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Finance

Près de 60 % des acquisitions étrangères sous le contrôle des Etats


Le mur se dresse à vitesse accélérée. Les fabricants italiens de semi-conducteurs et de véhicules industriels LPE et Iveco, les motoristes ukrainien et norvégien Motor Sich et Bergen Engines, l’entreprise technologique allemande IMST… Les Etats européens multiplient les vétos face aux tentatives d’acquisitions étrangères ces dernières semaines. Qu’elles soient chinoises, russes, ou même américaines.

Le durcissement des contrôles n’est plus l’apanage des Etats-Unis, de l’Australie ou de l’Inde, face à la Chine. La dernière étude de l’OCDE publiée ce mardi révèle que près de 60 % des acquisitions étrangères dans le monde sont désormais soumises au contrôle des Etats, un record depuis les années 1990.

Sur les seuls douze mois de 2020, plus de 50 nouveaux dispositifs ont été adoptés par les Etats membres de l’organisation internationale, un nombre jamais atteint.

Contournements

A la mi-mars, cinq pays (Australie, Chine, Russie, Slovaquie et Suède) avaient déployé de nouvelles politiques de contrôle. La République tchèque a fait entrer en vigueur son nouveau mécanisme il y a quelques jours. D’autres Etats comme la Belgique, le Royaume-Uni, ou encore le Brésil envisagent de mettre en place ou de réformer leur politique.

La part des acquisitions étrangères soumises aux contrôles des Etats frôle les 60 %, selon l'OCDE

La part des acquisitions étrangères soumises aux contrôles des Etats frôle les 60 %, selon l’OCDE

Ces décisions ont peu à voir avec les craintes de prédation d’ entreprises fragilisées par la pandémie. « La crise du Covid-19 a certes justifié un grand nombre de mesures juste après que l’OMS a déclaré une pandémie le 11 mars 2020, mais à une exception près, ces circonstances n’ont plus été évoquées par les pays », souligne l’OCDE.

Ce sont les technologies de pointe, et moins les infrastructures de santé, qui mobilisent les velléités de contrôle des Etats. En témoigne en France, la bataille autour de Photonis .

Au Japon, en Allemagne, mais aussi aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, des dispositions sont prises pour réduire les seuils de contrôle sur certaines technologies.

Les nouvelles technologies sont devenues un enjeu essentiel de contrôle des Etats depuis les années 50, selon l'OCDE

Les nouvelles technologies sont devenues un enjeu essentiel de contrôle des Etats depuis les années 50, selon l’OCDE

Désormais aussi, « les Etats n’entendent plus s’appuyer sur de simples critères formels de seuil de détention ou de droit de vote, explique Joachim Pohl, expert à l’OCDE. Certains pays ont observé des pratiques de contournement, comme l’octroi de droits de gouvernance ou d’accès à des informations sensibles disproportionnés par rapport au seuil formel de détention des acquéreurs ». Les Etats-Unis ont ajusté leurs règles en ce sens, suivis par l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.

Les investisseurs chinois dans l’ukrainien Motor Sich demandent 3,6 milliards de dollars à l’Ukraine pour l’annulation de la vente du motoriste. En s’appuyant sur les réglementations internationales de protection des investissements, ils ont saisi les sentences arbitrales internationales. Or la Chine est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Ukraine.

« Socle de protection des Etats »

« Le nombre de rejets, bien que croissant, se révèle in fine limité, considère Joachim Pohl. Déduire de ces contrôles renforcés qu’ils livrent une politique protectionniste, quand la Chine se présente comme un défenseur de la libéralisation, est biaisé. De nombreux secteurs de l’économie chinoise demeurent fermés aux acquéreurs étrangers. »

« Les dispositifs de contrôle sont désormais considérés comme un socle de la protection des Etats », ajoute-t-il. Ne pas en disposer est perçu comme une faille.

Les Etats-Unis, premier acquéreur en Europe et dans le monde

La Chine a repris ses acquisitions en Europe, avec 5,7 milliards de dollars de transactions depuis janvier, selon Refinitiv. C’est le double de toute l’année 2020, mais en deçà des volumes de rachats d’années précédentes sur la même période, en 2015, 2016 ou 2018.

En mars, le géant néerlandais Philips a notamment cédé ses appareils électroménagers au chinois Hillhouse Capital pour 3,7 milliards d’euros. En France, l’éditeur de jeux vidéo Dontnod a fait entrer Tencent à son capital.

Le premier acquéreur en Europe (99,5 milliards), comme dans le monde (227 milliards), reste les Etats-Unis. Ces derniers ont cependant enregistré depuis janvier un record d’acquisitions étrangères sur leur sol.

Au niveau mondial, la Chine se situe au 9e rang des acquéreurs avec 15,6 milliards de dollars, et Hong Kong au 11e rang (11,5 milliards).



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