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Economie

Pour certaines entreprises, le chômage partiel pourrait s’inscrire dans la durée


L’entreprise de Damien Morassut est spécialisée en réemploi informatique. Les salariés d’OKI vont dans les entreprises, récupèrent du vieux matériel, qui est ensuite retapé, et revendu. Un beau modèle d’économie durable maintenant grippé. «Depuis le début du confinement, toutes les entreprises ont quitté leurs locaux», indique Damien Morassut. «Nous n’avons plus du tout eu de matière première. 100% de nos effectifs ont été mis au chômage partiel». Depuis, beaucoup d’entreprises partenaires ont repris leur activité, mais en télétravail: elles ne sont donc toujours pas revenues dans leurs locaux. Pour OKI, cela signifie une activité toujours au ralenti dans les mois à venir: « maintenant, nous allons aligner la proportion de salariés au chômage partiel aux besoins de l’entreprise. 80% des commerciaux y sont toujours, et cela pourrait durer jusqu’à la rentrée». Et ensuite? Aucune date de reprise «ferme» de l’activité n’a été décidée pour le moment.

Plus de 13 millions de salariés en ont bénéficié du chômage partiel depuis le début de la crise sanitaire, soit plus d’un salarié sur deux. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé cette semaine que cette mesure pourrait faire long feu, et rester à la disposition des entreprises pendant encore «un à deux ans», sous conditions. Ce nouveau régime doit être défini à partir de cette semaine lors de concertations avec les organisations syndicales et patronales. Ce dispositif d’aide, massif, a un objectif: éviter un «tsunami de licenciements». «Le coût d’une personne au chômage est bien plus important que celui d’une personne qui reste dans l’emploi, souligne Anne-Sophie Alsif, chef économiste au Bureau d’informations et de prévisions économiques (BIPE). L’objectif est du chômage partiel est de conserver le salarié et le capital humain dans l’entreprise».

Projets internationaux à l’arrêt

Car les freins à la reprise, et donc au retour au travail des salariés, sont nombreux. Les mesures sanitaires imposées au sein des locaux des entreprises, des commerces, ont un coût non négligeable, dénoncé récemment par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), qui réclame une date pour un retour à une activité «normale».

Mais leur levée ne suffira pas à engager une reprise rapide. Comme OKI, de nombreuses entreprises souffrent de l’activité ralentie des autres acteurs du tissu économique. Avec les restrictions d’activité liées aux mesures sanitaires, les réseaux de sous-traitants et de fournisseurs craignent que la crise ne soit encore plus longue pour eux. «Quand les entreprises reprennent, elles n’ont généralement, pas pour priorité de faire de recevoir des fournisseurs ou de faire des nouvelles affaires. La vente a son propre rythme», confirme Sébastien Amara, DRH chez Quadient, spécialisée dans la digitalisation des entreprises.

«Nous sommes face à une situation inédite parce que ce n’est ni véritablement une crise de l’offre, ni une crise de la demande», analyse Anne-Sophie Alsif. Relancer la machine sera d’autant plus long que le ralentissement économique est maintenant global.

Jean-Paul Steinitz est PDG de Global Technologies, entreprise spécialisée dans le domaine des télécommunications civiles et militaires. «On a des contrats en Afghanistan, en Irak, mais vu que les compagnies n’ont pas repris leurs vols et que les centres militaires restent fermés, on est bloqués sur tout ce qui concerne les installations techniques, souligne-t-il. Nous n’avons pu réaliser aucune action commerciale, aucune démonstration depuis quatre mois. Pour le moment, avec l’aide du gouvernement et du chômage partiel, on a réussi à préserver les résultats». Global Technologies espère, sans certitude, pouvoir annoncer à ses équipes une date de reprise «fin juin, pour donner de la visibilité aux managers».

Le Medef Paris estime que 30% de ses adhérents ont maintenu certains salariés, ou l’ensemble d’entre eux, au chômage partiel. Surtout pour ne pas creuser les pertes, et attendre que le contexte de reprise soit plus favorable. «Le gouvernement est pour le moment intervenu sur le «bas de bilan» des entreprises, c’est-à-dire les postes de charge, l’accès au crédit, souligne Charles Znaty, président du syndicat patronal dans la capitale. Il faut maintenant agir sur le «haut de bilan», leur permettre de reconstituer leurs fonds propres pour qu’elles n’abordent la reprise avec de la dette supplémentaire».

Une consommation encore timide

L’enjeu est donc de relancer la consommation. «Avec le chômage partiel, on a compensé les pertes de revenus des entreprises et des ménages mais je ne pense pas que les ménages consomment, dès la sortie du confinement, toute l’épargne qu’ils ont constituée», estime Florence Pisani, économiste chez Candriam Investors Group. En avril, la consommation a fondu d’environ 34% par rapport au même mois de l’année précédente, selon les chiffres de l’Insee. Lors de la première semaine de déconfinement, la consommation a repris des couleurs sans pour autant illustrer un «effet de rattrapage» massif: elle est restée inférieure de 6 points à son niveau d’avant-crise.

À Paris, le restaurant «Le Chien qui fume», après une réouverture «catastrophique» le premier jour, a lui aussi fait le choix d’ajuster le nombre de ses salariés à son chiffre d’affaires: «si nous faisons 30% de notre chiffre d’affaires habituel, nous ferons revenir 30% de nos salariés, et ainsi de suite», explique ainsi Fabienne Mialane, la patronne. Sans exclure de refermer totalement son établissement si les clients ne sont pas au rendez-vous. Tant que les touristes étrangers ne seront pas revenus, tant que les salariés des entreprises alentours ne seront pas rappelés au bureau, le chiffre d’affaires restera morose. La reprise prendra du temps et se fera, dans cette entreprise, par à-coups, par réajustements permanents.

La reprise sera lente

«Les entreprises restent dans l’optique d’adapter le chômage aux besoins, il peut y avoir une forme d’attentisme», souligne Anne-Sophie Alsif. Les entreprises attendent le moment idéal pour reprendre leur activité, ou s’offrent un «sursis»: des syndicats de salariés regrettent que les aides d’État ne soient pas assorties de contreparties en termes de maintien des emplois, et que le chômage partiel ne se mue en «vrai chômage».

Les regards sont désormais rivés sur le mois de septembre qui, si les établissements scolaires rouvrent complètement, permettra aussi aux parents qui bénéficiaient du chômage partiel pour garder leurs enfants de reprendre le chemin du travail.

Tandis que le spectre d’une «deuxième vague» de l’épidémie semble s’estomper, les entreprises pourraient alors gagner en visibilité. «Aucune entreprise n’a intérêt à voir cette situation perdurer», souligne Charles Znaty. Car ces mesures d’urgence ont un coût astronomique pour l’État, qu’il faudra amortir à un moment ou à un autre.



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