l’un des rares gagnants des mesures prises par Pékin ces derniers jours. Son titre, coté à Hong Kong et à New York, a bondi d’environ 10 % depuis début juillet.

Les milliardaires chinois paient le prix fort

La reprise en main réglementaire de Pékin a déjà coûté cher aux milliardaires chinois. Les 10 plus grosses fortunes chinoises ont fondu au total de plus de 16 milliards de dollars au cours du premier semestre, selon les données Bloomberg, alors même que les 10 plus grosses fortunes mondiales bondissaient dans le même temps de plus de 200 milliards. Le fondateur de Pinduoduo, Colin Huang, a subi les pertes les plus élevées : son patrimoine a fondu de 24 milliards de dollars. Lei Jun, le patron du fabricant de smartphones Xiaomi, a perdu près de 6 milliards, tandis que les fortunes du fondateur d’Alibaba, Jack Ma, et du cofondateur de Tencent, Ma Huateng, ont toutes deux reculé d’environ 2 milliards. A l’inverse, Li Shu Fu, le patron du constructeur automobile Geely, a vu sa fortune grimper de 5 milliards.



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