Image default
Economie

Pourquoi de nombreuses PME font-elles face à des pénuries de main-d’œuvre ?


Les 148.000 PME françaises seront essentielles à la reprise de l’activité à moins que les pénuries de main-d’œuvre ne viennent tout gâcher.

Un quart des 100 milliards du plan de relance va venir doper leur reprise, mais les PME pourraient être freinées par le manque de main-d’œuvre. «Les pénuries de main-d’œuvre étaient le sujet de préoccupation numéro 1 des entrepreneurs avant la crise – c’est désormais la pérennité de leur activité – et ce sujet revient fort avec la reprise de l’activité», explique-t-on au cabinet d’Alain Griset, le ministre chargé des petites et moyennes entreprises. Des difficultés qui les frappent plus que les grandes entreprises, plus attractives de fait, et mieux armées pour recruter que les plus petites structures.

Personne n’y échappe

«Presque tous les secteurs sont touchés même si les tensions dépendent du niveau de reprise de l’activité, constate François Asselin le président de la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises. C’est particulièrement notable dans les secteurs de la construction, des services à la personne comme la propreté ou l’aide aux personnes âgées, dans le numérique mais aussi dans certaines filières industrielles.» En revanche, pas de pénurie dans les services, excepté les transports et de la logistique. Sur l’ensemble des secteurs, les difficultés de recrutement sont à des niveaux élevés sans atteindre toutefois les records de 2019.

La Banque publique d’investissement et l’institut d’études de conjoncture Rexecode indiquent que 44% des PME vont rencontrer des problèmes de recrutement au deuxième trimestre 2021, dans leur baromètre publié début mai. C’est 15 points de moins qu’avant la crise. Cela s’explique notamment par le fait que le chômage partiel a permis aux entreprises de retenir leur main-d’œuvre, évitant ainsi une pénurie trop forte aujourd’hui.

Les raisons de la galère

Dans une économie où le chômage stagne autour de 8%, ce manque chronique de main-d’œuvre, mis en lumière à chaque expansion de l’activité, interroge. «D’après Pôle emploi, il y a entre 150 000 et 200 000 postes non pourvus chaque année en France, principalement à destination des PME», constate aussi le cabinet d’Alain Griset. «Les raisons de ces manques de main-d’œuvre sont connues, poursuit le ministère. C’est d’abord la pénibilité, avec des métiers difficiles, exigeants, qui ont encore une mauvaise image malgré le travail des fédérations. Il faut renforcer l’attractivité de ces métiers auprès du grand public. »

La construction a, par exemple, des efforts à faire sur ce plan. «On a notre part de responsabilité quant à cette image, concède Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, la confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment. Il faut qu’on dise qu’il fait bon vivre que d’être salarié du bâtiment. On a des salaires autour de 2000 euros sans avoir des niveaux de qualification inatteignables. Et, avec la rénovation énergétique, on a des années de travail devant nous. Mais on a beaucoup de difficultés à trouver des techniciens: il nous faut des plombiers-chauffagistes, des électriciens…» D’autres métiers, pourtant moins pénibles, peinent à se départir d’une image peu tentante. «Il nous faut des codeurs, des techniciens de réseau, des designers web !, plaide de son côté Alain Assoulin président du Cinov, une fédération patronale qui regroupe 3000 entreprises du numérique. Aujourd’hui il nous manque 80.000 personnes chaque année dans le numérique. On ne forme pas suffisamment alors qu’il y a plein de nouveaux métiers et de nouvelles technologies.»

Et à l’origine, il y a l’éducation, celle donnée par les parents ou dispensée par l’école. «Les entreprises recrutent généralement ceux qui sortent de formation, il faut donc aller en amont pour comprendre le problème, explique François Asselin. C’est celui d’un échec collectif de l’orientation. On n’oriente pas toujours les jeunes là où il y a des besoins immédiats.»

(Re)prendre le bon pli

«C’est pour cela qu’on a fait la réforme de 2018 de l’apprentissage, rappelle le ministère d’Alain Griset. Le nombre d’apprentis augmente constamment depuis, on a passé le plafond de verre des 500.000.» Un chiffre toutefois fortement dopé par les aides exceptionnelles mises en place par l’État au soutien de ces contrats après les craintes que leur nombre ne s’effondre avec la crise sanitaire. En 2019, il n’y avait que 353.000 contrats d’apprentissage. «On va dans le bon sens, note toutefois François Asselin. Mais cela ne réglera le problème qu’à moyen terme : il faut aussi des tuteurs dans les PME pour former les apprentis. Aujourd’hui, il manque la génération d’avant.» Les acteurs du secteur soulignent aussi la nécessité de reconsidérer les filières professionnelles.

À la création – ou l’amélioration – des compétences, s’ajoute un besoin de rapprocher les PME de l’emploi. Une étude menée en 2018 par des chercheurs de Sciences Po et du Groupe des écoles nationales d’économie et statistique (GENES) indique que la prospection des annonces des PME par Pôle Emploi augmente jusqu’à 40% les chances de pourvoir les postes. «On essaie actuellement de signer une convention avec eux, explique Jean Christophe Repon. Mais il faut s’assurer avant que cela va permette de bien cibler les compétences et qu’on ne passe pas à côté d’opportunités

Reste que le manque de féminisation de certains métiers, fait effet de plafond de verre. Les PME du numérique ne comptent aujourd’hui que 11% de femmes dans leurs rangs d’après le Cinov. C’est légèrement moins que dans l’industrie note l’Insee, mais près du double par rapport au secteur de la construction.



Source link

Autres articles

Bientôt des emballages consignés pour les plats livrés à domicile?

administrateur

Jean-Pierre Pernaut remplacé par Marie-Sophie Lacarrau au 13 Heures de TF1

administrateur

«Pourquoi une administration de plus dans un pays déjà suradministré ?»

administrateur

«Petflix», colliers connectés, croquettes à base d’insectes… Le boom des innovations à destination des animaux de compagnies

administrateur

Twitter ferme des dizaines de milliers de comptes liés aux autorités chinoises

administrateur

Sans discothèques, des maires du littoral redoutent des «fêtes sauvages» cet été

administrateur