Image default
Finance

Pétrole: la demande de plastique va soutenir la consommation dans la prochaine décennie



Publié le 13 oct. 2020 à 17:19

La question qui intrigue la planète pétrole depuis des années a pris une nouvelle acuité avec la crise sanitaire. La consommation mondiale de brut va-t-elle finir par baisser ? Quand et dans quelles proportions ? Les nouvelles prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publiées mardi, ont quelque peu douché les espoirs des défenseurs de l’environnement. « L’ère de la croissance de la demande de pétrole touchera à sa fin dans les dix prochaines années, a déclaré Fatih Birol, le directeur général de l’Agence . Mais sans changements majeurs de politiques, il est encore trop tôt pour prédire un déclin rapide ».

L’année 2020 aura été marquée par un recul sans précédent : la consommation d’or noir va décliner de 8 % par rapport à l’an dernier, estime l’AIE dans son « World Energy Outlook ». L’effondrement des transports terrestres, maritimes et aériens a fait chuter la consommation de carburants, mais ces changements de comportements seront-ils durables ? C’est la question à 100 millions de barils qui fait l’objet d’un « vigoureux débat », observe le rapport. La réponse dépendra du rythme de la croissance économique, du développement du télétravail ou encore de la reprise des voyages en avion.

Peu de véhicules électriques

A politiques constantes, la consommation de brut retrouverait son niveau d’avant-crise en 2023, prévoit l’Agence dans son scénario central. Si la reprise économique était plus lente, il faudrait attendre 2027. Dans les deux cas, la demande mondiale atteindrait « un plateau » au début des années 2030, et resterait durablement inférieure à ce que prévoyait l’Agence avant la crise. Mais elle ne chuterait pas en l’absence de mesures plus radicales en faveur de la transition énergétique. « Le rebond de l’économie entraînera un rebond de la consommation », tranche Fatih Birol.

Certes, la demande en carburants pour l’aviation devrait rester durablement déprimée. Mais elle sera peut-être compensée par une demande plus forte pour l’automobile si la population continue à bouder les transports en commun. L’essor des véhicules électriques reste très relatif : ils représentent toujours moins de 3 % des ventes de voitures neuves, contre plus de 40 % pour les SUV , qui consomment plus de carburant que les petites autos. Dans les pays émergents, l’essor de la classe moyenne se traduit par une croissance continue du parc automobile, compensant le déclin des carburants routiers en Europe et en Amérique du Nord.

Essor du plastique

L’AIE rappelle en outre que les transports ne représentent que 60 % des débouchés de l’or noir. Le développement du plastique dans les pays émergents, moins affecté par la crise, tire la demande. En Chine, la consommation de pétrole a déjà dépassé son niveau de l’an dernier, de même que celle de l’industrie pétrochimique mondiale. Selon l’AIE, au cours des dix prochaines années, la pétrochimie assurera 60% de la croissance de la demande.

L’AIE se montre ainsi plus prudente que certaines compagnies pétrogazières comme BP , qui avancent que le marché du pétrole pourrait ne jamais revenir à son niveau de 2019, à la veille de la pandémie. Ce que les ONG ne manquent pas de critiquer. « L’Agence internationale de l’énergie est en retard par rapport à plusieurs compagnies pétrolières qui ont déjà identifié le pic de la demande, critique Lucie Pinson, fondatrice de l’association Reclaim Finance. Elle a régulièrement sous-estimé l’essor des énergies renouvelables et elle continue de le faire ».

Neutralité carbone

Ces prévisions sont loin d’être neutres, dénonce-t-elle : « L’AIE a un rôle normatif car beaucoup de banques et d’institutions financières se fondent sur ses scénarios pour justifier leurs décisions d’investissement. Or même le scénario de développement durable de l’agence n’est pas compatible avec les objectifs climatiques fixés dans l’Accord de Paris ». L’agence tient compte de ces reproches. Elle a dévoilé mardi un nouveau scénario, basé sur la neutralité carbone en 2050, un objectif visé par l’Europe et d’autres Etats.



Source link

Autres articles

Affaire William Saurin : les cabinets d’audit sur le banc des accusés

administrateur

En négociation pour le sauvetage d’Europcar, Eurazeo tire sur une ligne de crédit

administrateur

Pourquoi les entreprises françaises sont plus endettées que les autres

administrateur

L’or proche de ses records

administrateur

La crise du coronavirus pousse les banques privées à accélérer leur transformation

administrateur

Les banques suspendues à la décision de la BCE sur le gel des dividendes

administrateur