Image default
Finance

Pourquoi l’émergence d’une dette européenne de référence serait une bonne nouvelle pour la zone euro



Publié le 28 avr. 2021 à 14:00

Jusqu’à présent, les levées de dette du mécanisme européen de stabilité financière (MES) étaient plutôt confidentielles. Pour refinancer son programme d’aide aux Etats en difficultés (celui qui a été mis en place en 2012 en réponse à la crise de la zone euro), l’Union européenne procédait par petites touches – quelques centaines de millions d’euros à la fois. Mais, la semaine dernière, Bruxelles a levé 4,75 milliards d’euros d’un coup. Avec succès : la demande des investisseurs a dépassé les 40 milliards.

Ce formidable engouement témoigne des nouveaux espoirs des investisseurs vis-à-vis de l’UE, depuis que celle-ci a annoncé qu’elle financerait par des émissions obligataires son plan de relance de 750 milliards d’euros. Ceux de voir enfin la zone euro se doter d’un actif de référence, à l’instar des Treasuries (bons du Trésor) américains. C’est-à-dire un titre à la fois extrêmement liquide et sûr, dont le remboursement paraît certain.

Stock insuffisant

Ces dernières années, la demande pour les actifs sûrs a explosé. « Elle est devenue de plus en plus forte en raison des nouvelles réglementations imposant aux banques d’en détenir davantage. L’augmentation des incertitudes autour de l’économie mondiale au cours des dernières années, comme la montée des tensions commerciales ou le Brexit, et l’accumulation de réserves de change dans certains pays ont renforcé l’appétit des investisseurs pour des actifs considérés comme étant sans risque. », expliquent Jean-Baptiste Gossé et Anass Mourjane dans le dernier bulletin de la Banque de France.

A défaut d’actif sûr unique en zone euro, ce sont principalement les obligations des Etats – et notamment des plus solides dont l’Allemagne ou la France – qui jouent ce rôle. Mais cette situation est loin d’être satisfaisante. D’abord, parce que le stock disponible est relativement faible. Aux Etats-Unis, les Treasuries en circulation représentent près de 90 % du Produit intérieur brut américain. En Europe, si l’on additionne les obligations d’Etat notées AAA et AA, on atteint péniblement 37 %. Avec les différents titres émis ou à émettre par Bruxelles – y compris les social bonds du programme Sure – on toucherait 51 % du PIB, ce qui permettrait au moins de réduire la pénurie.

Fragilité

Surtout, ce morcellement des dettes d’Etat est une source de fragilité pour la zone euro, comme l’a montré la crise de 2010. Les investisseurs ont attaqué la dette des pays d’Europe du Sud, moins solides. « Ces Etats ont parfois dû faire face à un coût de refinancement de la dette difficilement tenable en raison de l’augmentation des spreads entre leurs taux d’intérêt et les taux offerts aux autres Etats de la zone euro, comme l’Allemagne » expliquent les experts de la Banque de France. Tant qu’il y a possibilité de jouer la dette d’un pays européen contre celle d’un autre, la viabilité de l’Union monétaire est donc en risque.

Ce spectre a refait surface au début de la crise du Covid , lorsque l’Italie – alors la plus touchée par la pandémie – a vu ses écarts de taux avec l’Allemagne, le plus solide des emprunteurs européens, bondir en quelques jours. La Banque centrale européenne a dû réagir, avec quelques jours de décalage en mettant en place son programme d’achat urgence pandémie (PEPP). Très souple, il permet à la BCE d’intervenir en cas de hausse injustifiée des coûts d’emprunt d’un Etat de la zone euro. En un peu plus d’un an d’existence, il a prouvé son efficacité, en arrêtant rapidement tout écartement significatif des spreads. Mais le PEPP est temporaire , et prendra fin lorsque la banque centrale estimera que les conséquences économiques de la pandémie sont effacées.

Long chemin

La mise en place d’obligations supranationales paraît donc indispensable. Elle permettrait de réduire les risques d’attaques contre des Etats spécifiques, qui pourraient toujours se tourner vers les financements européens si leurs coûts d’emprunts augmentaient pour des raisons spéculatives. L’Europe se doterait d’un véritable taux sans risque, différent de celui du Bund allemand, sur lequel pourraient s’appuyer les transactions de marchés. Et en facilitant la constitution de réserves en euro par les banques centrales, il renforcerait le rôle international de la devise européenne.

Le chemin sera toutefois long. Le plan de relance est lui aussi lié aux effets économiques de la pandémie et donc temporaire. Mais il constitue un premier pas. « Si les autorités politiques européennes le souhaitent, la création d’une capacité d’émission pérenne, adossée à un budget de la zone euro ou de l’UE et à des recettes fiscales, pourrait être envisagée » notent les auteurs. Un projet politique ambitieux qui nécessitera tant, pour être adopté par les pays les plus réticents que pour fonctionner – en garantissant la capacité de remboursement – une gestion saine des finances publiques nationales.



Source link

Autres articles

Un an après son lancement, le prêt garanti par l’Etat pourrait être prolongé

administrateur

Denis Ferrand : « On assiste à la transformation d’une épargne forcée en une épargne de précaution »

administrateur

Wall Street organise prudemment le retour au bureau

administrateur

Bourse : Alibaba et Tencent pourraient à leur tour être exclus de Wall Street

administrateur

L’euro à son plus haut niveau depuis plus de deux ans

administrateur

L’euro se hisse au plus haut depuis 2018

administrateur